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Posts Tagged ‘Barack Obama’

Où en sommes-nous?

Posted by lutopium sur 5 mai 2009

Ce billet est publié simultanément sur le nouveau blogue collectif “Voix de gauche” qui a été lancé le 1er mai dernier. Je vous invite à visiter ce nouveau site qui présente des billets de Louis Préfontaine, Jimmy St-Gelais, Carl Boileau et Francis Lagacé. Bientôt, d’autres chroniqueurs se joindront à cette initiative où les progressistes du Québec se donnent rendez-vous.

Depuis l’apparition du Rassemblement pour l’Indépendance Nationale (RIN) dans les années 60, le moins qu’on puisse dire c’est que la gauche a fait bien du chemin au Québec. Elle s’est naturellement associée au mouvement indépendantiste, elle a permis la naissance d’un nombre incalculable de groupuscules et a été associée au Parti Québécois pendant plus de 25 ans. Cependant, même si les idées progressistes se font sentir un peu partout dans le quotidien, la gauche n’a jamais été en mesure de se tailler une place importante sur l’échiquier politique québécois.

La fusion d’Option Citoyenne et de l’Union des Forces Progressistes (UFP), permettant la naissance de Québec solidaire, est peut-être le signe que la gauche québécoise est prête à se réconcilier et à mettre un peu d’eau dans son vin. Pour une rare fois, plusieurs tendances ont décidé d’unir leur forces et leurs talents pour jouer le jeu électoral, et cette décision a permis l’élection d’Amir Khadir à l’Assemblée Nationale. Et, le moins qu’on puisse dire, c’est que le représentant de Mercier est un député exemplaire, à la hauteur du rôle qu’on lui a confié. Rôle qu’il méritait fort bien d’ailleurs.

Lors d’une table ronde organisée par l’Institut du Nouveau Monde cette semaine, Claude Béland, ancien président du Mouvement Desjardins, lança l’idée que la crise économique actuelle est une opportunité; que les citoyens ont l’occasion de faire entendre haut et fort leur mécontentement face au système économique, qui connaît sa septième crise en 35 ans. Non seulement pouvons-nous exiger des changements majeurs pour nous protéger des ambitions de quelques-uns, mais nous pouvons, et nous devons proposer de nouvelles façons de faire. Inutile de viser l’utopie, des changements peuvent être introduits très rapidement. Il faut croire en la possibilité de changer le monde, ne serait-ce que par de petits gestes.

La grande majorité des québécois ont désavoué les libéraux fédéraux suite au scandale des commandites. La plupart d’entre nous avons refusé la formation d’un gouvernement conservateur. Nous avons également endossé l’élection de Barack Obama et la fin du règne belliqueux de la droite républicaine. Ces jours-ci, les médias nous font voir un gouvernement Charest embourbé dans les conflits d’intérêts et un entêtement excessif envers les partenariats avec l’entreprise privée. C’est une opportunité pour la gauche de dénoncer un monde politique déconnecté du peuple et pour exiger des comptes aux affairistes et aux spéculateurs qui n’hésitent pas à piger dans les fonds publics et les caisses de retraite.

Le néolibéralisme plie les genoux. La porte est grande ouverte à un réel équilibre des forces entre les citoyens, l’état et le monde des affaires. Lors de cette activité de l’INM, Claire Bolduc, de Solidarité rurale, a invité les citoyens à se prendre en main en s’inspirant des combats que mènent les régions du Québec, elles qui vivent une crise économique depuis 10 ans. Contrairement à certaines idées de droite qui circulent ces temps-ci, tous les citoyens ont droit à une vie décente. Je crois qu’il est de notre devoir de s’assurer que tous les québécois aient accès à une éducation de qualité et à des services de santé gratuits, détachés de toute ambition commerciale. Nous avons le choix entre une solidarité qui permet le partage ou une approche individualiste qui favorise, encore une fois, les mieux nantis de notre société.

Photo: Ascarel – Flickr

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Éviter la crucifixion

Posted by lutopium sur 11 avril 2009

« … Comprennez-moi bien: les relations entre l’Amérique et la communauté musulmane, le monde musulman, ne peuvent pas et ne seront pas seulement influencées par notre opposition au terrorisme. Nous désirons atteindre une entente en respect de nos intérêts mutuels. Nous écouterons attentivement, nous tenterons d’éclaircir les incompréhensions et nous rechercherons une entente. Nous serons respectueux, même lorsque nous ne serons pas d’accord. Nous confirmerons notre appréciation profonde pour la foi islamiste en reconnaissant sa contribution dans l’évolution de notre monde depuis des siècles et ce, même dans mon propre pays. Les États-Unis ont été enrichis par la contribution des américains musulmans. Plusieurs américains comptent des musulmans dans leurs familles et d’autres ont vécu dans des pays à majorité musulmane. Je le sais parce que je suis l’un d’eux… » – Discours de Barack Obama devant le Parlement Turc, le 6 avril 2009.

Je suis de ceux qui croient que ce pays peut jouer un rôle extrêment important en Afghanistan. Comme le souligne Le Figaro dans son édition du 6 avril dernier, «la Turquie a une valeur ajoutée évidente pour les Américains qui veulent renouer avec le monde islamique. La diplomatie turque, qui repose sur le concept « zéro conflit avec nos voisins« , a conduit Ankara à se rapprocher de l’Iran et de Damas, à parrainer des négociations de paix indirectes entre Israël et la Syrie, à favoriser la coopération afghano-pakistanaise… Les Turcs sont bien placés pour servir d’intermédiaires dans de nombreux dossiers prioritaires de Barack Obama

Les liens historiques avec l’Afghanistan remontent aux années 1930 quand la jeune République turque avait apporté son soutien à la construction de l’État afghan. L’engagement actuel de l’armée turque en Afghanistan s’inscrit dans le cadre de cette longue tradition. Au mois d’août, la Turquie doit prendre, pour la troisième fois, le commandement de l’Isaf, la force internationale de l’Otan. Neuf cents soldats turcs, qui ne participent pas à des opérations de combat, sont actuellement engagés à Kaboul et dans sa région. »

Lors de sa fondation en tant que république, la Turquie s’est assurée de séparer l’État de l’emprise de la religion. Cette décision historique pourrait inspirer une partie de la société civile afghane de reconstruire leur pays dans le respect de la loi et de l’égalité. Il est primordial pour cette partie du monde de consolider les croyances religieuses et les règles fondamentales du vivre-ensemble afin de mettre fin à ce conflit qui a déjà fait des milliers de victimes. Les disciples de Sayyid Qutb pourront continuer de tourner le dos au mode de vie occidental mais devront accepter que l’application de la sharia ne fait aucun sens. Pour contrer efficacement les délires de certains talibans, les Afghans doivent accepter l’aide internationale. La Turquie pourrait certainement modifier le cours des choses. Si les américains ne parviennent pas à former adéquatement l’armée afghane – celle qu’on appelle parfois « l’armée du hachisch », peut-être les turques auraient-ils plus de succès à rallier les Afghans déterminés à se donner un véritable pays.

Mieux que quiconque, Barack Obama peut contribuer à rallier la communauté internationale. Il a l’opportunité de faire oublier ses prédecesseurs. Il semble être prêt à déployer beaucoup d’efforts pour qu’on oublie celui qui baignait dans le mensonge permanent. Il démontre une approche pragmatique, contrairement à l’ancien président démocrate qui a perdu la confiance de ses concitoyens en pratiquant l’adultère. De plus, il devra être prudent lorsqu’il donnera les directives à son armée qui n’hésite pas à tuer des civils en justifiant la guerre contre les terroristes. Il ne pourra pas protéger les voleurs de Wall Street indéfiniment car les honnêtes gens perdront confiance en son habileté à calmer les ambitions des maîtres de l’économie qui court-circuitent les efforts de paix mondiale.

S’il peut respecter quatre des dix commandements du décalogue, il pourra peut-être contribuer à modifier le cours de l’histoire.

Illustration: omphale – Flickr

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Obama et l’Afghanistan: la tradition américaine

Posted by lutopium sur 9 avril 2009

Ce billet est publié simultanément sur le blogue collectif « Les 7 du Québec ». Vous êtes invités à laisser vos commentaires sur ce site.

Encore une fois, les récentes positions de l’administration Obama refroidissent l’ardeur des cercles progressistes américains. Alors que les dernières semaines nous ont fait découvrir la réaction de la Maison Blanche face aux énormes difficultés que traverse l’économie américaine et mondiale, voilà que la stratégie envers l’Afghanistan se précise, provoquant encore une fois l’éloignement de cette gauche qui n’est pas nécessairement fidèle au parti démocrate.

Beaucoup de progressistes américains ont appuyé l’équipe Obama lors des élections de l’an dernier. Non seulement voulaient-ils couper définitivement les ponts avec le style néoconservateur, un grand nombre d’américains ont cru à de nouvelles idées, une nouvelle approche, la fin d’un mauvais rêve et l’apparition de tous les espoirs. Lorsqu’Obama s’est approché du pouvoir, on avait l’impression que le programme du « Project for a New American Century » serait relégué aux oubliettes, qu’on s’en inspirerait pour écrire un film d’horreur de série B, que les américians pouvaient maintenant passer à autre chose..

Cependant, Barack Obama ne trahit pas les positions qu’il avait confirmées lors de la campagne présidentielle. Il a toujours proposé d’augmenter les effectifs militaires en Afghanistan tout en poursuivant la lutte contre les mouvements terroristes. Les grands discours philosophiques en ont impressionnés plusieurs, on a peut-être manqué l’essentiel du message…

Après avoir très modestement célébré le cinquantième anniversaire de l’OTAN, Obama n’a pas réussi à convaincre l’Europe de participer plus activement aux opérations militaires. On peut comprendre que pour un bon nombre d’Afghans, c’est une occupation américaine plus importante que jamais et ce, sous l’égide dépassée d’une force inter-continentale qui n’a plus sa raison d’être. Pour des raisons politiques et, certes, des idéologies religieuses, plusieurs d’entre eux ont lutté contre l’envahissement de l’URSS. Aujourd’hui, pour des raisons similaires, d’autres se joignent à leurs frères et leurs pères pour résister aux américains.

Obama a donc décidé d’ajouter 20,000 soldats à la force de frappe américaine. Plusieurs activistes et analystes politiques, normalement sympatiques aux idées progressistes, ont interrogé la stratégie de l’administration américaine. Sur les ondes de Democracy Now!, Noam Chosky nous rappelait que le prestigieux Foreign Affairs suggérait récemment que « les États-Unis doivent réorienter leur stratégie afin d’impliquer sérieusement l’Iran, l’Inde, la Russie et la Chine afin qu’ils participent à la mise au point d’une solution régionale. » L’article de Barnett Rubin et Ahmed Rashid soulignait également que cette solution doit prévoir un espace dans lequel les Afghans pourront discuter et s’entendre sur l’avenir de leur pays et le partage des pouvoirs.

Dans une entrevue qu’il accordait au magazine The Nation, Lakhdar Brahimi, ancien représentant de l’ONU pour l’Afghanistan et le Pakistan, précise que « …les Afghans savent très bien faire la distinction entre une force militaire amie et une force d’occupation. Au début, la Force internationale de sécurité et d’assistance (ISAF) était perçue comme une force amie; la population la soutenait et elle n’était l’objet d’aucune attaque. Mais je crois que l’OTAN, depuis 2003, ne s’est pas très bien comportée, et un nombre croissant d’Afghans la considérent aujourd’hui comme une force d’occupation. »

L’Afghanistan n’est pas un pays avec une tradition islamiste homogène ou une culture prédominante. Nous sommes loin d’un consensus au sein de la population et les forces en présence sont nombreuses. Il faudra donc trouver un équilibre entre la soif de faire la promotion de la sacro-sainte démocratie et notre inconfort devant l’impopularité de notre mode de vie occidental. Comment pouvons-nous refuser aux Afghans le choix de vivre autrement? Nous devons d’abord assurer la paix et la tranquilité au peuple afghan. Lorsque la confiance sera gagnée, nous pourrons tenter de les convaincre que la charia ne fait aucun sens. En espérant que cette tendance gagne du terrain ailleurs sur la planète.

Si Obama ne fait laisse pas entrevoir de sérieux progrès prochainement, une autre partie de la gauche américaine pourrait sombrer dans le désespoir.

Photo: johnnyrafoss – Flickr / Vidéoclip: bande annonce du documentaire « Rethink Afghanistan » de Robert Greenwald

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Y’a pas que l’économie qui est malade

Posted by lutopium sur 26 mars 2009

Ce billet est publié simultanément sur le blogue collectif « Les 7 du Québec ». Vous êtes invités à laisser vos commentaires sur ce site.

Lors de sa conférence de presse de mardi dernier, Barack Obama donnait l’image d’un président sur la défensive. On semble lui avoir donné une mission: justifier le sauvetage des banques américaines en tentant de persuader le peuple qu’il faut absolument que ces institutions soient soulagées des produits toxiques. J’ai eu l’impression qu’on s’efforçait de convaincre les téléspectateurs que la guérison des banques est impossible sans le financement public.

La santé des citoyens semble recevoir un traitement complètement différent. Alors qu’en période électorale, les démocrates avaient promis l’accessibilité aux soins de santé à tous les américains, tout laisse croire que le pays le plus puissant du monde soit incapable de plier les genoux devant les lobbies des compagnies d’assurance et ceux des prestataires de soins privés.

D’ailleurs, lors de son passage à l’émission quotidienne de Gérard Fillion à RDI, le directeur du magazine Harper’s, John McArthur, nous rappelait que les solutions proposées par le président Obama visaient essentiellement à faciliter l’accès aux assurances privées pour les quelques 90 millions d’américains qui n’ont aujourd’hui aucune couverture médicale. Lors de cette excellente entrevue mais beaucoup trop courte, McArthur a mentionné qu’il n’y avait rien de surprenant dans l’approche démocrate, considérant que les compagnies d’assurances ont donné plus de 150 millions aux deux partis politiques l’an dernier. Les lobbies de la santé sont omniprésents à Washington et l’accès aux services hospitaliers n’a rien de reluisant pour les prochaines années.

C’est à se demander pourquoi certains militants de la droite politique québécoise et canadienne nous cassent encore les oreilles avec l’idée de privatiser les soins de santé et de faciliter la compétition entre les fournisseurs de services. Un nombre grandissant de citoyens devenus consommateurs croient dur comme fer que l’entreprise privée fera mieux et que tous les problèmes seront règlés comme par magie.

N’oubliez pas qu’il faudra souscrire à une assurance privée si vous désirez être remboursé pour les services rendus par les cliniques, spécialistes et hôpitaux privés. N’oubliez pas que votre employeur devra réduire votre salaire de quelques centaines, voire milliers de dollars pour rembourser les primes exigées par ces assureurs. N’oubliez pas que les compagnies d’assurance seront présentes sur la première ligne de triage et décideront si vous avez droit ou non au traitement que vous aurez ciblé. N’oubliez pas que vous devrez payer une franchise avant d’obtenir les services et que vos dépenses annuelles seront plafonnées.

Comme le mentionnait si bien Éric Caire lors de sa première sortie comme candidat à la chefferie de l’ADQ: il faut rompre avec l’amateurisme. Alors, soyons sérieux et conservons notre système public et n’hésitons pas à y injecter le financement nécessaire. Si notre gouvernement peut investir 300 millions dans la rénovation d’un casino et un autre 267 millions pour offrir une nouvelle salle de concert symphonique à notre aristocratie montréalaise, il ne devrait pas hésiter à financer adéquatement notre système de santé afin d’assurer notre bien-être. Y’a pas que les banques qui sont malades…

Illustration: Chud Tsankov – Flickr

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Les chiens de garde

Posted by lutopium sur 14 mars 2009

Ce billet a été publié le 19 février 2009 sur le blogue collectif « Les 7 du Québec ».  Vous êtes invités à laisser vos commentaires sur ce site.

Lorsqu’un pays est en guerre, il n’est pas surprenant de constater que le travail des journalistes est teinté par une forme de patriotisme ou une autre. Sans doute vous souvenez vous de la couverture médiatique des élections présidentielles de 2004, du moins celle que recevait nos voisins américains, invités à prendre position sur des enjeux reliés principalement à la défense de leur territoire et à la lutte contre des ennemis qui semblaient se cacher partout. Une campagne électorale où l’axe du mal était ramené au premier plan. L’appel au patriotisme et à la guerre contre le terrorisme international lancé par Bush et l’équipe républicaine influença le travail des journalistes. Quelques jours avant le scrutin, Michael Moore ne s’est pas gêné pour rappeler les journalistes américains à l’ordre. Il ira jusqu’à les accuser d’avoir du sang sur les mains.

Quelques mois plus tard, suite à cette couverture médiatique imprégnée de mensonges et de distortions – contrôlée en partie par des médias ayant des liens avec le parti républicain ou avec des intérêts économiques, des journalistes et des activistes se sont réunis à Saint-Louis afin de lancer des pistes de réflexions sur l’état de leur presse, qui, selon eux, avait royalement dérapé lors des élections où Bush a obtenu son second mandat. Lors de cette première édition du National Conference for Media Reform, des journalistes comme Amy Goodman, Bill Moyers, Naomi Klein, John Nicholls, Phil Donahue, Al Franken et plusieurs autres ont prononcé des discours, conçu des ateliers de travail et suscité les débats, permettant aux participants de remettre en question tout le monde journalistique qui les entourait en ce printemps 2005.

Pendant ce temps, les médias traditionnels poursuivaient leur quotidien et la couverture des conflits militaires les tenaient fort occupés. Les médias de droite, inspiré par les succès de Fox News, semblaient toujours dans l’euphorie, appuyant les politiques républicaines sans jamais remettre en question les folies de leur président. Enveloppés dans leur patriotisme aveugle, ils n’ont jamais deviné qu’une crise économique se pointait à l’horizon.

Lors du lancement de la récente campagne à l’investiture du Parti Démocrate, certains journalistes démontrent un intérêt renouvelé à la chose politique et la couverture médiatique semble être un peu plus équilibrée qu’en 2004. Keith Olbermann, Chris Matthews et Rachel Maddow de MSNBC déclarent la guerre aux fanatiques de la droite américaine, Bill O’Reilly en tête. Enfin, se disait-on, une chaîne d’information continue, un major, se joignait aux médias alternatifs qui tentent de faire passer le message des Hillary Clinton, Barack Obama et Dennis Kucinich. Les liberal medias, comme on les appelle aux States, ont agrandi leurs rangs. Des milliers de blogues, de think tanks et de médias alternatifs gagnent leur pari et parviennent à s’imposer dans la jungle médiatique. Sans compter les nombreux livres politiques qui présentent des idées progressistes.

Comment se comporte cette gauche américaine depuis l’entrée au pouvoir d’Obama? Suite à cette première semaine à la Maison-Blanche, où Obama a réussi à effacer presque tout souvenir de son prédécesseur, les progressistes sont-ils toujours solidaires de son plan de match? Après l’engouement provoqué par la fermeture de Guantanamo Bay, les journalistes sont-ils d’accord avec les récentes décisions pour la relance de l’économie?

Depuis le dépôt du plan Geithner, les journalistes sont aux aguets. A tous les jours, des articles, des éditoriaux et de nombreuses entrevues présentent des analyses économiques très cirtiques afin d’aller au fond des choses… Un exemple parmi tant d’autres, le plus récent éditorial de la revue politique The Nation:

« Espérons que le président Obama a demandé à ses aviseurs économiques s’ils possèdent un Plan B – parce que le Plan A a échoué aussitôt que le Secrétaire au Trésor Tim Geithner en a annoncé les détails… Nous demandons à Obama de lancer une approche complètement différente. La cause terrifiante et fondamentale de cette crise, démystifiée par les experts et certains investisseurs prudents, se résume par le fait que nos plus importantes institutions financières sont insolvables. Il n’est pas dans l’intérêt des citoyens d’encourager le Trésor à les maintenir en vie…

Ignorant les demandes formulées par les sceptiques et les réformistes (incluant The Nation), le président s’est entouré d’habitués de l’ordre établi et a vigoureusement exclut toute approche originale. Il n’est pas trop tard pour corriger cette déformation mais il ne peut attendre encore longtemps. La Maison Blanche a besoin d’un sain mélange d’idées et d’aviseurs – des gens qui n’ont aucune raison de sauver des associés de la vieille Wall Street, tout en étant capables d’imaginer des jours meilleurs apparaître au travers les ruines. Regardez autour Monsieur le Président. Vous les trouverez. »

Reste à espérer que les journalistes demeureront critiques et qu’ils ne deviendront pas les mégaphones des influences qui pèsent sur le parti et sur les membres de l’exécutif. Comme le soulignait récemment Normand Baillargeon, « … sans nier l’importance de cette base militante qui a travaillé très fort pour lui, il faut d’abord se rappeler qu’Obama occupe des fonctions que personne ne peut occuper sans avoir gagné à ce jeu de relations publiques largement coordonné et mis en scène par les institutions dominantes, et obtenu leur assentiment… »

Il y a sans doute de l’espoir dans l’air.  Mais il faut conserver un esprit critique.  N’en déplaise à Denise Bombardier.

Illustration: DJ Xavior – Flickr

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Obama : l’heure de vérité approche

Posted by lutopium sur 6 février 2009

Publié sur Alternatives – le jeudi 29 janvier 2009, par Normand Baillargeon

L’euphorique investiture d’Obama a porté à son comble les espoirs suscités par sa campagne. On se félicite, avec raison et moi le premier, de l’élection d’un Noir qui défend quelques idées progressistes à la Maison-Blanche – même si cette élection a été l’occasion pour une certaine intelligentsia de promouvoir une bien niaise américanophilie.

Que fera à présent Obama ?

Pour éviter de trop amères désillusions, je recommande de plonger un instant la tête dans les eaux glacées d’une minimale lucidité. Sans nier l’importance de cette base militante qui a travaillé très fort pour lui, il faut d’abord se rappeler qu’Obama occupe des fonctions que personne ne peut occuper sans avoir gagné à ce jeu de relations publiques largement coordonné et mis en scène par les institutions dominantes, et obtenu leur assentiment.

Par ailleurs, son gain minimal (46 % des votants ont choisi le tandem McCain-Palin), il le doit en partie au fait d’avoir su se présenter comme une sorte de tableau vierge sur lequel chacun a été invité à écrire ce qu’il voulait. À ces mots pouvant recouvrir à peu près tout ce qu’on voudra (par exemple : « espoir », « changement  », « on le peut »), chacun a entendu ce qu’il voulait bien entendre. Des interprétations bien divergentes ont d’ailleurs déjà été données de ce que ces mots signifient en matière de relations internationales, d’économie, de justice sociale, de droits humains et de politiques environnementales, qui sont parmi les plus importants chantiers qui attendent Obama. Le moment des gestes est arrivé. C’est celui sur lequel on juge un politicien. En fait, il a commencé avec les nominations faites par Obama.

Considérons l’économie.

L’ex-professeur de l’Université de Chicago a annoncé dès novembre des choix que ne renieraient pas les curés fanatiques du tout-au-marché qui y prêchent. Qu’on en juge. Thimothy Geitner, principal architecte des récents renflouements d’innombrables institutions financières, sera secrétaire du Trésor. Lawrence Summer, ex-conseiller de Reagan, sera le principal conseiller économique d’Obama et à la tête du National Economic Council. On lui doit d’ailleurs la déréglementation des marchés des années 1990. Lors de son passage comme économiste en chef à la Banque mondiale, il a déclaré qu’il était raisonnable de déverser nos déchets toxiques dans les pays pauvres. Paul Volcker, antitravailleur, ex-conseiller de Carter et de Reagan, est à la tête de l’unité spéciale qui supervisera la stabilisation des marchés financiers. On lui doit, alors qu’il présidait la Fed, une part de la récession de 1981-1982 et des taux d’intérêts (jusqu’à 20 %) de cette époque. Arrêtons là. Les institutions dominantes se sont dites rassurées par ces nominations. On les comprend : la banque de sang est confiée à Dracula.

L’économie américaine est pourtant dans une situation « pire que quiconque ne l’aurait imaginé », assurait récemment Paul Krugman. Obama semble conscient de la dure partie qui s’annonce : « Tout le monde devra y laisser de la peau », déclarait-il à ABC. Avec de tels conseillers économiques, on soupçonne d’où elle proviendra.

A contrario de ce romantisme qu’on nous serine ces jours-ci, le changement social ne s’effectue pas par des héros charismatiques. Il s’effectue par des mouvements sociaux luttant dans la durée et qui arrachent des victoires aux institutions dominantes. Il arrive certes que de tels mouvements portent un héros charismatique : mais lui n’est rien sans elles.

L’assurance santé universelle, des salaires décents, un impôt progressiste, l’assainissement et le contrôle des institutions financières, la lutte contre le réchauffement planétaire : ces promesses d’Obama sont bien minimales pour le pays le plus riche du monde. Elles ne se concrétiseront que si, dans les cruciales semaines à venir, progressistes, pacifistes mobilisés contre les guerres en cours, syndicats et mouvements communautaires maintiennent vivante la mobilisation populaire qui a contribué à faire élire Obama et exercent sur lui une pression qui contrebalance celle qu’exercent les Maîtres. Loin d’être l’aboutissement de la lutte politique, l’élection d’Obama doit en marquer la poursuite et l’intensification.

Illustration: Ben Heine – Flickr

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Le temps d’y penser

Posted by lutopium sur 4 février 2009

Chaque période de l’année a son thème, c’est maintenant un rituel. Aujourd’hui, nous sommes au beau milieu de la semaine de la prévention du suicide. Cette fois, on nous demande si nous y avons déjà pensé…

Le suicide – du latin suicidium, du verbe sui caedere (se massacrer soi-même), est l’acte délibéré de mettre fin à sa propre vie.

Et si nous serions entrés dans un mouvement de suicide collectif? N’avez-vous pas l’impression parfois que nous fonçons tête baissée vers la disparition de la race humaine? Ça fait près de 50 ans que les experts du Club de Rome nous ont mis en garde devant nos habitudes de consommation qui polluent nos corps et ceux des espèces qui partagent notre planète. Qu’attendons-nous? Y avons-nous pensé?

« Comment se peut-il que le plus puissant des instincts, celui de la survie, ait apparemment cessé de nous motiver? L’une des explications les plus évidentes tient à ce que les dirigeants entreprennent de nombreuses démarches leur permettant d’avoir l’air de prendre des mesures en vue d’éviter la catastrophe: des conférences interminables, des résolutions, des débats sur le désarmement, tout cela donne l’impression que les problèmes sont identifiés et que l’on fait quelque chose pour les résoudre. Et pourtant, il ne se passe rien d’important; mais les dirigeants comme les dirigés anesthésient leur conscience et leur désir de survie en donnant l’apparence qu’ils connaissent la route et qu’ils se dirigent dans la bonne direction. » – Erich Fromm, Avoir ou être, 1976.

Des politiciens qui foncent inconsciemment vers un suicide professionnel car ils n’ont pas voulu payer leurs impôts, court-circuitant ainsi les efforts d’un président américain qui semble vouloir remplacer l’appértit destructeur de son prédécesseur et redonner un peu d’espoir à son peuple. Des hommes d’affaires égoistes, qui préfèrent s’enrichir démesurément au lieu de partager un peu de leur richesse et éviter la faillite de leur entreprise. Des consommateurs hédonistes, attirés par le plaisir et l’évasion, qui n’hésitent pas à brûler des tonnes de mazout pour se rendre sur les plages antillaises afin d’accéder aux plaisirs autrefois réservés à leurs maîtres.

Des mesures extraordinaires seront prises prochainement pour prendre soin d’une récession mondiale. Nous devrions peut-être nous préoccuper de la dépression de l’humanité, avant qu’il ne soit trop tard… Y avez-vous pensé?

Illustration: Just Johnny – Flickr

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Le messie

Posted by lutopium sur 15 janvier 2009

Alors qu’on annonce que les attaques contre la bande de Gaza ont fait plus de 1,000 morts, un haut responsable du ministère israélien de la Défense a indiqué à l’AFP qu’«Israël ne se sent pas sous pression pour mettre fin à l’opération à ce stade. La seule vraie issue que nous voyons se présentera lorsque Obama arrivera à la Maison-Blanche». Il n’est pas le seul à en mettre lourd sur les épaules du prochain président américain, j’en connais un bon nombre autour de moi qui ont une espérance quelque peu démesurée envers Obama et qui semblent croire qu’il apportera paix et amour au Moyen-Orient. Un messie.

On peut toujours espérer. Je sais ce que c’est l’utopisme… Cependant, considérant que le Parti Démocrate et les nombreux lobbies militaires et pétroliers ne cessent de lui souffler dans la nuque, Obama devra composer avec les attentes de la communauté internationale et les intérêts du monde industriel.

S’adressant aux Palestiniens avant qu’ils participent aux élections de 2006, Barack Obama déclara qu’il serait toujours aux côtés d’Israël si le pays se sentait menacé. Il a rejeté l’idée de dialoguer avec le Hamas, préférant le Fatah, qui a finalement perdu le « contrôle » de la bande de Gaza. Comme sénateur, il appuya la législation américaine qui coupa les vivres au Hamas… Si la trève n’est pas endossée de part et d’autre, il sera difficile faire mieux que Clinton au Camp David…

On impose sans doute de trop grands souliers à Barack Obama. De plus, avec les livraisons d’armes en direction d’Israel et de l’Iran, c’est à se demander si la stratégie israélienne ne cache pas une certaine ambition à ébranler sérieusement ceux qu’on soupçconne de financer le Hamas. Situation fort dangereuse s’il en est une.

Photo: jcninternationalnews – Flickr

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Les gestes nécessaires

Posted by lutopium sur 18 décembre 2008

Me voilà de retour dans la blogosphère… Comme certains d’entre vous peuvent en douter, la campagne électorale a été épuisante. Quelques jours de répit replacent les idées…

L’arrivée d’Amir Khadir à l’Assemblée nationale est porteuse de changements. Moins spectaculaire que l’élection de Barack Obama, le choix des électeurs de la circonscription de Mercier n’en est pas moins d’une réelle pertinence lorsqu’on considère toutes les décisions que la race humaine aura à prendre au cours des cinquante prochaines années.

Ces décisions doivent être prises maintenant, en ce début de crise économique mondiale. Un consensus international suggère que les états soutiennent le système en injectant de l’argent dans les structures financières et dans la construction d’infrastructures. Un passage important du discours d’Amir Khadir hier: « On a une opportunité en or de profiter de la crise pour changer notre économie, pour la rendre au service des gens et dans le respect de la nature. »

Si on se fie aux résultats des dernières élections provinciale et fédérale, on peut conclure que les québécois rejettent les idées rétrogrades de la droite. Et qu’on soit en faveur de l’indépendance du Québec ou d’un fédéralisme renouvelé, nous devrons au moins nous entendre sur les mesures à prendre afin de sauver notre planète. Quarante ans après le Club de Rome, les êtres humains ne peuvent plus ignorer la possibilité d’une catastrophe. Le temps des grands changements est arrivé.

Le Québec doit donner l’exemple d’une solidarité qui dépasse la partisanerie politique ou les choix philosophiques. J’espère que la présence de Québec solidaire à l’Assemblée nationale contribuera à allumer ce réel désir de changement.

Les québécois se sont donnés une pause électorale de quatre ans. Plus que jamais, nous devrons être vigilents. Il est du devoir de nos élus d’assurer la survie du Québec et de contribuer à protéger notre planète. Et de freiner les ambitions démesurées d’une économie qui a récemment connu une incroyable tendance à la tricherie et à l’irrespect des citoyens.

Il est à souhaiter que la présence d’Amir Khadir sur l’échiquier politique aura un rôle à jouer dans le ralentissement des ambitions du Parti Libéral et des lobbies économiques ainsi qu’au retour du Parti Québécois dans l’axe de la social-démocratie. Pour le bien-être des petits-enfants de nos enfants.

Je vous souhaite la paix. Québec, je t’aime.

Photo: Mario Groleau – Flickr

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J’appuie Québec solidaire

Posted by lutopium sur 5 novembre 2008

Lorsque j’ai lancé ce blogue en décembre dernier, je me suis donné comme mission de dénoncer le discours populiste de l’ADQ, les ambitions opportunistes de certains politiciens et les liens corporatistes entre les lobbies économiques et le Parti Libéral du Québec.

J’ai alors décidé de conserver un angle non-partisan afin de me concentrer sur l’analyse des évènements tout en évitant de faire la promotion d’un parti politique en particulier. Je crois que mon attrait pour les concepts progressistes et les idées de gauche était assez évident… Certains me considèrent comme un étatiste, un qualificatif que je n’accepterai jamais. Je ne suis pas un étatiste. Je crois tout simplement que les citoyens doivent faire partie des décisions, pas seulement en votant à tous les quatre ou cinq ans mais en étant impliqués de façon permanente. Certains appellent ça la démocratie participative. Ça empêche la corruption, les excès et les abus. Je ne prône pas un contrôle étatique sur tout. Je crois au pouvoir des citoyens.

Hier soir, un grand nombre de québécois se sont réjouis de l’élection de Barack Obama. Pourquoi? Parce qu’il représente le changement. On ne sait pas encore s’il y parviendra, mais le type semble honnête lorsqu’il parle de lutter contre le racisme, la pauvreté et les inégalités sociales. Les québécois ont également refusé les idées conservatrices de Stephen Harper. Le message est clair.

Il m’aurait été impossible de publier une vingtaine de billets simplement pour dénoncer le programme du Parti Libéral. Ceux qui visitent ce blogue en sont très conscients: privatisation des infrastructures, partenariats à outrance avec le privé, sytème de santé à deux vitesses, subventions doûteuses, etc… Et j’ai tellement parlé de l’ADQ et de Mario Dumont au cours des dix derniers mois que je n’ai plus grand chose à dire sur leur compte!

Publier des billets sur un blogue politique lors d’une campagne électorale exige beaucoup de temps et d’énergie. J’ai donc décidé d’investir ce temps en donnant un coup de main à la jeune formation politique Québec solidaire. J’espère sincèrement que Françoise David et Amir Khadir joindront l’Assemblée Nationale afin de court-circuiter le débat homogène qui s’y est installé. Il est temps d’oppposer les projets de privatisation, le concept d’utilisateur-payeur, le sous-financement de nos écoles et la croissance économique débridée.

C’est donner un coup de main pour faire avancer des idées et non pour prendre le pouvoir. C’est semer quelques concepts de solidarité pour nos enfants et les enfants de nos petits-enfants. C’est prioriser l’environnement et la protection de nos ressources. C’est la justice sociale et une répartition équitable des richesses. C’est le refus à l’égoisme et au repli sur soi.

Et c’est la promotion de l’accession du Québec à l’indépendance alors que le PQ désire avant tout prendre le pouvoir. On se revoit le 9 décembre. Vous me manquerez. Salut!

Illustration: HersenSpinsels.nl

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