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Un budget pour les amis

Posted by lutopium sur 28 janvier 2009

Sachant fort bien qu’ils ne peuvent pas se faire élire en présentant clairement leur idéologie réformiste, les conservateurs se comportent comme les libéraux afin de garder le pouvoir. Un budget à l’antipode de leurs convictions mais à la hauteur de leurs ambitions. Car c’est bien là où se situent les vrais enjeux: conserver le pouvoir afin de plaire aux copains de l’industrie pétrolière et à ceux du monde financier. Deux réactions:

« Ce budget est une aberration. C’est pire que le scénario catastrophe que nous avions imaginé. Ce gouvernement est incapable d’être proactif et d’adopter une vision moderne… Ce budget ne comprend rien de substantiel pour relancer l’économie canadienne tout en faisant face aux crises climatique et énergétique. Les infrastructures vertes, les transports collectifs, les rénovations éco-énergétiques et les énergies renouvelables n’ont récolté ni plus ni moins qu’une poignée de petit change… » – Steven Guilbeault, Équiterre.

« Les médias ont fait grand cas du déficit de 85 milliards sur cinq ans du budget Flaherty, mais ils ont complètement passé sous silence le montant faramineux de 200 milliards $ (12 pour cent du PIB) prévu dans ce que le gouvernement appelle un « Cadre de financement exceptionnel » pour venir en aide aux institutions financières canadiennes. En soi, ce transfert monétaire auprès des banques est la principale cause du déficit budgétaire et de l’endettement du gouvernement fédéral…. » Michel Chossudovsky, Centre de recherche sur la mondialisation.

Les vrais conservateurs, particulièrement les réformistes de l’ouest canadien doivent se tordre de douleur en examinant les propositions du budget. Je suis certain que les troupes de Stephen Harper viennent de perdre de nombreux appuis au sein de la communauté conservatrice canadienne. Comment les militants pourront-ils expliquer que leur parti n’hésite pas une seconde à investir des milliards de dollars dans le sauvetage des banques canadiennes (y’a-t-il détresse quelque part?) alors qu’on vante les mérites du libre-marché et d’une intervention minimale de l’état? Et c’est moi qu’on traite d’étatiste!

Comme le souligne le conservateur Gerry Nicholls sur son blogue: « Well now it’s official. The Conservative Party is conservative in name only. Makes me yearn for the days when we had relatively fiscally conservative leaders, like Jean Chretien. »

Les grands gagnants? Les banques et les pétrolières. N’avez-vous pas l’impression de vous faire fourrer royalement?

Photo: A guy with a camera – Flickr

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Enfants handicapés et accès à l’éducation: conversation entre un libertarien et un gauchiste

Posted by lutopium sur 6 avril 2008

Revu et corrigé le 9 avril 2008 afin d’alléger le site.  Basé sur la version finale parue dans Cent Papiers le 8 avril 2008.

La Presse publiait la semaine dernière une série d’articles sur les écoles et sur l’intégration des élèves handicapés ou en difficulté d’apprentissage ou d’adaptation. Le texte qui suit se veut une réaction suite à une opinion émise sur le blogue libertarien « Un Québécois Libre ».

Certains connaissent mon style simpliste et mon approche quelque peu utopique. Pas de surprises ici, je fais partie des idéalistes… Contrairement à la proposition libertarienne qui prône l’accès de nos « élites » vers des écoles privées à but lucratif, je crois plutôt qu’il serait préférable pour la société de regrouper TOUS les enfants vers le système public afin de le renforcer. Si tous les élèves du primaire et du secondaire se retrouvent ensemble, peu importe le pouvoir d’achat des parents et des capacités intellectuelles des enfants, tout le monde en sortirait gagnant. L’exode des élèves doués et privilégiés vers les écoles privées pénalise le système public à bien des égards. Jetez un coup d’oeil dans La Presse de vendredi dernier et vous comprendrez que les professeurs des écoles publiques n’y arrivent plus. Et c’est dû en grande partie à la popularité grandissante des écoles privées. Les grands perdants dans cette « division des classes » sont les enfants en difficulté, les enfants handicapés et les familles qui n’ont tout simplement pas les moyens de choisir les établissements privés.

Les revenus des écoles privées proviennent indirectement de l’état. Que ce soit au niveau des subventions qui couvrent plus de la moitié des frais annuels ou des crédits d’impôt alloués aux parents, les écoles privées sont presque entièrement financées par les deniers publics. Alors, si tous les élèves convergent vers le système public, son financement sera automatiquement plus adéquat et on pourra offrir des services de qualité. On pourra recruter les spécialistes pour accompagner les élèves qui en ont réellement besoin, on pourra diminuer la charge des professeurs en ramenant le nombre d’élèves par classe à un niveau acceptable et on pourrait offrir des programmes spéciaux visant à entretenir la soif d’apprendre qu’ont certains élèves plus doués.

Mes enfants vont à l’école publique. J’ai les moyens de suivre la « parade » et de leur offrir l’école privée. Mais je m’y refuse. Pour moi, choisir les institutions privées c’est confirmer son refus à la solidarité citoyenne. Je sais que ce n’est pas votre dada et que mon opinion gauchiste ne vous surprendra pas. Je tenais à amener mon grain de sel et voir comment vous pourriez me faire changer d’idée. J’ai lu beaucoup sur le sujet, j’en ai discuté amplement avec des copains qui, comme nous, ont dû choisir entre le public et le privé. Lors de l’entrée de nos enfants au primaire, nous avons choisi une école publique. Lors du passage de notre plus vieille vers le secondaire, nous avons décidé de garder le cap.

L’enseignement qui est donné à son école secondaire est à la hauteur de nos attentes. Notre enfant démontrait des aptitudes supérieures à la moyenne et elle fait partie d’un groupe enrichi en maths et en français. De plus, nous prenons plaisir à investir du temps en famille afin de nourrir cette soif d’apprendre, ce que les parents (du moins, c’est l’impression que j’ai) semblent négliger. Au lieu de laisser les enfants glisser vers l’écran cathodique (télé, ordi, jeux vidéo) à outrance, nous profitons de certains temps libres pour discuter et débattre d’évènements historiques, de géographie, de politique, etc. Évidemment, ma conjointe et moi ne sommes pas des bourreaux de travail. Après la semaine de 40 heures, c’est le retour au foyer et l’expérience d’une vie familiale simple et bien remplie.

En terminant, j’aimerais apporter une opinion sur le palmarès de l’Actualité et de l’Institut Économique de Montréal : le classement des écoles privées ne vaut rien. Primo, les enfants qui fréquentent ces écoles sont plus « doués » que la moyenne, car c’est une condition d’accès et ils devront retourner vers le public s’ils ne sont pas capables de maintenir de bonnes notes ou s’ils font preuve de comportements inadéquats. Secundo, et ce sont des professeurs qui me l’ont confirmé, les résultats sont parfois truqués afin de protéger le classement de l’école dans ce palmarès. Je trouve ça fort malsain.

Photo : Université de Chicago, par Androfire- Flickr

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