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Le boom Desjardins

Posted by lutopium sur 17 janvier 2009

En décembre 1997, Lise et Ghislain sont prêts à s’acheter une maison. Ils ont réussi à épargner quelques sous et, suite à la naissance de leur deuxième enfant, ils veulent explorer la possibilité de se porter acquéreurs d’une petite résidence unifamiliale sur la rive-sud de Montréal. Afin d’éviter les mauvaises surprises, ils décident de consulter un conseiller financier de leur caisse populaire afin d’entamer leur achat avec un prêt « pré-approuvé ».

La rencontre est cordiale. Après une quinzaine de minutes, la possibilité d’acheter une résidence se démystifie. Pour la jeune famille qui n’était pas assurée d’être éligible à un prêt hypotécaire, le rêve commence à prendre forme. La sympathique conseillère leur confirme que l’institution est disposée à leur accorder le prêt. Son empressement semble cependant dépasser les ambitions des futurs propriétaires. Elle leur demande pourquoi ils veulent se limiter à emprunter $120,000 – ce qui représente la valeur marchande des bungalows de la rive-sud, allant même jusqu’à leur confirmer qu’ils ont les « moyens » d’acheter une grosse maison de $250,000! Mais le jeune couple fait preuve de prudence se limitant à la somme originale car le montant mensuel à rembourser s’apparente au prix du loyer actuel, sachant très bien qu’ils auront d’autres dépenses (taxes, améliorations locatives, aménagement, etc.). Et qu’ils n’ont pas vraiment besoin d’avoir un gros cottage dans un de ces nouveaux développements, préférant un de ces bungalows qu’on retrouve dans les vieux quartiers, là où les arbres centenaires règnent sur la tranquilité banlieusarde.

Mission du Mouvement Desjardins: « Contribuer au mieux-être économique et social des personnes et des collectivités dans les limites compatibles de notre champ d’action… en faisant l’éducation à la démocratie, à l’économie, à la solidarité et à la responsabilité individuelle et collective, particulièrement auprès de nos membres, de nos dirigeants et de nos employés. .. »

Depuis l’achat de leur modeste demeure, Lise et Ghislain ont investi une portion de leurs économies dans un REER, toujours chez Desjardins. Ils sont de loyaux clients, par nationalisme et en solidarité avec le mouvement coopératif qui leur semble plus sécuritaire, moins enclin aux abus dont font preuve certaines banques canadiennes. Au début de 2008, ils réalisent que les fonds mutuels de Desjardins ont perdu à peu près 15% de leur valeur. Ils communiquent avec leur conseiller financier qui les rassure rapidement: « ne vous en faites pas, les analystes prédisent une remontée de la croissance économique mondiale, particulièrement grâce aux marchés émergents, comme la Chine… qui bonifiera vos avoirs… »

Le jeune couple porte une attention particulière à l’actualité économique. Suite aux problèmes reliés au marché hypothécaire américain et aux faillites de certaines institutions bancaires, ils décident de transférer leurs fonds mutuels boursiers vers des certificats à placement garanti (CPG). Nous sommes le 20 septembre 2008. Un coup de fil au conseiller de leur caisse s’impose. Après lui avoir expliqué leur plan de match, le conseiller leur recommande de demeurer sur le marché des fonds: « ne paniquez pas, ce n’est que passager. Il ne faut pas quitter le marché. Ça va reprendre, soyez-en rassurés. » Après 30 minutes d’échanges courtois, le conseiller cède et accepte de vendre les fonds mutuels et de transférer l’argent vers des CPG. Quatre mois plus tard, Ghislain fait les calculs: les fonds mutuels qu’ils avaient quelques mois auparavant ont fondu de 30%… Le conseiller financier le rappelle pour planifier le prochain rendez-vous annuel des REERs. Ghislain lui rafraîchit la mémoire et son entêtement à refuser la vente des fonds. Le conseiller capitule et s’excuse de son égarement, lui le spécialiste… Pour ce qui est de la rencontre suggérée, on repassera. Peut-être en 2010, peut-être en 2011. Peut-être ne retourneront-ils jamais vers les marchés spéculatifs…

Suite aux soubresauts qu’ont connu les marchés financiers, le Mouvement Desjardins doit-il réorienter ses stratégies? Avec l’arrivée d’une nouvelle présidente qui a fait carrière dans le monde bancaire traditionnel, est-ce que le fleuron financier québécois et l’un des plus importants joueurs coopératifs de la planète sera en mesure de protéger ses membres contre les fraudes, les mensonges et les promesses d’enrichissement qui deviennent de plus en plus farfelues?

Comment expliquer qu’une institution régie par une mission coopérative – qui adhère aux principes de prudence tels que suggérés par les Accords de Bâle et qui compte une équipe d’analystes financiers chevronnés, a-t-elle succombée aux mirages spéculatifs du papier commercial, mettant en danger près de 3 milliards d’actifs? Il est grand temps que le Mouvement Desjardins renouvelle ses orientations et qu’elle retrouve sa mission coopérative. Avec l’arrivée de Monique Leroux, on espère que ses dirigeants se rappeleront cet énoncé de mission: « Comme membre de l’Alliance coopérative internationale, nous adhérons aussi aux valeurs de cet organisme, qui sont la prise en charge et la responsabilité personnelles et mutuelles, la démocratie, l’égalité, l’équité et la solidarité. .. »

L’histoire de Lise et Ghislain est véridique, seuls les prénoms ont été changés. Illustration: Nelson-77 – Flickr

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La complicité de La Presse et de Rockland MD

Posted by lutopium sur 12 avril 2008

Nous connaissons tous la controverse autour de l’ouverture de la clinique privée Rockland MD.  Cet établissement, partenaire privilégié de l’hôpital du Sacré-Cœur de Montréal et situé dans l’ancien comté du ministre Philippe Couillard, fait preuve d’un dynamisme qui semble être sous les effets de stéréoides fournis par l’establishment économique québécois.

La clinique Rockland MD a confirmé le 1er avril dernier qu’elle offrait maintenant une méthode révolutionnaire pour guérir le cancer léger de la prostate.  Les grands quotidiens montréalais reprennaient la nouvelle aussitôt et on a pu constater rapidement quel type de traitement les journalistes allaient nous offrir.  Pendant que les sbires de l’empire Quebecor lançaient quelques questions pertinentes, La Presse sembla se contenter d’un compte-rendu lancé par l’agence Presse Canadienne.  Du moins jusqu’à l’apparition d’un clip vidéo ressemblant plutôt à une plogue pour la nouvelle vedette de L’Institut Économique de Montréal…

Comme cyberpresse.ca semble vouloir faire dans le multimédia, le site offre dorénavant des petites capsules qui sont, pour la plupart du temps, d’une insignifiance ennuyeuse.  Je comprend que Gesca se fait les dents sur la production  télévisuelle en attendant la privatisation de Radio-Canada, mais présenter des clips mettant en vedette Alain Dubuc relève d’un étonnant courage…  Notre ancien marxiste préféré a donc choisi de nous présenter la nouvelle coqueluche de la communauté d’affaires montréalaise et notre grand sauveteur dans le traitement de la santé : Rockland MD.

Le responsable des communications de cette clinique a certainement de bons rapports avec « la putain de la rue Saint-Jacques ».  Une publicité « gratuite » sur le site internet du quotidien appartenant à la famille la plus puissante au Québec, rien de moins.  Écoutez ce qu’avait à dire Alain Dubuc sur le traitement contre le cancer de la prostate offert par Rockland MD :

« …Mais ça nous rappelle quelque chose.  C’est que dans ce dossier là, on peut voir que le secteur privé en santé a servi à quelque chose de très précis.  Parce que s’il n’y avait pas eu la clinique Rockland MD, cette nouvelle procédure de règlement du cancer de la prostate, on n’en aurait jamais entendu parler.  Ça se fait en Europe, ça se fait en Asie, ça se fait en Ontario mais pas au Québec et nos hôpitaux sont sans doute trop rigides pour être capables de se lancer dans un nouveau système comme celui-là.  Et donc ça veut dire quelque chose, le système privé en santé peut jouer un rôle d’innovateur.  Introduire un élément de concurrence, jouer aussi un rôle de franc-tireur pour arriver avec des idées nouvelles.  Et quand on a un système aussi lourd, aussi rigide, aussi bureaucratique que le nôtre, je pense que l’appoint du système privé comme franc-tireur est quelque chose d’essentiel… »

Quelques jours plus tard, le Collège des médecins questionne la qualité du traitement contre le cancer offert à la clinique privée Rockland MD et le ministère de la Santé demande à la Régie de l’assurance maladie d’enquêter sur sa légalité.  Comment alors expliquer qu’un journal ait pu autoriser la publication d’un publi-reportage avant d’examiner tous les facteurs entourant cette nouvelle technologie?  Est-ce que M. Dubuc et le comité éditorial de La Presse seraient devenus le mégaphone du lobby représentant le privé dans le domaine de la santé?

Mais qui est donc derrière Rockland MD?  Qui représente cette clinique et pourrait justifier un tel intérêt de la part des médias, des chambres de commerce et de certains politiciens?  Je comprend que le docteur Fernand Terras, directeur médical de la clinique, est un fervent défenseur de l’amélioration des soins de santé, mais qui est derrière ce groupe qui désire une population québécoise en meilleure santé?  Voici donc, pour votre gouverne, une brève présentation des actionnaires de Rockland MD : 

  • Marcel Côté, associé-fondateur de la firme conseil Secor qui a obtenu des contrats de 1,1 million de dollars pour des études sur les défusions municipales.  Proche conseiller de Robert Bourassa, de Brian Mulroney et Jean Charest.  Représente un groupe d’investisseurs au conseil d’administration de Rockland MD;
  • Marc De Bellefeuille, membre du comité consultatif de Practice Solutions, ancien président de la Conférence régionale de l’AHQ de Montréal, ancien membre de l’Institut de Cardiologie de Montréal, ancien Vice-Président de la Régie régionale de la santé et des services sociaux de Montréal-Centre ;
  • Alexandre Jarry, associé de la firme d’avocats Jerry Bazinet et président du conseil d’administration de la chambre de commerce et d’industrie de Laval ;
  • Dr. Fernand Terras, ancien président de GlobalMedic – filiale de l’Association Médicale Canadienne qui a changé de nom pour Practice Solutions ;
  • Chantal Benudiz, ex vice-présidente de GlobalMedic ;
  • Dr Myriam Abikhzer et Dr Daniel Gagnon, médecins ;
  • Les fiducies Peter Pan et Richmond: aucune information disponible ;

Ce que M. Dubuc ne dit pas dans son évangile sur les bienfaits des soins de santé privés et sur l’originalité du traitement prescrit par Rockland MD est que la technologie n’est offerte qu’à titre expérimental, ce qui explique que les services de santé publics n’ont pas encore fait l’acquisition des équipements dont il est question.  Quoi de plus normal?  Si un hôpital avait acheté cet appareil – qui n’est pas encore certifié par les autorités américaines et canadiennes – M. Dubuc aurait été le premier à dénoncer l’irresponsabilité de la bureaucratie gouvernementale québécoise…

Pourquoi cherche-t-on à donner autant de crédibilité aux initiatives de la clinique Rockland MD?  Quels sont les vrais enjeux?  C’est le genre de questions auxquelles vous devriez répondre M. Dubuc.  Rien de moins.

Photo : Hautes Études Commerciales – Montréal, Flickr

Alain Dubuc a remporté les honneurs de la 12e édition du Prix du livre d’affaires 2007 de Coop HEC Montréal, pour son ouvrage intitulé L’Éloge de la richesse. M. Dubuc a reçu ce prix, assorti d’un montant de 10 000 $, lors d’une cérémonie tenue le 12 juin 2007.

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