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Notre question nationale

Posted by lutopium sur 9 septembre 2009

Le documentaire Questions Nationales est un de ces évènements qui permet au projet de souveraineté du Québec de se pointer – ne serait-ce que modestement – dans le paysage politique qui, il faut bien l’avouer, est d’une platitude exemplaire par les temps qui courent. Évitant l’approche partisane, les réalisateurs de Questions Nationales ont décidé de se détacher complètement d’un camp ou de l’autre afin de permettre au spectateur de prendre un peu de recul et se demander: « mais pourquoi le Québec n’a-t-il pas réussi à atteindre son indépendance? » « Quels sont les enjeux aujourd’hui si on les compare avec ceux qui semblaient importants lors de la naissance du projet? » Ces réflexions sont facilitées par un parallèle fort intéressant tracé entre les aspirations politiques de l’Écosse, de la Catalogne et du Québec.

Alors que les nationalistes « purs et durs » réciteront l’intégrale du manifeste du FLQ sur les Plaines d’Abraham le 12 septembre prochain, la majorité des québécois continuera de voguer dans ses banalités quotidiennes. Ceux qui tiennent à la cause nationale et qui l’alimentent du fond de leurs tripes chercheront encore à convaincre leurs concitoyens que l’indépendance du Québec leur redonnera la liberté alors que ces derniers n’éprouvent aucune contrainte à leur existence mis à part peut-être celle de ne pas pouvoir consommer encore plus…  Pour une rare fois, je me range derrière le diagnostic d’André Pratte :

« …quand on veut rassembler, il faut être à l’écoute de ceux qu’on veut réunir et faire les compromis nécessaires. En choisissant le manifeste du FLQ, on allait immanquablement susciter un profond malaise chez beaucoup de Québécois. En faisant fi de ce malaise, on abandonnait l’aspect rassembleur du projet pour privilégier sa vocation de propagande…. » – André Pratte, Le moulin à propagande

Difficile de dialoguer sur un projet collectif, qui fait appel au « Nous » alors que plusieurs québécois sont distraits et portent une attention démesurée envers les messies, les vedettes et les athlètes de tout acabit. Il faut bien reconnaître que le temps des « Belles histoires des pays d’en haut », de la « Rue des pignons » ou du « Temps d’une paix » est bel et bien révolu. Aujourd’hui, le rêve et le divertissement règnent en tout-puissants dans « Star Académie », « Le Banquier », « You know you can dance » et tous les « Devine combien je gagne » de ce monde… Un lavage de cerveaux collectif conçu par nos télédiffuseurs, publicitaires et experts en marketing. Même l’état tire bénéfice de cette propagation du rêve avec Loto-Québec qui ne cesse de rappeler aux gens qu’il est possible de devenir extrêmement riche facilement et rapidement…

Questions Nationales, à la Cinérobothèque de l’ONF du 17 au 22 septembre prochain. Une tournée québécoise prend forme: Sherbrooke, Québec, Sainte-Thérèse, Gaspé et d’autres villes à confirmer. Consultez le site pour connaître les plus récentes informations. Si vous avez le goût de réfléchir sur l’avenir de notre nation, ensemble… ça fait du bien de délaisser le confort de l’individualisme de temps en temps…

« Malgré d’évidentes différences dues à l’histoire et à la géographie, on a surtout retenu de cet excellent documentaire les similitudes entre les mouvements d’émancipation nationale au Québec, en Écosse et en Catalogne… Que les souverainistes québécois n’aient pas encore réussi à rallier la majorité de la population à leur projet n’entache en rien la légitimité ou la pertinence de ce dernier… » Michel David, Le sens de l’histoire.

Photo: Bigpixal – Flickr

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Laissons les poubelles à Remstar

Posted by lutopium sur 27 avril 2008

Contrairement à la majorité des québécois, je ne regarde pas beaucoup la télévision.  Pour les quelques heures où je m’y attarde, je manque rarement le Téléjournal, j’apprécie quelques reportages et documentaires diffusés à RDI et autres chaînes spécialisées.  Depuis peu, le dimanche soir est réservé à Guy A. Lepage et ses invités de TLMEP auquel je suis devenu accro, à ma grande surprise! 

Les nord-américains passent beaucoup de temps devant leur téléviseur: près de 30 heures par semaine, selon les plus récentes études.  Les dernières sondages confirment que les québécois raffolent de sport, de télé-réalité, de quiz et de téléromans.  Les bulletins d’informations ne sont pas les émissions les plus populaires.  Personnellement, pour bien m’informer, je regarde le Téléjournal à tous les soirs, je consulte les sites du journal Le Devoir et de cyberpresse, quelques magazines, quelques sites internet spécialisés et – bien sûr – quelques blogues!  Je n’ai jamais été attiré par le style journalistique de TQS, son angle sensationnaliste et son approche dramatique.  Malgré tout, en ce qui concerne les bulletins de nouvelles, TQS est aussi populaire que Radio-Canada et c’est le réseau TVA qui en occupe le premier rang. 

Malgré la popularité de certaines émissions, les propriétaires des stations privées sont obligés de réagir aux profits qu’ils peuvent réaliser afin de justifier leurs investissements.  Profitant d’une popularité grandissante, les chaînes spécialisées peuvent maintenant générer des marges bénéficaires d’environ 24% alors que celles des généralistes gravitent autour de 7%.  On peut donc comprendre que la famille Pouliot et les actionnaires de Cogeco aient décidé de se départir de TQS.  Ce qui est déplorable c’est qu’un nombre important d’emplois disparaissent lorsque des entreprises connaissent des difficultés financières.  Cependant, cette réalité n’est pas réservée uniquement au secteur de la télévision : rappelons-nous que le Québec a perdu près de 40,000 emplois dans le secteur de la fabrication en 2007.  À toutes les semaines, nous entendons parler des fermetures d’usines et du ralentissement de la production dans le domaine manufacturier.  On peut se demander pourquoi les politiciens, les gens d’affaires et les journalistes dénoncenent le plan de redressement de Remstar et ce, en justifiant le droit à l’information…   Comme le soulignait un lecteur du quotidien Le Devoir en fin de semaine:

… Cependant, derrière toutes ces belles paroles déterminées, on voit surtout l’occasion pour (les politiciens) de se faire du capital médiatique et politique. Dans cette perspective, je vous demande ceci: où étaient nos chers politiciens lors des fermetures de (GDX, Solectron, C. S, Brooks, Shermag et Quebecor World)? Qu’ont-ils fait pour défendre les 17 000 travailleurs qui ont perdu leur emploi en Estrie depuis 2003? Où étaient Jean Charest, Pauline Marois et Mario Dumont à ce moment-là? J’aimerais qu’on me rafraîchisse la mémoire. Peut-être ai-je raté cette campagne de mobilisation exceptionnelle destinée à sauver nos emplois du secteur manufacturier? Mais pourtant, à moins que ma mémoire ne fasse défaut, je n’ai pas souvenir de résolutions unanimes à l’Assemblée nationale en ce sens. D’ailleurs, la semaine dernière, Régis Labeaume, le flamboyant maire de Québec, tout comme Raymond Bachand, ministre du Développement économique, n’ont pas hésité à se cacher lâchement derrière la sacro-sainte loi du marché pour ne pas intervenir dans le déménagement de l’usine Crocs qui, faut-il encore le rappeler, coûte au-delà de 500 emplois à sa ville. Or, lorsqu’il a appris que Remstar envisageait de supprimer le créneau de l’information, il a affirmé avec force et conviction que la Ville de Québec donnerait son soutien aux journalistes et artisans de TQS…

Il faut également se rappeler que Cogeco a décidé de vendre TQS parce qu’elle était déficitaire et qu’elle cherchait donc à s’en débarasser rapidement.  Suite à un appel de propositions, c’est la compagnie Remstar qui semble avoir déposé la meilleure offre.  A quoi s’attendait-on exactement?  Que les membres de la famille Rémillard se présentent comme les sauveurs de l’information juste et équitable après avoir fait fortune dans l’industrie de gestion des déchets?  Qu’un homme d’affaires intéressé à mettre la main sur les hippodromes et des appareils de loterie vidéo décide subitement d’investir sa richesse afin de sauvegarder la diffusion d’informations régionales?  Ces gens là sont en business :  ils désirent probablement transformer TQS en une télévision qui rejoint les goûts des téléspectateurs québécois et en retirer des revenus publicitaires.  Les bulletins d’information ne connaîtront jamais la popularité d’un banquier, d’une maison Rona, d’une poule aux œufs d’or, d’un docteur House ou de quelques histoires de filles…  et encore moins d’une soirée de hockey!

Tout semble indiquer que le nouveau propriétaire transformera TQS en une station de télévision qui présentera ce que les maniaques de télévision préfèrent : potins sur les vedettes, émissions sportives, quiz-télé et romans-savon.  N’essayons pas de nous faire croire que les nouveaux propriétaires voudront créer une station de télévision intelligente.  Les sondages actuels le confirment déjà : Radio-Canada et Télé-Québec occupent les derniers rangs des sondages de popularité!

La coexistence des marchés privé et public dans le domaine de l’information est essentielle.  Laissons à TVA et à la nouvelle TQS le soin de distraire les téléspectateurs et poursuivre le lavage de cerveau collectif.  Ceux qui tiennent à une information de qualité et à une télévision « intelligente » doivent maintenant se questionner sérieusement sur la pertinence et l’avenir de leur télévision d’état.  Au lieu de crier au scandale et de demander l’intervention du CRTC, nos politiciens devraient maintentant donner les moyens à Télé-Québec afin qu’elle devienne LA source d’information nationale et régionale.  On pourrait y créer un service d’information et y engager les journalistes de TQS qui désirent poursuivre une carrière journalistique sérieuse.  Il ne serait pas difficile d’ouvrir des bureaux dans les principales villes du Québec et assurer ainsi une couverture régionale efficace et équitable.

Il est primordial de solidifier le mandat de Télé-Québec car les nouvelles ententes internationales de l’Organisation Mondiale du Commerce forceront les gouvernements à se départir des stations de télévision d’état afin de permettre à l’entreprise privée d’occuper ce créneau dans son entier et de s’agenouiller devant les forces du marché.  Comme il est prévu par les règlements de l’OMC, le gouvernement du Québec pourrait proclâmer que sa télévision d’état est intouchable par ces nouveaux accords internationaux empêchant ainsi que la diffusion de l’information soit contrôlée par quelques grands joueurs privés.  Voilà un geste de souveraineté qui pourrait être posé par l’Assemblée Nationale du Québec.

Photo : James Good – Flickr

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