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Posts Tagged ‘Paul Desmarais’

L’indigestion des fécules

Posted by lutopium sur 7 mai 2009

Ce billet est publié simultanément sur le blogue collectif “Les 7 du Québec”. Vous êtes invités à laisser vos commentaires sur ce site.

Un des signes évidents du vieillissement, c’est la difficulté à digérer certains aliments. Certains d’entre vous seront d’accord pour dire que les fécules peuvent causer des douleurs intolérables. C’est le malaise que j’ai ressenti cette semaine lorsqu’on m’a informé de la publication d’un billet de Joseph Facal dans le Journal de Montréal.  Je me contenterai de ce petit jeu de mots.  Restons polis…

La réaction farfelue de l’ancien ministre péquiste est reliée au manifeste de Québec solidaire « Pour sortir de la crise: dépasser le capitalisme? » qui a été lancé la semaine dernière. Monsieur Facal n’hésite pas à tomber dans les insultes et les imprécisions afin de discréditer l’initiative de Qs. Même si la plupart des médias québécois n’ont eu aucun problème à informer la population sur la publication du manifeste, Monsieur Facal croit que « l’initiative est passée totalement inaperçue ». Le professeur discrédite le travail de Qs en associant ses idées au fascisme et au communisme tout en nous rappelant que Françoise David a milité dans un groupe marxiste-léniniste dans les années soixante-dix. Évidemment, pour un type qui a fait un bac et une maîtrise en sciences politiques, rien n’est plus mystérieux et dangereux qu’un ancien marxiste… Dommage, ça discrédite un grand nombre de personnalités publiques… comme Gilles Duceppe ou le journaliste Alain Dubuc. À moins que tout ça dépende de quel bord vous vous êtes rangé. Vous êtes un ancien maoiste déterminé à faire l’indépendance du Québec? Ça va. Vous êtes un ancien agitateur trostkyste maintenant au service de Maître Desmarais? Bon travail.

Monsieur Facal le prend très personnel. Parce que le manifeste de Qs utilise le terme « Lucides » pour identifier les responsables de la crise économique actuelle, il se sent directement attaqué car, ne l’oublions pas, Monsieur Facal est un des signataires du Manifeste des Lucides publié il y a quelques années, en collaboration avec Lucien Bouchard, André Pratte, Claude Montmarquette et une brochette de ténors de la droite économique québécoise. Dans cet hymne à la liberté économique, les disciples du monde des affaires proposaient le dégel des frais de scolarité, la hausse des tarifs d’électricité, des baisses d’impôts et une plus grande place au privé dans la livraison des services publics. Lucidité, responsabilité et liberté. Amen. On se rappelle que Françoise David avait répondu à l’invitation des lucides en lançant le Manifeste pour un Québec Solidaire, qui proposait des solutions progressistes qui ont finalement reçu un meilleur accueil de la population, tel que le soulignait un sondage CROP et un article d’Alexandre Shields.

Avec la publication de ce nouveau manifeste, Qs suggère de pousser la réflexion un peu plus loin et de remettre en cause certains fondements de notre système économique. Monsieur Facal semble renversé. Pourtant, des centaines d’experts de tous les horizons politiques et économiques proposent essentiellement cette réflexion fondamentale. Est-ce tout simplement une (autre) crise économique ou un système qui supporte mal le modèle néolibéral? Même Nicolas Sarkozy, qui est loin d’être un militant gauchiste, reconnaissait récemment que « le marché qui a toujours raison, c’est fini ». Monsieur Facal remarquera également que « la Chambre des représentants américaine a approuvé (hier) la création d’une commission d’enquête indépendante pour examiner les causes de la crise économique… ». Le problème est majeur Monsieur Facal. Ceci n’est pas un hoquet.

En fait, Monsieur Facal me rappelle la croisade qu’a menée le sénateur américain Joseph McCarthy dans les années cinquante. Le pauvre, il voyait des communistes partout et toute opposition au système capitaliste devait être sévèrement punie. McCarthy et Facal, inquisiteurs au service des Maîtres de la Cité, ont trouvé le clown maléfique de leur époque. Monsieur Facal compare Françoise David et Amir Khadir à Ding et Dong et souhaite leur disparition du paysage politique québécois. De son côté, le sénateur McCarthy a poussé Charlie Chaplin à s’exiler en Suisse suite à des accusations d’activités anti-américaines portées contre lui. La chasse aux sorcières qu’a menée McCarthy était motivée par ce qu’on appelait la « peur rouge », la peur des méchants communistes. Et celle que mène Monsieur Facal, est-elle associée à sa loyauté envers le Parti Québécois ou envers la chambre de commerce?

J’imagine que Monsieur Facal n’est pas très préoccuppé par la crise économique actuelle. Car, même s’il est l’un des grands défenseurs du libre-marché et de la croissance économique, il n’est pas le symbole de l’entrepreneur visionnaire. Après ses études collégiales et universitaires, M. Facal a travaillé pour le PQ, a siégé comme député et il est maintenant professeur aux HEC tout en vendant ses pamphlets à Maître Péladeau. Une belle carrière « publique » d’après ce que je peux constater. Il n’a probablement pas de soucis à se faire en songeant à sa belle retraite dorée qui sera payée entièrement par les fonds publics.

Je me demande bien qui est le clown.

Photo: bettywisse – Flickr

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L’eau Desmarais

Posted by lutopium sur 23 avril 2009

Ce billet est publié simultanément sur le blogue collectif « Les 7 du Québec ». Vous êtes invités à laisser vos commentaires sur ce site.

Un peu avant le déclenchement des dernières élections provinciales, je me demandais si l’entêtement de Jean Charest à former un gouvernement majoritaire était relié directement ou indirectement aux pressions des lobbies économiques qui lui font la cour afin d’influencer les orientations budgétaires de l’état. Pas facile pour un gouvernement minoritaire de faire passer ses idées, rappelons-nous la saga du Mont-Orford ou les nombreuses oppositions au projet Rabaska. Rien de mieux que d’avoir les deux mains sur le volant pour prendre le virage qu’on veut.

Il m’arrive parfois de plonger dans une atmosphère un peu parano et de m’imaginer que les grands de ce monde cherchent à manipuler nos gouvernements afin de leur imposer certains projets. Je ne sais pas. Je n’arrive toujours pas à comprendre pourquoi le Québec a décidé de se doter d’un port méthanier alors que l’utilisation du gaz naturel ne semble pas grimper en popularité. J’ai cru un moment que les promoteurs du projet – Gaz Métropolitain, Enbridge, Suez-GDF et la russe Gazprom, avaient conclu que la construction d’un port méthanier dans la région de Québec en faciliterait le transport vers les États-Unis, grand consommateur du gaz bleu. Je vous l’ai dit, j’ai cette tendance à voir des complots partout…

Les libéraux sont de grands disciples des partenariats public-privé. Ils fondent de grands espoirs dans cette approche pour le respect des budgets et des échéanciers dans les projets du CHUM, du prolongement de l’autoroute 25, de l’échangeur Turcot, et j’en passe… Le maire de Montréal, Gérald Tremblay, lui-même libéral de carrière, semble également fort inspiré par une étroite collaboration avec l’entreprise privée afin de gérer le quotidien de sa ville. Je vous accorde que ça ne va pas très bien de ce côté ces jours-ci, mais l’approche demeure la même. Ne sautons pas trop vite aux conclusions. Peut-être, comme le souligne Pierre Dubuc, que la réouverture de la soumission des compteurs d’eau permettra à Suez-GDF de finalement présenter sa proposition. Si j’étais sceptique, je croirais que certains journalistes sont complices pour redonner une chance à Suez. Non, je fabule. Comment d’honnêtes journalistes pourraient-ils influencer l’octroi d’un contrat afin de favoriser une compagnie-soeur? Non, oubliez ça. En passant, pour ceux qui ne seraient pas encore au courant, la famille Desmarais, propriétaire de La Presse, possède une importante participation dans Suez-GDF.

Si je continue encore sur cette lancée paranoiaque, je serais tenté de croire que les libéraux opteront pour un partenariat public-privé pour gérer le projet hydroélectrique La Romaine. Pourrait-on croire que Thierry Vandal, un autre libéral du temps de Robert Bourassa, appuiera Jean Charest dans une démarche PPP pour la construction et la gestion du sixième plus important barrage au Québec? Et si je vous disais que Suez a récemment remporté le contrat de construction et d’exploitation du barrage de Jirau au Brésil, est-ce que vous traiteriez encore de paraneau?

Photo: Nomad photography – Flickr

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Au revoir Mario, à bientôt…

Posted by lutopium sur 22 mars 2009

Lorsque j’ai lancé ce modeste blogue en décembre 2007, j’ai annoncé mes couleurs. Sans connaître la pertinence et la portée d’une telle aventure, je me suis donné comme « mission » de dénoncer certains propos des disciples de la droite politique et de dévoiler ce qui représentait pour moi l’hypocrisie de certains opportunistes ambitieux qui utilisent la scène politique pour en arriver à leurs propres ambitions personnelles.

Par la force des choses, Mario Dumont est devenu le personnage principal de mon blogue. Même si j’ai toujours reconnu sa détemination et une certaine forme de courage, il me semblait important de lancer un blogue à tendance « progressiste » afin de contribuer à l’équilibre des idées sur la blogosphère politique québécoise. Certains d’entre vous se rappeleront sans doute des dérapages qu’ont commis certains sites adéquistes lors des élections de mars 2007…

Lorsque Mario Dumont a annoncé son départ de la vie politique, je subissait les ravages de l’influenza et j’ai été forcé de mettre un frein à toutes mes activités. Je n’ai donc pas été en mesure de commenter la démission du chef de l’ADQ et d’y amener mon petit grain de sel. Aujourd’hui, je vais beaucoup mieux. Je profite donc de l’occasion pour lever mon chapeau à M. Dumont en lui souhaitant le meilleur des succès lors de ces prochaines aventures.

Tout laisse croire que M. Dumont profitera des prochains mois afin de prendre un repos bien mérité et de préparer son déménagement vers la région de Montréal. Du moins, c’est ce qu’il laissait entendre lors de son récent passage à l’émission dominicale de Guy A. Lepage. Par la suite, il joindra les rangs de la famille Rémillard afin d’y animer une émission d’affaires publiques. La mission de TQS commence à prendre forme. Ça semble inspiré du modèle de la chaîne américaine FOX: des commentateurs politiques ayant un penchant pour les idées conservatrices et une programmation donnant une grande place à la violence et aux relations amoureuses douteuses. On s’en doutait, Remstar n’a pas acheté TQS pour contribuer à la vie artistique québécoise. Il sera intéressant de mesurer l’impact qu’auront Mario Dumont et André Arthur sur l’opinion publique, deux des plus grands ambassadeurs des idées de la droite politique et économique. Si ça continue comme ça, peut-être annoncera-t-on l’arrivée de Martin Masse dans l’équipe des moutons noirs?

À moins que l’exécutif national en décide autrement, c’est également cette semaine que sera lancée la course à la chefferie qui permettra à l’ADQ de couronner son prochain leader. Certains commencent à avoir le torticolis car les grosses pointures ne se bousculent pas à la porte d’entrée! D’après ce que je comprend, les candidats qui devraient annoncer leur intérêt sont Éric Caire, François Bonnardel, Richard Merlini et Sylvie Roy. D’autres noms circulent mais rien n’est encore confirmé.

Selon Michel Kelly-Gagnon, président de l’Institut Économique de Montréal, la prochaine élection provinciale serait propice au succès d’une formation politique de centre-droit. La tradition veut que les électeurs ne renouvellent pas le mandat des libéraux, ce qui permettrait à l’ADQ de séduire les québécois et de viser un succès semblable à celui connu en mars 2007. On devine déjà à quoi ressemblera la stratégie adéquiste: faire la promotion des baisses d’impôt, promettre la réduction de la taille de l’état et proposer la formule de « l’opting-out » pour certains services publics. Le vrai message: vous aurez plus d’argent dans vos poches, débarassons-nous des fonctionnaires et le privé fait mieux.

Le président de l’IEDM semble être déçu de la performance de Jean Charest et du gouvernement actuel. Il y aura peut-être une cassure historique entre les forces de l’économie et le Parti Libéral. Les militants de l’ADQ ont prouvé qu’ils sont d’excellents disciples au service des maîtres du marché. Les chambres de commerce, le Conseil du Patronat et les lobbies économiques appuieront peut-être une formation politique qui n’a aucun problème à défendre les intérêts du privé en croyant que c’est à leur avantage. C’est exactement la stratégie qu’a utilisée le Parti Républicain au cours des 30 dernières années. Tout est dans l’enracinement des associations locales. C’est un processus long et coûteux. L’ADQ ayant un urgent besoin de financement, l’adhésion des maîtres envers leur équipe pourrait être d’un grand secours.

Regardez bien ce qui se passe présentement. Ces disciples commencent à prendre beaucoup de place dans un poste de radio populiste à Québec, chez TQS et dans le Journal de Montréal. La famille Desmarais pourrait également délaisser le Parti Libéral pour appuyer une formation politique prête à s’associer à ses intérêts. Ils produiront l’émission de Mario Dumont, tout est possible…

Illustration: T. Birge – Flick

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Caisse de dépôt: une commission d’enquête?

Posted by lutopium sur 10 février 2009

Depuis le printemps dernier, bien des québécois se posent des questions sur les agissements de la Caisse de dépôt. Le tout débute en mai 2008 lorsque son président, Henri-Paul Rousseau, annonce qu’à son âge, le temps est propice pour « relever un nouveau défi professionnel dans le secteur privé ». Un peu plus tard, on apprend qu’il passe finalement chez Power Corporation. Un président intérimaire, inconnu de la population, démissionne suite à un congé de maladie. Lors de la campagne électorale, Mario Dumont sait très bien qu’il se passe quelque chose et demande des comptes au Premier Ministre. Secret d’état: il veut conduire le volant à deux mains.

Hier soir, lors de son passage à l’émission « 24 heures en 60 minutes », l’ancien député libéral Yves Michaud ne mâche pas ses mots. Il exige une commission d’enquête afin de faire la lumière sur les agissements de la Caisse et de mieux comprendre pourquoi et comment elle a pu perdre 26% de sa valeur, privant ainsi les citoyens québécois de 38 milliards dans son fonds de retraite. Même s’il est un personnage souvent controversé, je suis persuadé que M. Michaud sait quelque chose. D’ailleurs, lorsqu’il a annoncé son retrait de la vie publique, M. Michaud a laissé entendre qu’il en avait marre des agissements des grandes entreprises et des conflits d’intérêts. Il n’a rien à perdre…

Il s’agit de fonds publics, d’un patrimoine collectif. Il est donc primordial pour le gouvernement libéral de faire la lumière sur les agissements de la Caisse de dépôt. Pour dénoncer les conflits d’intérêts et pour empêcher qu’elle ne répète les mêmes erreurs spéculatives. Mon intuition me dit que tout n’est pas très joli dans ce dossier… Si le Premier Ministre ne veut pas ouvrir les livres, j’espère que Bernard Descôteaux prendra le relais et en forcera la lecture. Je ne crois pas que les journalistes de La Presse oseront creuser ce dossier. À suivre.

Ajout (12:20): Le Parti Québécois demande une enquête publique.

Illustration: Search Engine Land – Flickr

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Qui veut prendre le contrôle d’Hydro-Québec?

Posted by lutopium sur 7 février 2009

Encore une fois, les disciples de l’Institut Économique de Montréal (IEDM) nous vantent les bienfaits de la privatisation d’Hydro-Québec. Depuis une dizaine d’années, l’Institut propose aux citoyens québécois de se départir de leur société d’état et ce, pour diverses raisons: création de richesse, contribution au remboursement de la dette, augmentation de la productivité des employés, libéralisation du marché de l’énergie…

Après les nombreuses sorties de l’économiste Marcel Boyer (dont le salaire principal lui parvient d’une université publique), le flambeau semble avoir été relayé à Claude Garcia, ancien président de la compagnie d’assurance Standard Life et membre du conseil d’administration de la Caisse de Dépôt (organisme public). Le rôle de l’IEDM étant de « proposer des solutions originales et innovatrices afin de susciter l’élaboration de politiques publiques optimales en s’inspirant, notamment, de réformes appliquées avec succès ailleurs dans le monde », elle semble vouloir s’acharner à promouvoir la privatisation de nos services publics, particulièrement la vente des actifs d’Hydro-Québec (HQ), l’éducation post-secondaire, la santé et les services de transport en commun. Bénéficiant d’un budget annuel de 1,5 millions, l’IEDM est omniprésente dans les débats publics et bénéficie d’une couverture médiatique incomparable.

On pourrait se demander si M. Garcia s’emmerde depuis qu’il a quitté son poste à la Standard Life pour investir autant d’efforts dans la promotion de la privatisation d’HQ. Déjà, à l’été 2007, il signait un papier avec Marcel Boyer dans le quotidien Le Soleil où il suggérait que privatiser HQ permettrait « d’améliorer l’efficacité énergétique du Québec et la santé de nos finances publiques ». Et le voilà de retour en pleine campagne électorale et de nouveau cette semaine en exigeant, encore une fois, que la société d’état soit privatisée afin de pouvoir hausser les tarifs, forçant ainsi les québécois à « changer les équipements de chauffage de leurs maisons pour passer au gaz naturel, une méthode plus efficace. » Pincez-moi, je crois rêver…

Comme l’IEDM est présidée par Mme Hélène Desmarais, on aurait tendance à croire que cet acharnement à vouloir privatiser Hydro-Québec serait relié aux ambitions de son époux, le président de Power Corporation. Est-il nécessaire de rappeler que l’empire Desmarais est maintenant un joueur incontournable dans l’économie mondiale depuis qu’elle s’est assurée d’une participation importante dans Suez GDF, privatisée récemment par l’administration Sarkozy? La Suez Renewable Energy of North America (SRENA) est de plus en plus présente dans le marché énergétique des États-Unis et du Canada. Actuellement, la SRENA concentre ses activités dans la distribution énergétique dans 16 états américains tout en investissant sérieusement dans des projets éoliens au Canada et ici-même au Québec – grâce à la récente acquisition de Ventus Energy. Le groupe Suez GDF est également un joueur important dans la production et la distribution d’électricité en Amérique du Sud. Dans son plus récent rapport annuel, elle déclare:

« Nos investissements porteront essentiellement sur des capacités de production électrique, dans les énergies renouvelables et les énergies classiques, principalement en Europe, en Amérique Latine et en Amérique du Nord. Plus précisément, le Groupe a pour objectif de porter à 75 000 MW sa capacité de production électrique dans le monde d’ici à 2012. Suez entend notamment renforcer sa production d’énergie à partir de sources renouvelables (hydraulique, solaire, biomasse et éolien). Il vise également, en fonction de l’attente des autorités nationales concernées, à participer à la construction de centrales nucléaires de 3e génération en Europe et hors d’Europe, dans le but de détenir et d’exploiter ces capacités, qui devraient être mises en service à l’horizon 2015-2020. Le Groupe poursuivra également son développement dans le gaz et le gaz naturel liquéfié (GNL) en capitalisant sur ses positions fortes. »

La construction du port méthanier Rabaska, la proposition des conservateurs canadiens de privatiser Énergie Atomique Canada et la promotion de la vente d’Hydro-Québec convergent vers les aspirations de la riche famille québécoise. Lors du lancement de son récent livre sur l’Empire Desmarais, Robin Philpot suggèrait que le temps est propice au retour de Power Corporation dans l’économie industrielle canadienne. Même si le Parti Libéral ne semble pas chaud à l’idée de privatiser Hydro-Québec, il nous faudra demeurer extrêmement vigilants. D’ailleurs, comme le mentionnait le Canard Enchaîné en novembre dernier (repris dans la dernière édition de l’Aut’ Journal), « les emplettes réalisées à la Bourse depuis quelques semaines par deux milliardaires, le Belge Albert Frère et le Canadien Paul Desmarais. Ces deux copains de Sarko profitent librement de la crise pour acheter à bon prix des actions des grandes entreprises françaises et d’y renforcer leur participation ». Je crois qu’il y a anguille sous roche et que nos riches aristocrates ne baisseront pas les bras aussi facilement. Je ne serais pas surpris d’entendre Jean Charest relancer l’idée de la privatisation d’HQ lorsque la crise économique cessera d’être un frein aux investissements privés. C’est qu’il est capable d’être une girouette le Johnny!

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Conflit au Journal de Montréal: saisir l’occasion

Posted by lutopium sur 25 janvier 2009

La nouvelle inonde l’actualité depuis quelques jours. Les sites indépendants, les blogueurs, les médias électroniques et les quotidiens – même le journal français Le Monde en fait mention, nous informent que la direction de Quebecor Media a décidé de verrouiller les portes du Journal de Montréal, obligeant ainsi 253 travailleurs à se tourner vers la mobilisation syndicale et le lancement d’un site qui annonce leur bataille face à ce géant de la convergence des médias.

Ça va de soi, je n’ai aucun problème à encourager et même supporter des travailleurs qui luttent pour protéger leurs emplois et leurs conditions de travail. Surtout lorsque l’employeur baigne dans les profits et que les mesures suggérées ne visent qu’à les augmenter et à écraser les travailleurs. Je dois tout de même l’avouer, je ressens un petit malaise à donner un appui inconditionnel aux journalistes du Journal de Montréal (JdM).

Dans la lutte globale que nous menons pour court-circuiter le discours néolibéral que nous subissons depuis quelques années, j’ai souvent perçu le JdM et les autres produits de l’empire Quebecor comme des collaborateurs à ce lavage de cerveaux corporatiste qui, jour après jour, conditionne les spectateurs à croire que les cols bleus sont des paresseux, que les syndicats sont corrompus, que la fonction publique est nonchalante et innefficace, que la privatisation des services publics n’est pas une mauvaise idée, que les écoles privées font mieux, etc… Un ensemble de publications qui endort les citoyens avec des potinages inutiles, des paparazzis assoiffés d’histoires juteuses; alimentant ainsi le culte de la vedette et à offrir ce somnifère qui contribue à distortionner la réalité, à accepter les injustices tout en rêvant d’accéder un jour au statut de vedette ou pacha…

Comment réagiront les autres syndiqués de l’empire Quebecor et l’ensemble des travailleurs québécois? Y’aura-t-il un appel au boycott des produits du groupe de Pierre-Karl Péladeau? Est-ce que les gens qui se disent solidaires aux employés du JdM donneront du fil à retordre à l’empire? Comment réagiront les travailleurs syndiqués de l’imprimerie qui assurent la publication quotidienne du JdM? Est-ce que les journalistes de l’empire – incluant les pigistes, refuseront de collaborer à la rédaction du JdM? Aurons-nous l’audace de subir les conséquences d’un boycott généralisé, visant les produits de Vidéotron, Archambault, Sogides et autres? J’ai comme l’impression que les syndicats n’oseront pas mettre en péril plus d’emplois que ceux directement touchés par le présent conflit…

Le temps est-il propice au lancement d’un nouveau quotidien québécois? Considérant que l’autre empire médiatique – celui de Power Corporation, ne veut pas se départir du quotidien La Presse car il représente un outil fantastique pour promouvoir les intérêts des marchés financiers tout en permettant à la famille Desmarais de supporter le Parti Libéral dans sa conquête du pouvoir… Reconnaissant que l’approche éditioriale du JdM et de son cousin de Québec ne reflètent pas la volonté d’une partie de la population qui cherche à casser le discours corporatiste… Je crois que le temps est propice pour se mobiliser et se donner un nouveau journal qui présenterait une information équilibrée, tout en étant dissocié des intérêts économiques et financiers qui « censurent » le travail des journalistes.

Certains acteurs de la scène québécoise pourraient unir leurs forces pour explorer la possibilité de lancer un nouveau quotidien qui apporterait un vent de fraîcheur dans l’actualité. Un journal détaché de tout intérêt économique, une coopérative de travailleurs qui pourraient présenter une information non-biaisée qui compléterait de brillante façon tous les efforts qui sont déployés aujourd’hui sur Internet pour présenter des informations alternatives…

J’appuie donc les travailleurs et travailleuses du JdM et je me rallie à l’appel au boycott qui prend forme. Mais je ne deviendrai pas soudainement un supporteur d’un journal ou d’un empire médiatique qui représentent souvent le contraire des mes convictions. Le temps est propice au lancement d’un nouveau quotidien. Aussi modeste soit-il… Si les travailleurs du JdM sont de grands admirateurs de Rue89, ça devrait se refléter dans l’approche éditoriale et dans le refus de jouer le jeu du monde des affaires…

À lire: L’empire Quebecor : Concentration verticale dans l’édition québécoise

Quinze mois de conflit au Journal du Québec : liberté d’informer contre liberté d’exploiter

Jean-Pierre Chabonneau: La culture de vautour des médias

Illustration: Funadium – Flickr

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La vie dans la brousse de fantômes

Posted by lutopium sur 31 octobre 2008

Aujourd’hui, les enfants enfilent leurs plus beaux costumes et rêvent déjà aux friandises qu’ils rapporteront à la maison… Les dentistes espèrent que les gens seront généreux afin de faire fortune avec toutes ces bouches sucrées. Aujourd’hui, c’est la dernière journée d’octobre – tradition mystérieuse où nous célébrons la mort et la peur – bref, l’essence de la semaine…

Tout a commencé lundi dernier lorsque Jean Charest s’est apeuré devant l’idée que le Québec ne pourrait pas traverser une crise économique avec un gouvernement minoritaire. Dès le lendemain, les journalistes et éditorialistes des journaux de l’Empire Desmarais furent pris de panique et encourageaient les québécois à élire un gouvernement fort afin de nous protéger contre le pire, sans trop savoir pourquoi, voire les mauvais esprits des lois naturelles qui semblent envelopper le monde économique.

Hier soir, David Byrne était de passage au Métropolis afin de nous présenter un spectacle qui soulignait sa collaboration avec Brian Eno. Impossible pour un fan des Talking Heads et de l’album « My Life In A Bush Of Ghosts » de rater l’évènement. Après avoir passé une soirée mémorable, on pouvait apercevoir les gens déambulant sur la Sainte-Catherine, certains arborrant déjà leurs plus beaux costumes, prêts à fêter cette célébration macabre…

La semaine se termine par une belle journée d’automne, nous annonçant le départ de politiciens expérimentés qui profitent du déclenchement des élections pour mettre fin à leur carrière. Il est quand même triste pour l’ADQ de perdre Gilles Taillon, un geste qui semble vouloir confirmer que le parti de Mario Dumont est maintenant admis aux soins intensifs… Le Parti Québécois se retrouve en deuil suite à l’annonce de la retraite – fort bien méritée – de Louise Harel et de Rita Dionne-Marsolais.

Oh, ça frappe à la porte. C’est sûrement un petit monstre qui veut des bonbons. Mais non… Monsieur le député…. Bonsoir à vous. Tiens, voici une petite friandise, acceptez-la en gage de remerciements même si vous êtes du genre fantôme.. Profitez bien de ces derniers jours, je ne crois pas que le 450 votera ADQ en décembre. Et prenez donc la citrouille, elle vous va bien…

Photo : hck – Flickr


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Est-ce que Desmarais veut des élections?

Posted by lutopium sur 29 octobre 2008

Comme le mentionne Robin Philpot dans son dernier bouquin, Paul Desmarais et Power Corporation n’ont presque pas investi au Québec depuis une trentaine d’années. Cependant, depuis l’arrivée de Jean Charest à la barre du Parti Libéral du Québec, tout laisse croire que la famille Desmarais a retrouvé un allié politique à Québec. Après l’endossement (impopulaire) de M. Charest pour le projet Rabaska – dans lequel Power Corporation a des intérêts financiers, Paul Desmarais a fait preuve de reconnaissance et d’amitié envers notre premier ministre en l’invitant à une réception privée lorsque Nicolas Sarkozy lui a décerné la Légion de la Grande-Croix..

C’est donc en cours de mandat minoritaire que Jean Charest s’est rapproché un peu plus du milliardaire québécois. En considérant que les intérêts de Power Corporation sont maintenant reliés au monde de l’énergie et des services publics, on peut se demander si Paul Desmarais a manifesté son intérêt pour l’hydro-électricité, les énergies fossiles du Saint-Laurent et l’eau potable de nos lacs et rivières… Possédant maintenant des compagnies d’assurances qui offrent des couvertures médicales, on peut également imaginer que M. Desmarais glisserait un petit mot en faveur de la privatisation des soins de santé… Si les deux compères n’arrivent pas à se rencontrer quelque part, y’a toujours les journaux…

Alors, ils disent quoi ces journaux ce matin? Du côté de La Presse, on ne se cache pas pour réclamer des élections. Sous la plume d’Yves Boisvert, qui essaie d’être drôle sans succès, on tente de nous convaincre qu’elles sont inévitables: « Comme ça, vous ne voulez pas d’élections? On vous comprend, mais mettez vous à la place de Jean Charest un instant. A-t-il seulement le choix? » Fidèle à son poste, l’éditorialiste André Pratte n’est pas moins subtil: « Si l’on en croit les sondages et la rumeur publique, une grande majorité de Québécois est furieuse contre Jean Charest parce qu’il songe à tenir des élections générales le 8 décembre prochain. Aussi répandu soit-il, ce mécontentement ne nous semble pas justifié… »

Dites M. Charest, vous avez lu La Presse ce matin? Le message est clair, vous pouvez y aller.

Photo: Nicholas Gray – Flickr

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Pourquoi un gouvernement majoritaire en temps de crise?

Posted by lutopium sur 28 octobre 2008

Je suis un de ceux qui n’achètent pas l’argument de Jean Charest qui laisse croire qu’il est important pour le Québec de se doter d’un gouvernement majoritaire afin de traverser la crise économique qui se pointe le nez. Je ne sais pas si vous ressentez le même pessismisme, mais j’ai l’impression que les choses vont mal tourner après les fêtes. Je ne suis pas un expert en économie ou en finance mais j’ai l’intuition que le ralentissement que nous connaîtrons après la consommation folle de décembre sera le pire des vingt ou trente dernières années. Nous achèterons moins, les taux d’intérêt augmenteront, les entreprises devront abolir des postes et le marasme s’installera.

Le premier ministre essaie donc de nous convaincre que les temps seront moins pénibles si le Parti Libéral a le pouvoir de gouverner sans faire de compromis avec les partis d’opposition. Les projets de loi pourront être adoptés plus rapidement et la gestion quotidienne des affaires de l’état se précisera sans se précoccuper des députés de l’autre côté de la chambre. Comme le gouvernement du Québec n’a aucun pouvoir sur la politique monétaire canadienne et aucune influence sur les taux d’intérêt, je me demande bien quel est le plan de M. Charest. Laissez-moi deviner… des subventions aux entreprises en difficulté? Des crédits à des entreprises qui veulent investir au Québec? Ou peut-être une liquidation du patrimoine collectif… songerait-il à vendre Hydro-Québec? À privatiser les soins de santé encore un peu plus? Pourriez-vous m’expliquer pourquoi M. Charest désire devenir le grand capitaine avant que la crise économique commence à faire sentir ses effets? Ne me dites pas que tout est relié aux réserves budgétaires…

À en croire les journalistes et éditorialistes du groupe Gesca, le feu vert est donné par l’Empire Desmarais. Le journaliste Vincent Marissal réconforte le premier ministre en lui rappelant que c’est lui qui maîtrise le calendrier et que le « timing » est à son avantage. L’éditorialiste André Pratte a même choisi un titre sans équivoque: « Élections: un bon moment ».

Comme ce fut le cas lors des dernières élections fédérales, il faudra que les progressistes fassent preuve de vigilance. Je suis convaincu que l’establishment libéral songera sérieusement à organiser une vente de feu afin de garnir les coffres de l’état et redistribuer encore plus de fric vers les dirigeants des chambres de commerce. On dira que le temps est propice à la privatisation des services publics, aux partenariats publics-privés, à l’impartition et quoi encore.

On s’en reparle…

Photo: Dimitri P. – Flickr

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Le cauchemar des marchands de rêve

Posted by lutopium sur 21 octobre 2008

Les journaux nous apprennent (encore) que l’écart entre les pauvres et les riches s’accentue sans cesse, qu’une crise économique majeure se pointe toujours à l’horizon et que, signe des temps, certaines grandes richesses canadiennes s’effondrent:

Ted Rogers, de l’empire du même nom, vient de voir sa fortune personnelle perdre 24% de sa valeur qui est maintenant évaluée à 1.4 milliards. Notre Prince québécois, Paul Desmarais, a perdu 764 millions suite aux revers subis par l’action de Power Corporation depuis juin dernier. Il n’est cependant pas à plaindre car il peut toujours compter sur un magot de 3.4 milliards. La coqueluche du monde technologique, Mike Lazardis, président de Research In Motion et l’homme derrière le Blackberry, a vu ses avoirs fondrent de moitié en quelques mois, perdant au passage 2.4 milliards.

Une grande majorité des gens d’affaires veulent retirer toute règlementation ou toute obligation qui font entrave au libre commerce. Ils veulent payer moins d’impôt, réduire la taille de l’État, cet état maudit. Pourtant, l’OCDE mentionne aujourd’hui que « le fossé entre riches et pauvres au Canada s’est considérablement agrandi au cours des dix dernières années, partiellement en raison de dépenses sociales d’Ottawa qui se trouvent à un niveau inférieur de la moyenne des pays développés… »

On peut voir où se retrouvent maintenant les déductions fiscales qu’ils ont pu obtenir ces dernières années…

Le 8 novembre 2007 à 16 h, Michel Patry, directeur de HEC Montréal, accompagné de Glenn J. Chamandy, président et chef de la direction, Les Vêtements de Sport Gildan, ont sonné conjointement la « cloche de fermeture » de la Bourse de New York.

Première rangée, de gauche à droite : Lyne Rowley, John Casale (vice-président, NYSE), Michel Patry, Glenn J. Chamandy, Gildan, Hélène Desmarais (présidente du conseil d’administration, HEC Montréal), François Leroux et Katleen Félix.

Deuxième rangée, de gauche à droite : Jacques Nantel (secrétaire général, HEC Montréal), Claude Séguin (CGI), Pierre Robitaille (Gildan), Paul Desmarais III (analyste financier, Goldman Sachs), Dominic Bécotte, Marie-Ève Piché et Guy Fréchette (Ernst & Young).

Photos: discopalace et HEC Montréal – Flickr


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