lutopium

Les québécois… bons derniers?

Posted by lutopium sur 31 août 2008

Jeudi dernier, j’ai passé une bonne partie de la soirée à regarder la couverture du congrès démocrate sur MSNBC.  Les animateurs de la soirée, les journalistes Keith Olbermann et Chris Matthews, avaient de la difficulté à cacher leur enthousiasme.  Après les prestations de Will.I.Am, Sheryl Crow et Stevie Wonder, il était évident que les démocrates avaient le vent dans les voiles.  Lors du discours de Barack Obama, l’Amérique vivait un moment historique.  Un simple citoyen semble s’être tracé un chemin au travers de la grosse machine politique.  Jouant de prudence sur les enjeux économiques – afin de ne pas trop brusquer les baîlleurs de fonds et le pouvoir invisible – le candidat a proposé une trève à l’Amérique en lançant un appel à la solidarité et à la lutte contre la pauvreté.

On peut douter des réelles ambitions de Barack Obama et de sa capacité à rallier les membres du parti ainsi que les électeurs.  Peut-être a-t-il trouvé une façon d’équilibrer les forces en présence à l’intérieur de son parti, d’en arriver à proposer des mesures sociales drastiques tout en remodelant une stratégie militaire qui saura être satisfaisante aux yeux des américains patriotiques?  Je parie que la majorité des américains n’est pas belliqueuse dans l’âme…  Je crois qu’elle en a assez et qu’elle sera attirée à pencher vers une telle approche…

Après une soirée historique à contempler les paradoxes de la société américaine, je me suis rappelé mon pays.  Celui qui semble être attiré de plus en plus par les politiques « de droite », celui qui sera appelé à donner un autre mandat aux conservateurs ou les foutre à la porte, celui qui semble avoir de la difficulté à comprendre ce qui est arrivé à Montréal-Nord, celui qui porte attention aux discours de Mario Dumont….

Des parents signent une pétition contre le nouveau cours sur « l’éthique et les les religions », favorisent l’école privée et demandent aux écoles d’instaurer la discipline au sein de leur famille.  Afin de protéger ses acquis, Mario Dumont parle aux électeurs du 450, et à ceux du 418…  La réponse aux problèmes de Montréal-Nord, l’école privée avec ses uniformes, ses équipes de football et ses génies en herbe?  Les conseillers de Mario Dumont doivent bien savoir que Montréal-Nord n’est pas Rivière-du-Loup…

Serions-nous tout à coup plus conservateurs que les américains?

À lire: L’aile démagogique du Québec, souvent nommée l’ADQ

Mario Dumont, Montréal-Nord et l’éducation

Grease ou Columbine?

Photo: Netream – Flick

Publicités

3 Réponses to “Les québécois… bons derniers?”

  1. Alain B. said

    En tant qu’observateur assidu du conservatisme américain, je ne crois pas que nous soyons « tout à coup plus conservateurs que les américains »… je dirais même que malgré Obama, les américains demeurent (et demeureront) nettement plus conservateurs que nous.

    Mais ce qui me semble certain, c’est que nous sommes (et avons toujours été) beaucoup plus conservateurs que l’image que nous aimions nous donner de nous même depuis les années soixante. La « question nationale » a fait en sorte que nous avons confondu projet de société social-démocrate et identité nationale dans notre discours politique. C’est d’ailleurs sur cette ambiguité/confusion qu’est fondé le PQ: Une alliance entre un rêve social-démocrate progressiste et un courant d’affirmation nationale/identitaire plus traditionaliste.

    Notre « conservatisme » inhérent a dédié ses énergies et s’est submergé dans la question de l’affirmation nationale pendant 40 ans, autant du coté fédéraliste que souverainiste. Cette division entre conservateurs s’attachant à une identité canadienne/canadienne-française et conservateurs attaché à une identité proprement québécoise voulant s’exprimer dans un pays a empêché qu’on aie ce débat entre progressisme et conservatisme… entre social-démocratie et libéralisme économique que toutes les autres sociétés analogues ou voisines tiennent depuis longtemps. (Incluant, bon an, mal an, le Canada-anglais.) …ou du moins de l’avoir en dehors du prisme du choix entre fédéralisme et souverainemté.

    Il y a plusieurs facteurs (incluant, qu’on le veillent ou non, le flair de Mario) qui expliquent le récente « montée de la droite » chez nous. Mais selon moi, un des facteurs principaux tire ses origines dans la « gaffe » de Parizeau au soir du référendum et, comme le dirait Bock-Coté, à la subséquente « dénationalisation tranquille » du projet souverainiste pour en faire un projet exclusivement progressiste dénudé de sa dimension identitaire. Cette évacuation graduelle, mais constante depuis 1995, de la dimension identitaire par les souverainistes progressistes (largement majoritaire au sein du mouvement), culminant avec l’élection de Boisclair, a finalement poussé les conservateurs traditionalistes à quitter pour aller s’allier à ce qui restait des de leurs confrères traditionalistes fédéralistes et enfin (re)former un mouvement conservateur politique qui se tienne sous la tutelle de Dumont.

    Aujourd’hui, le PQ, s’étant apperçu de son erreur, tente désespérement de regagner du terrain sur le plan du discours identitaire (le « retour » du nous) pendant que Dumont fait le funambule sur sa formule autonomiste pour tenir sa coalition conservatrice en place.

    Heureusement (ou malheureusement, selon le point de vue), ce que Dumont n’a pas (encore?) réussi à faire, c’est attirer la droite libérale et/ou modérée dans sa coalition. Si cela se produit un jour (ce qui semble beaucoup moins possible aujourd’hui qu’il y a un an), attention chers amis progressistes car ce jour là un véritable « vent de droite » soufflera sur le Québec. Je postule que dans des circontances optimales (dont j’admet ne pas connaître la forme) une majorité politique dite « de droite » est possible, même chez nous.

    Ce que j’essaie de dire, c’est que tous ces courants existent et ont toujours existé au Québec. Ils ont simplement été brouillés dans le débat souverainiste-fédéraliste depuis trop longtemps. Et avec l’éclatement de la coalition souverainiste, ils ressortent tels de vielles névroses… Il ne faut donc pas s’étonner de l’hystérie initiale de certains de ces courants après tant d’années de refoulement.

    Je crois que tout cela est sain.

    Je crois surtout que si le mouvement souverainiste veut survivre (et s’il veut un jour réunir une large majorité en son sein) il doit trouver moyen de transcender tous ces courants (incluant le « projet de société » si cher aux progressistes). Il doit trouver moyen de se redéfinir sur une base identitaire/culturelle qui puisse « infecter » la vaste majorité de ces courants idéologiques.

    La première étape est qu’il doit devenir assez mature pour admettre d’avance que tous ces courants se retrouveront aussi (et de façon encore plus démarquée) au sein d’un Québec souverain… et tenir compte de cela dans « l’idéal identitaire » qu’il propose.

    L’ère des TI a aussi changé la nature des coalitions politiques… chez nos voisins du sud, elle a permit la resurgence d’un mouvement progressiste et l’eclatement de la coalition républicaine… ici, elle a permit l’expression plus marquée des vrais courants idéologiques de notre société et l’eclatement de la dualité souverainiste-fédéraliste.

    Vive Internet.

  2. Excellent billet!

    Nous sommes nettement moins CONServateurs, mais parfois on se conduit en cons.

    Obama, le Boisclair américain, un coquille vide étatiste sans contenu (encore moins que Boisclair!) et plus hypocrite que McCain (au moins il est clair, même si ce sont des niaiseries!)

    Alain B a raison concernant le coalitionnisme séparatiste. Par contre, il oublie de mentionner l’affaire Jeff Fillion.

    http://anarchopragmatisme.wordpress.com/2008/07/16/jeff-fillion-un-point-de-vue-anarchiste/

  3. Alain B. said

    AnarP,

    Je viens le lire ton billet et je te lève mon chapeau. Brillante analyse quant à l’erreur du PQ. Tu as parfaitement raison. Mais justement, je me demande, fut-elle encore possible, combien de temps aurait pu tenir une telle alliance entre les partisans de Fillion et ceux de Chiasson… comme tu nous délimites si bien les factions conservatrices et progressistes les plus susceptibles d’appuyer la souveraineté.

    Du moins, ce n’est pas ce que je veux dire quand je dis que le mouvement souverainiste doit transcender les factions idéologiques. Je suis plutôt d’avis que le mouvement doit se « divorcer » du PQ (ou vice versa) …ou au moins cesser d’y être si étroitement associé. Je crois que pour qu’une large coalition puisse un jour emerger, il faut d’abbord qu’elle se redéfinisse et se forme à la base… en dehors des exigences de la politique électorale… avant de re-envahir l’arène proprement politique de façon consolidée.

    Il faut dire que le désir d’être souverain ne me ronge pas l’intérieur comme plusieurs, je suis beaucoup moins… pressé. Je suis plus intéressé par les éléments qui permetrons de continuer, petit à petit, à en consolider les bases de façon complète et compréhensive, autant sur le plan culturel que civique que politique, de façon à ce qu’elle puisse un jour émerger davantage comme un état de fait que comme une révolution. C’est là l’essence de mon « approche conservatrice » (qui n’a pas grand chose à voir avec le conservatisme traditionaliste et/ou réactionnaire qui forme aujourd’hui la base adéquiste–et les fans de fillion… et ce qui reste du « mouvement » conservateur américain). Pour ce qui est de la souveraineté du Québec, je suis pire qu’un étapiste…

    Je suis un micro-étapiste.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

 
%d blogueurs aiment cette page :