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Posts Tagged ‘libertarianisme’

La droite québécoise et les syndicats

Posted by lutopium sur 19 mars 2009

Ce billet est publié simultanément sur le blogue collectif « Les 7 du Québec ». Vous êtes invités à laisser vos commentaires sur ce site.

Suite aux récents déboires de la FTQ Construction, les partisans de la droite et du libre-marché n’ont pas raté l’occasion de discréditer le syndicalisme en l’associant au crime organisé, allant même jusqu’à présumer que toutes les centrales sont reliées à la mafia… Utilisant sa rhétorique néolibérale habituelle, le blogue libertarien Le Québécois Libre profite de l’occasion pour transmettre encore une fois le message de ses maîtres: « …ce qui distingue les syndicats des organisations criminelles est que les premiers disposent de privilèges légaux considérables pour légitimer leurs actions, mais la méthode est essentiellement la même…. La violence et le vol font intrinsèquement partie des méthodes syndicales…» On fait encore une fois dans le plus grand des délires.

Aucune nuance n’est apportée dans les nombreux billets parus sur les blogues de droite. Selon eux, tous les syndicats utilisent des méthodes doûteuses et ne cherchent qu’à protéger leurs intérêts, allant jusqu’à s’associer avec les organisations criminelles de Montréal. À les entendre, ce sont les syndicats qui cherchent à tisser des liens avec le crime organisé et non le contraire. Tout le monde est coupable. On va même jusqu’à ressortir le squelette d’André Desjardins pour argumenter le tout…

Personnellement, et ce même si je n’ai jamais été syndiqué, j’appuie inconditionnellement le droit d’association des travailleurs . Nous en avons fait du chemin depuis le 1er mai 1886 où les travailleurs de Chicago ont obtenu la journée de travail de huit heures après une grève qui a mobilisé 300,000 personnes. Même si des militants furent arrêtés et condamnés à mort (quatre d’entre eux furent pendus), le mouvement syndical ne s’est pas laissé intimidé et a poursuivi sa lutte afin d’établir un équilibre dans les négociations avec les patrons.

Au Québec, le patronat s’est doté de plusieurs associations et lobbies afin d’établir un rapport de force avec les donneurs d’ouvrage, particulièrement les services publics. Chambres de commerce, Conseil du Patronat et quelques think tanks bien financés leur permettent d’influencer les dépenses et les attributions de contrats. Si les patrons ont le droit d’unir leurs forces tout en contrôlant directement ou indirectement la majorité des médias d’information, pourquoi les travailleurs n’auraient-ils pas accès à ce droit fondamental?

Évidemment, pour la nouvelle classe néolibérale, les syndicats sont un obstacle au développement économique, à l’augmentation des profits et à l’enrichissement de quelques privilégiés. Faudrait m’expliquer pourquoi de simples citoyens québécois n’hésitent jamais à appuyer nos entrepreneurs sans réserve tout en rejetant toute idée de rassemblement des travailleurs. Si j’utilise le même raisonnement que celui présenté par ces blogueurs réactionnaires, il faudrait peut-être songer à fermer les firmes de courtage financier, les banques et certaines entreprises. Car, ces temps-ci, les fraudeurs et les tricheurs se retrouvent beaucoup plus de ce côté que dans les centrales syndicales… Ce n’est pas parce que quelques individus assoifés de quelques dollars et d’une vie de pacha sur un yatch qu’il faut discréditer l’ensemble du mouvement syndical. Croyez-vous vraiment que l’Ordre des Infirmières, le syndicat des techniciens de Bell Canada et celui des journalistes de Quebecor sont parrainés par la mafia?

D’ailleurs, n’oubliez pas que ce sont des journalistes syndiqués d’une entreprise publique (Radio-Canada) qui ont dénoncé les agissements des dirigeants de la FTQ Construction. Même s’il semble évident que l’organisation connait des problèmes innacceptables, il ne faudrait pas jeter le bébé avec l’eau du bain.

Photo: murilo – Flickr

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Des chiens et des hommes

Posted by lutopium sur 14 mars 2009

Ce billet a été publié le 12 mars 2009 sur le blogue collectif « Les 7 du Québec ». Vous êtes invités à laisser vos commentaires sur ce site.

Selon un sondage Léger Marketing réalisé en 2006, 42 % des foyers québécois possèdent au moins un chat ou un chien. Le Québec compte 2,3 millions de ces animaux domestiques. Chaque domicile qui possède des animaux de compagnie a dépensé la somme de $549.00 au cours de l’année pour assurer une vie décente à leur compagnon. De plus, on compte près de 1,000 médecins-vétérinaires au Québec. Leurs cliniques ne semblent pas connaître des problèmes d’attente majeurs…

La Loi québécoise sur la protection sanitaire des animaux regroupe différents aspects concernant la santé des animaux. L’article 55.9.2 de cette loi exige que les animaux soient « gardés dans un habitat convenable et salubre… »

Pendant ce temps, un rapport très critique sur la manière dont le Canada s’assure du respect du droit au logement a été présenté cette semaine lors de la 10ème session du Conseil des droits humains de l’ONU à Genève. Le document, qui fait suite à une visite d’observation au Canada réalisée en octobre 2007, s’inquiète de l’augmentation du nombre de sans-abri, de la hausse des prix dans le secteur du logement et de la décroissance du logement public.

À Montréal, 22 000 ménages attendent actuellement un logement dans un HLM, alors qu’aucun n’a été construit depuis 1994.

Les gens de la droite, de plus en plus inspirés par l’approche libertarienne, suggèreront que l’accès au logement est directement relié au mérite individuel. À la limite, la charité volontaire permettra aux plus démunis de trouver logis. Vive Centraide, ils vont règler tous nos problèmes. L’état doit disparaître, le concept de logement social en prend pour son rhume.

La société me ressemble un peu ces jours-ci. Complètement malade.

Photo: Heather SF – Flickr

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Le grand cirque de la république

Posted by lutopium sur 4 septembre 2008

Tout congrès d’un parti politique doit prévoir quelques activités pour divertir ses délégués.  Comme ils assistent à des réunions et à des séances de formation tout au long de la journée, les participants doivent pouvoir se défouler et s’imprégner des doctrines du parti, le tout dans une ambiance décontractée.  Mercredi dernier, les organisateurs de la convention républicaine leur ont préparé une soirée inoubliable, comme seuls Barnum & Bailey pouvaient l’imaginer.

Tout a commencé avec la visite de l’ex-présidente de Hewlett Packard, Mme Carly Fiorina.  Celle qui fut désignée par Forbes comme une des femmes d’affaires les plus influentes de la planète, leur a rappelé que seul le parti républicain est en mesure de faciliter le démarrage d’entreprises et la création d’emplois.  Imprégnée de valeurs libertariennes, elle a fait la promotion de l’amaigrissement de l’appareil gouvernemental et d’une réduction maximale des impôts.  Un exercice d’acrobatie assez exceptionnel lorsqu’on se souvient que c’est Mme Fiorina qui a coupé 7,000 emplois chez HP en 2002,  qu’elle n’a jamais hésité à impartir des fonctions dans des pays lointains – là où la main-d’œuvre est bon marché – et qu’elle a déjà demandé au gouvernement américain de financer les efforts de recherche et de développement de l’industrie informatique américaine…

Par la suite, les partisans ont eu le plaisir de voir et entendre le millionnaire Mitt Romney.  C’est le maître de l’illusion.  Malgré son antipathie face au capitaine McCain, il essaie de faire croire à la foule en délire qu’il le supporte incontestablement.  Dans son discours, il tente d’attirer la sympathie en appelant les spectateurs à se révolter contre l’establishment de la Nouvelle-Angleterre.  Il exige que le peuple vote pour son parti afin d’éviter l’arrivée de Big Brother.  On devine les astuces assez rapidement lorsqu’on se rappelle que M. Romney a réussi à accumuler une fortune de plusieurs centaines de millions de dollars dans une firme d’investissement de Boston.  Pour ce qui est de la référence au personnage de 1984, il s’est probablement inspiré des mesures du Patriot Act, imposé au peuple américain par l’actuel chef de son parti, George W. Bush…

Tout bon cirque doit avoir son clown.  Se pointe alors Rudolph Giuliani…  Il fait tout de même preuve d’un humour subtil en accusant ses adversaires de ne pas avoir parlé de la tragédie du 11 septembre 2001 lors de leur convention.  Il suggère également qu’il est grand temps de ranimer la guerre froide avec les russes et d’appuyer Israel sans aucune condition ni aucune considération envers le peuple palestinien.  Peut-être était-il sérieux après tout?

Le spectacle ne pouvait être complet sans le traditionnel numéro du fil de fer.   Voilà que s’élance la nouvelle vedette du cirque, inconnue du public, n’exigeant même pas de filet pour la capturer dans le cas d’une chute.  Son but est simple : court-circuiter l’arrivée de Barack Obama en minimisant son passé de travailleur social.  Répétant la grande prière libertarienne, Sarah Palin vante le mérite individuel et la sacro-sainte liberté américaine qui permet à tous les citoyens de pouvoir se lancer en affaires.  Pourtant, bon nombre de ses concitoyens ont été forcés à fermer boutique suite à l’arrivée de Wal-Mart dans leurs petites villages ruraux.  Grâce à son approche « pitbull », elle a permis à son fils de jouer au hockey et d’aller en Irak afin de défendre les intérêts de la nation avec la grande armée américaine.  Même si elle prône elle aussi la disparition de plusieurs services gouvernementaux, elle assure aux parents d’enfants handicapés qu’elle sera leur alliée si elle atteint la Maison Blanche.  Même si elle promet la réduction des dépenses de l’état, elle propose de construire un pipeline afin de transporter le pétrole de l’Alaska vers le cœur de l’Amérique.

L’éléphant semble plus imbécile qu’il ne l’était lors du spectacle de 2004…

Illustration: MatiLou – Flickr

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Enfants handicapés et accès à l’éducation: conversation entre un libertarien et un gauchiste

Posted by lutopium sur 6 avril 2008

Revu et corrigé le 9 avril 2008 afin d’alléger le site.  Basé sur la version finale parue dans Cent Papiers le 8 avril 2008.

La Presse publiait la semaine dernière une série d’articles sur les écoles et sur l’intégration des élèves handicapés ou en difficulté d’apprentissage ou d’adaptation. Le texte qui suit se veut une réaction suite à une opinion émise sur le blogue libertarien « Un Québécois Libre ».

Certains connaissent mon style simpliste et mon approche quelque peu utopique. Pas de surprises ici, je fais partie des idéalistes… Contrairement à la proposition libertarienne qui prône l’accès de nos « élites » vers des écoles privées à but lucratif, je crois plutôt qu’il serait préférable pour la société de regrouper TOUS les enfants vers le système public afin de le renforcer. Si tous les élèves du primaire et du secondaire se retrouvent ensemble, peu importe le pouvoir d’achat des parents et des capacités intellectuelles des enfants, tout le monde en sortirait gagnant. L’exode des élèves doués et privilégiés vers les écoles privées pénalise le système public à bien des égards. Jetez un coup d’oeil dans La Presse de vendredi dernier et vous comprendrez que les professeurs des écoles publiques n’y arrivent plus. Et c’est dû en grande partie à la popularité grandissante des écoles privées. Les grands perdants dans cette « division des classes » sont les enfants en difficulté, les enfants handicapés et les familles qui n’ont tout simplement pas les moyens de choisir les établissements privés.

Les revenus des écoles privées proviennent indirectement de l’état. Que ce soit au niveau des subventions qui couvrent plus de la moitié des frais annuels ou des crédits d’impôt alloués aux parents, les écoles privées sont presque entièrement financées par les deniers publics. Alors, si tous les élèves convergent vers le système public, son financement sera automatiquement plus adéquat et on pourra offrir des services de qualité. On pourra recruter les spécialistes pour accompagner les élèves qui en ont réellement besoin, on pourra diminuer la charge des professeurs en ramenant le nombre d’élèves par classe à un niveau acceptable et on pourrait offrir des programmes spéciaux visant à entretenir la soif d’apprendre qu’ont certains élèves plus doués.

Mes enfants vont à l’école publique. J’ai les moyens de suivre la « parade » et de leur offrir l’école privée. Mais je m’y refuse. Pour moi, choisir les institutions privées c’est confirmer son refus à la solidarité citoyenne. Je sais que ce n’est pas votre dada et que mon opinion gauchiste ne vous surprendra pas. Je tenais à amener mon grain de sel et voir comment vous pourriez me faire changer d’idée. J’ai lu beaucoup sur le sujet, j’en ai discuté amplement avec des copains qui, comme nous, ont dû choisir entre le public et le privé. Lors de l’entrée de nos enfants au primaire, nous avons choisi une école publique. Lors du passage de notre plus vieille vers le secondaire, nous avons décidé de garder le cap.

L’enseignement qui est donné à son école secondaire est à la hauteur de nos attentes. Notre enfant démontrait des aptitudes supérieures à la moyenne et elle fait partie d’un groupe enrichi en maths et en français. De plus, nous prenons plaisir à investir du temps en famille afin de nourrir cette soif d’apprendre, ce que les parents (du moins, c’est l’impression que j’ai) semblent négliger. Au lieu de laisser les enfants glisser vers l’écran cathodique (télé, ordi, jeux vidéo) à outrance, nous profitons de certains temps libres pour discuter et débattre d’évènements historiques, de géographie, de politique, etc. Évidemment, ma conjointe et moi ne sommes pas des bourreaux de travail. Après la semaine de 40 heures, c’est le retour au foyer et l’expérience d’une vie familiale simple et bien remplie.

En terminant, j’aimerais apporter une opinion sur le palmarès de l’Actualité et de l’Institut Économique de Montréal : le classement des écoles privées ne vaut rien. Primo, les enfants qui fréquentent ces écoles sont plus « doués » que la moyenne, car c’est une condition d’accès et ils devront retourner vers le public s’ils ne sont pas capables de maintenir de bonnes notes ou s’ils font preuve de comportements inadéquats. Secundo, et ce sont des professeurs qui me l’ont confirmé, les résultats sont parfois truqués afin de protéger le classement de l’école dans ce palmarès. Je trouve ça fort malsain.

Photo : Université de Chicago, par Androfire- Flickr

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