lutopium

Enfants handicapés et accès à l’éducation: conversation entre un libertarien et un gauchiste

Posted by lutopium sur 6 avril 2008

Revu et corrigé le 9 avril 2008 afin d’alléger le site.  Basé sur la version finale parue dans Cent Papiers le 8 avril 2008.

La Presse publiait la semaine dernière une série d’articles sur les écoles et sur l’intégration des élèves handicapés ou en difficulté d’apprentissage ou d’adaptation. Le texte qui suit se veut une réaction suite à une opinion émise sur le blogue libertarien « Un Québécois Libre ».

Certains connaissent mon style simpliste et mon approche quelque peu utopique. Pas de surprises ici, je fais partie des idéalistes… Contrairement à la proposition libertarienne qui prône l’accès de nos « élites » vers des écoles privées à but lucratif, je crois plutôt qu’il serait préférable pour la société de regrouper TOUS les enfants vers le système public afin de le renforcer. Si tous les élèves du primaire et du secondaire se retrouvent ensemble, peu importe le pouvoir d’achat des parents et des capacités intellectuelles des enfants, tout le monde en sortirait gagnant. L’exode des élèves doués et privilégiés vers les écoles privées pénalise le système public à bien des égards. Jetez un coup d’oeil dans La Presse de vendredi dernier et vous comprendrez que les professeurs des écoles publiques n’y arrivent plus. Et c’est dû en grande partie à la popularité grandissante des écoles privées. Les grands perdants dans cette « division des classes » sont les enfants en difficulté, les enfants handicapés et les familles qui n’ont tout simplement pas les moyens de choisir les établissements privés.

Les revenus des écoles privées proviennent indirectement de l’état. Que ce soit au niveau des subventions qui couvrent plus de la moitié des frais annuels ou des crédits d’impôt alloués aux parents, les écoles privées sont presque entièrement financées par les deniers publics. Alors, si tous les élèves convergent vers le système public, son financement sera automatiquement plus adéquat et on pourra offrir des services de qualité. On pourra recruter les spécialistes pour accompagner les élèves qui en ont réellement besoin, on pourra diminuer la charge des professeurs en ramenant le nombre d’élèves par classe à un niveau acceptable et on pourrait offrir des programmes spéciaux visant à entretenir la soif d’apprendre qu’ont certains élèves plus doués.

Mes enfants vont à l’école publique. J’ai les moyens de suivre la « parade » et de leur offrir l’école privée. Mais je m’y refuse. Pour moi, choisir les institutions privées c’est confirmer son refus à la solidarité citoyenne. Je sais que ce n’est pas votre dada et que mon opinion gauchiste ne vous surprendra pas. Je tenais à amener mon grain de sel et voir comment vous pourriez me faire changer d’idée. J’ai lu beaucoup sur le sujet, j’en ai discuté amplement avec des copains qui, comme nous, ont dû choisir entre le public et le privé. Lors de l’entrée de nos enfants au primaire, nous avons choisi une école publique. Lors du passage de notre plus vieille vers le secondaire, nous avons décidé de garder le cap.

L’enseignement qui est donné à son école secondaire est à la hauteur de nos attentes. Notre enfant démontrait des aptitudes supérieures à la moyenne et elle fait partie d’un groupe enrichi en maths et en français. De plus, nous prenons plaisir à investir du temps en famille afin de nourrir cette soif d’apprendre, ce que les parents (du moins, c’est l’impression que j’ai) semblent négliger. Au lieu de laisser les enfants glisser vers l’écran cathodique (télé, ordi, jeux vidéo) à outrance, nous profitons de certains temps libres pour discuter et débattre d’évènements historiques, de géographie, de politique, etc. Évidemment, ma conjointe et moi ne sommes pas des bourreaux de travail. Après la semaine de 40 heures, c’est le retour au foyer et l’expérience d’une vie familiale simple et bien remplie.

En terminant, j’aimerais apporter une opinion sur le palmarès de l’Actualité et de l’Institut Économique de Montréal : le classement des écoles privées ne vaut rien. Primo, les enfants qui fréquentent ces écoles sont plus « doués » que la moyenne, car c’est une condition d’accès et ils devront retourner vers le public s’ils ne sont pas capables de maintenir de bonnes notes ou s’ils font preuve de comportements inadéquats. Secundo, et ce sont des professeurs qui me l’ont confirmé, les résultats sont parfois truqués afin de protéger le classement de l’école dans ce palmarès. Je trouve ça fort malsain.

Photo : Université de Chicago, par Androfire- Flickr

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11 Réponses to “Enfants handicapés et accès à l’éducation: conversation entre un libertarien et un gauchiste”

  1. M. de Lutopium,
    Vous pourrez dire à votre M. Masse que les riches imbéciles fréquentant Bréboeuf sortent de l’institution privée toujours riches et imbéciles.

  2. Bien répondu!

  3. lutopium said

    @AntiPolltion: mon M. Masse? À l’exception du fait que j’apprécie aller faire un tour de temps à autre sur son blogue, je ne crois pas que nous allons nous lier d’amitié! Je dois tout de même avouer que les échanges sont civilisés. On ne peut pas en dire autant de tous les blogues politiques!

    @Renart: merci!

  4. J’ai beau avoir un petit côté anarchisant, il reste que je crois que l’éducation publique pour tous est ce qu’il y a de plus important. Et je suis contre l’éducation privée, surtout si en plus ils reçoivent des subventions… Quelle hypocrisie!

    Il faut s’organiser pour que tous puisses cheminer dans un système qui ne laissera personne en plan, et qui encouragera tous les étudiants selon leurs forces et leurs faiblesses.

  5. Sur le fond des choses, je suis entièrement d’accord avec Martin Masse.

    Par contre, je ne suis pas d’accord avec un démantèlement immédiat de l’instruction publique, car la population n’est pas prête pour cela, d’autant plus qu’on se permet encore de faire des guerres impérialises et de réprimer les crimes imaginaires sans victime, et que de toute façon, l’argent coupé en instruction sera détournée aux fins de la drouate étatiste.

    Ce qu’il faut faire, c’est d’abord de permettre plus de concurrence privée (ou par des organismes charitables non gouvernementales), de ne plus subventionner les écoles privées (allez voir http://www.visionchools.com, ça existe déjà), de privatiser le système public anglophone (infaisable si on reste dans le Canada), de permettre aux parents de choisir l’école (publique ou pas) de leur choix (ce point s’améliore), mais de continuer de soutenir une école publique laïque et mixte, mais avec des classes non-mixtes, débarrassé des monopoles syndicaux (abolir les monopoles et non pas les syndicats) et du socio-constructivisme fémi-fasciste qui nuit à l’éducation des jeunes, en priorisant la compétence des enseignants plutôt que leur ancienneté. De plus, il faut cesser de restreindre l’enseignement primaire et secondaire aux étudiants les plus médiocres.

    De plus, en n’appuyant pas la séparation du Québec, Martin Masse est complice de la situation étatiste qu’il dénonce.

  6. lutopium said

    @A-P: Les établissements Vision Schools ne sont que des écoles d’immersion. Oui, elles sont complètement privées (aucune subvention) mais elles n’offfrent pas de programme pour les enfants doués ou pour les parents qui recherchent un enseignement pour les petits génies. Comme elles ne sont pas subventionnées, elles permettent aux parents francophones d’inscrire leurs enfants dans une école non-française. Le genre de truc qui plaît aux libertariens, j’en conviens. Envoyer nos enfants à l’école anglaise n’aidera certainement pas à promouvoir l’importance du français au Québec… Vous qui tenez à notre indépendance…

  7. On pourra faire un tel truc APRÈS la séparation du Québec, pas nécessairement avant.

    Oui, elles sont complètement privées (aucune subvention) mais elles n’offfrent pas de programme pour les enfants doués ou pour les parents qui recherchent un enseignement pour les petits génies.

    Pas besoin, il y a des tests d’admission pour ne choisir que les plus brillants.

    Comme elles ne sont pas subventionnées, elles permettent aux parents francophones d’inscrire leurs enfants dans une école non-française.

    En effet, mais ces parents le feront avec leur propre fric alors que les écoles anglophones sont subventionnés (subventions aux écoles anglophones que je désire abolir) présentement.

  8. La discussion se poursuit dans le blogue du QL.

    http://www.leblogueduql.org/2008/04/les-effets-perv.html#comment-110760244

  9. Lagrandgoule said

    Très intéressante, votre position sur l’école privée. Il y a cependant une contradiction dans votre texte.

    Lorsque vous dites que l’apport des étudiants du privé enrichiraient le public, vous avez un peu raison. Cependant, dans le public aussi, il y a ‘exode des élèves doués et privilégiés’. Par la multitude de nouveaux programmes enrichis, les étudiants moins doués sont laissés pour compte dans les classes dites ‘normales’.

    La question a en fait soulevé un vif débat en Ontario (je crois, pas sûr…) car le ministère de l’éducation s’est servi de l’argument pour abolir un programme d’immersion en français. Le ministre citant un appauvrissement des classes régulières comme raison principale.

    Alors lorsque vous parlez de la classe enrichie en maths et français de votre plus vieille, elle aussi est en fait privilégiée par un système à 2 vitesses et ce, à l’intérieur même du système public.

    Si nous poursuivons le raisonnement de ‘regrouper TOUS les enfants vers le système public afin de le renforcer’, il faudrait aussi abolir les programmes enrichis afin de les regrouper dans les memes classes… Sinon, ce n’est que de la facade.

    Les programmes enrichis sont en fait la réponse du public à l’exode vers le privé et ce, par les mêmes moyens…

  10. lutopium said

    @Lagrandgoule: Vous avez un bon point. Cependant, il s’agit ici de deux cours sur un total de 7. On donne donc l’opportunité aux élèves un peu plus « forts » avec les maths et le français d’aller un peu plus vite ou d’approfondir certaines connaissances. Mais l’école est un endroit où la diversité règne et ce, dans tous ses aspects (classes sociales, capacité d’apprentissage, groupes ethniques, handicaps, etc…). Le problème, à mon avis, avec les écoles privées élitistes, c’est qu’on isole les enfants… Une école privée haut-de-gamme donnera l’impression à l’enfant qu’il fait partie des privilégiés de la société. À mon sens, ça pourrait également avoir un impact sur ce qu’il deviendra.

    Les programmes spécialisés – international et sportif – pourraient cependant être perçus comme des endroits « élitistes », j’en conviens.

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