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Sylvie Tremblay : échec au roi?

Posted by lutopium sur 29 avril 2008

Je me rappelle encore lorsque mon père avait accepté l’offre de son beau-frère l’invitant à se joindre aux Chevaliers de Colomb.  Comme il se sentait souvent seul et négligé par ceux qui avaient « réussi dans la vie », il s’imagina tout à coup privilégié de rejoindre ce club sélect de chevaliers dévoués au pape et à la charité chrétienne.  Cependant, ce n’est pas la découverte d’un signe secret ou le rapprochement vers le Vatican qui l’attirèrent vers ce cercle religieux mais plutôt cette impression mystique de faire partie d’un regroupement distingué où le réseautage est à la portée de la main.  Si un jour il perdait son job, il n’aurait aucune difficulté à se replacer, car les nobles de la paroisse seraient solidaires avec son bonheur familial.

Tout comme la vision que peut leur donner la hiérarchie d’une église, la très grande majorité des citoyens croient que les partis politiques sont exclusivement associés à leur chef et aux députéEs.  On pense rarement aux membres qui lui donnent sa crédibilité et sa raison de vivre et encore moins aux associations locales qui assurent le bon déroulement des campagnes électorales, incluant la traditionnelle pose de pancartes.  Et pourtant, dans notre système démocratique moderne, une grande part des décisions et des positions des politiciens proviennent de ces structures.  Un parti politique qui ne se construit pas autour d’instances locales, régionales et nationales ne pourrait survivre très longtemps.

Les jeunes partis politiques doivent donc travailler sans relâche pour construire ces structures afin de solidifier l’organisation, rejoindre directement et efficacement les électeurs tout en ayant accès à des sources de financement fiables et renouvelables.  On se rappelera donc que Mario Dumont, suite au succès qu’a connu l’ADQ aux élections de 2003 et aux partielles qui ont suivi, a compris l’importance de solidifier – voir de démarrer – les associations locales de son parti un peu partout au Québec.  Et c’est à ce moment que Mme Sylvie Tremblay, inconnue du public québécois jusqu’à la publication de sa lettre de démission la semaine dernière, a décidé de joindre les rangs d’un parti politique qui avait grandement besoin de militants.  Lors de son passage à Tout Le Monde En Parle dimanche dernier, Mme Tremblay mentionnait que, même si elle « n’avait jamais voulu s’en aller en politique auparavant », elle a décidé de joindre l’équipe de l’ADQ car elle était attiré par la « transparence de son chef ».  Maintenant, elle va jusqu’à le traiter de dictateur, rien de moins, et lui rappelle que « quand on crache en l’air ça nous retombe (sic) ».

Toute cette histoire autour de l’ex-candidate de l’ADQ dans la circonscription de Verdun me laisse extrêmement perplexe.  Les raisons qui l’ont amenées à joindre un parti politique ne sont pas claires.  A-t-elle subitement décidé de joindre Mario Dumont afin de « dénoncer les manques de démocratie »?  Quels sont les liens entre son expérience du monde des affaires ou de sa passion pour l’écriture de livres sur la croissance personnelle et son soudain désir de s’impliquer au sein d’un parti politique?  Une question de Guy A. Lepage lui a permis d’expliquer un volet de sa démarche : « … j’ai beaucoup de drive, beaucoup de leadership, j’ai beaucoup de personnalité, j’ai une personnalité assez forte.  Je ne savais pas que le comité exécutif était contrôlé.  Moi je suis une ambitieuse aussi, alors les portes étaient ouvertes pour moi pis je suis rentrée (sic). »

À mon avis, le court passage de Mme Tremblay parmi l’association de circonscription de Verdun et l’exécutif national de l’ADQ dévoile un des problèmes que peuvent vivre les jeunes formations politiques.  Parce que la participation aux différentes instances est faible et que des postes importants sont disponibles, il y a toujours le danger qu’un inconnu s’y présente et démontre une ambition spectaculaire.  Alors que le chef et les piliers de l’organisation investissent temps et énergie pour solidifier les comités et regroupements qui assureront la pérénnité du parti, il peut apparaître une nouveauté qui ne cadre pas tout à fait avec le plan de match.  Il faut alors trouver un compromis entre la démocratie participative, qui relie l’exécutif national à ses associations de comté, et l’ambition essentielle de quelques candidats qui aspirent à grimper les échelons de l’organisation.

La question à se poser est de connaître les vraies raisons qui ont amené Mme Tremblay à joindre l’ADQ et s’y faire une place de premier plan.  Était-ce l’action citoyenne, le combat pour la justice sociale, l’abolition des commissions scolaires?  De son côté, mon père a trouvé cette réponse rapidement  : il adorait prendre une bière avec les autres chevaliers les vendredis soirs et se sentait utile lorsque son conseil participait à des collectes de fonds charitables.  Il n’a jamais eu réellement besoin d’un réseautage d’affaires et d’un tremplin vers des opportunités personnelles. Et vous Mme Tremblay?

L’ambition souvent fait accepter les fonctions les plus basses ; c’est ainsi que l’on grimpe dans la même posture que l’on rampe. – Jonathan Swift

Les citations en italiques proviennent de l’entrevue donnée par Mme Sylvie Tremblay à l’émission Tout Le Monde En Parle diffusée le 27 avril dernier.  Photo: Chris Inside – Flickr

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12 Réponses to “Sylvie Tremblay : échec au roi?”

  1. Excellent texte lutopium; vraiment, depuis ton arrivée dans la blogosphère, ton blogue est intellectuellement pertinent.

    Pour ma part, ce dernier texte me touche, car j’ai passé plusieurs années à militer dans l’association PQ de mon quartier… ton analyse rejoint parfaitement mes propres perceptions sur le milieu (et sincèrement, perso, je suis pas mal écœuré d’avoir à constamment négocier avec la petite nature humaine). Ta compréhension du comportement humain œuvrant dans les sphères politiques est parfaitement lucide. Or, en politique, puisque le décodage des motivations individuelles une condition préalable avant de mobiliser des énergies humaines, tu as un atout de marque si un jour tu entreprends de t’investir efficacement dans ce milieu.

    Ne lâche pas ta lancée, je te lis systématiquement.

  2. J’ai fait partie de l’exécutif de deux comtés pour le PQ et j’ai bien vu qu’il n’y a aucune chance de percer si on n’a pas de connexions. Je ferais peut-être une bonne députée (je sais ce que ça prend), mais je ne le saurai jamais car le n’ai pas le pognon, ni les contacts…

    Moi aussi je suis écœurée.

    Vraiment lutopium, ta connaissance de la sphère politique — et de la nature humaine comme dit Carl — m’épate.

  3. J’ai écouté bien sûr cette entrevue et il y avait quelque chose qui m’a mis mal à l’aise, malgré mon contentement à entendre quelqu’un traiter Mario Dumont de dictateur…

    Je crois que ton super texte en explique une bonne partie.

  4. lutopium said

    Je suis vraiment touché par vos compliments… Merci! Je le répète souvent, cette ambition mal placée et cette vanité incontrôlée font en sorte que le monde politique est malade. Pas surprenant que les citoyens soient si cyniques par rapport à la chose.

    Oui, j’ai milité comme étudiant et déjà on pouvait aprecevoir ce genre de comportement. Et je l’ai vu dans le monde des affaires. Et dans d’autres regroupements. Mais je trouve que ça n’a pas sa place en politique. Je dénoncerai toujours ces ambitieux et ces vaniteux.

    Je ne militerai jamais dans un « grand » parti politique. Je donnerai un coup de main à Qs et/ou aux Verts mais pas aux partis qui sont aux prises avec la gangraine…

  5. lutopium said

    Merci Renart, il semble que nous écrivions en même temps! J’ai eu le même « feeling », j’étais mal à l’aise avec elle, autant qu’elle. Il y avait quelque chose qui clochait… Ça sentait la nervosité, oui, mais ça transpirait aitre chose… J’ai lu quelque part sur la blogosphère que Mme Tremblay avait démontré de l’intérêt à supporter Pauline marois lors de la campagne à la chefferie en 2006… Qu’elle aurait peut-être décidé de joindre l’ADQ suite à la victoire de Boisclair… De toutes façons, je ne crois pas qu’elle poursuivra une carrière politique.

  6. …ça sent l’opportunisme… et la pauvre elle est brûlée…

  7. Excellent billet!

    J’ai bien vu cette Sylvie Tremblay et son étonnante «transparence». Une chose tansparente est une chose vide. L’ADQ est vide. Tant de gens qui votaient pour eux ne pouvaient expliquer leur geste. Le vide a pour particularité de disparaître.

    Accent Grave

  8. Wô les moteurs, la grangrène n’est peut-être pas aussi loin que vous le pensez. Essayez de tasser David ou le nouveau chef des Verts, juste pour voir.
    Quelqu’un qui n’a pas d’ambition en politique n’ira pas loin.
    L’ADQ est en détresse permanente et doit suivre le vent pour se maintenir, pas de vent et ses voiles tombent.

  9. lutopium said

    @Accent Grave: merci. Y’a certainement de bons éléments dans l’ADQ. Des gens qui sont convaincus des idées et qui sont prêts à travailler fort, juste pour la cause, sans ambition personnelle voilée. C’est ce que je ne saisis pas avec Mme Tremblay.

    @AntiPollution: Il y a l’ambition honnête, celle qu’on perçoit facilement et qui est – tu as raison – nécessaire pour foncer et se battre pour quelque chose. C’est certain que Françoise David, Peter MacKay, Amir Khadir, Pauline Marois, Philippe Couillard et tant d’autres ont cette ambition qui les motive chaque jour pour poursuivre leurs idéaux. Ce que j’ai tenté de dévoiler ici, ce sont les gens qui joignent un groupe pour leur propre ambition personnelle et qui essaient de faire croire à leur entourage qu’ils adhèrent aux objectif du groupe. Pas évident avec Mme Tremblay. On pourrait certainement en nommer d’autres…

    Tous les partis politiques peuvent être victimes de ces opportunistes. Rappellez-vous la publication du courriel confidentiel de Mme David par Le Devoir et La Presse en mars dernier… Selon ce que j’ai compris, le courriel a été transmis aux journaux par une personne qui était proche du comité exécutif. Pourquoi cette personne a-t-elle fait suivre un message confidentiel aux journalistes en plein congrès? Pourquoi vouloir nuire à un parti politique alors que vous aviez réussi à joindre une instance nationale?

  10. Peut-être un peu tard sans doute, il me vient l’envie de vous poser une question, lutopium… Vous m’avez déjà qualifié d’ambitieux, ou du moins de quelque chose d’approchant. Me classez-vous dans les mauvais ou les bons ambitieux, dans ce cas?

  11. lutopium said

    Je ne te connais pas, alors je ne sais pas. Si on veut faire de la politique pour se faire des contacts pour éventuellement décrocher une job, un contrat, une opportunité, etc… on discrédite la démocratie. Car la démocratie, c’est le lien entre les citoyens et l’assemblée nationale. Les députés doivent être au service de leurs électeurs et de la collectivité.

    Mon « feeling »? Je crois que tu as le goût de t’impliquer et de contribuer à quelque chose. Aussitôt que tu auras accès au pouvoir, toi seul comprendras pourquoi tu le fais et ce que tu aimerais accomplir. On te taquine souvent mais de bons députés sont passés par le PLQ. C’est le lobby économique qui doit être fatiguant!

  12. […] Premièrement, l’utilisation d’un pseudonyme sur la blogosphère est une tradition pour ceux qui ne se prennent pas trop au sérieux et qui ne se servent pas de cet outil pour leurs propres ambitions. Je ne suis pas un espion, je ne blogue pas pour faire la promotion de Qs. Ceux qui m’ont suivi depuis les deux dernières années savent exactement ce que j’essaie de faire sur la blogosphère politique: dénoncer l’ambition excessive de certains militants et politiciens, ambition qui nuit à notre démocratie et à celle des partis politiques. Vous devez savoir de quoi je parle, n’est-ce pas? Voici un exemple d’intervention de lutopium sur le sujet: https://lutopium.wordpress.com/2008/04/29/sylvie-tremblay-echec-au-roi/ […]

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