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Archive for avril 2008

Sylvie Tremblay : échec au roi?

Posted by lutopium sur 29 avril 2008

Je me rappelle encore lorsque mon père avait accepté l’offre de son beau-frère l’invitant à se joindre aux Chevaliers de Colomb.  Comme il se sentait souvent seul et négligé par ceux qui avaient « réussi dans la vie », il s’imagina tout à coup privilégié de rejoindre ce club sélect de chevaliers dévoués au pape et à la charité chrétienne.  Cependant, ce n’est pas la découverte d’un signe secret ou le rapprochement vers le Vatican qui l’attirèrent vers ce cercle religieux mais plutôt cette impression mystique de faire partie d’un regroupement distingué où le réseautage est à la portée de la main.  Si un jour il perdait son job, il n’aurait aucune difficulté à se replacer, car les nobles de la paroisse seraient solidaires avec son bonheur familial.

Tout comme la vision que peut leur donner la hiérarchie d’une église, la très grande majorité des citoyens croient que les partis politiques sont exclusivement associés à leur chef et aux députéEs.  On pense rarement aux membres qui lui donnent sa crédibilité et sa raison de vivre et encore moins aux associations locales qui assurent le bon déroulement des campagnes électorales, incluant la traditionnelle pose de pancartes.  Et pourtant, dans notre système démocratique moderne, une grande part des décisions et des positions des politiciens proviennent de ces structures.  Un parti politique qui ne se construit pas autour d’instances locales, régionales et nationales ne pourrait survivre très longtemps.

Les jeunes partis politiques doivent donc travailler sans relâche pour construire ces structures afin de solidifier l’organisation, rejoindre directement et efficacement les électeurs tout en ayant accès à des sources de financement fiables et renouvelables.  On se rappelera donc que Mario Dumont, suite au succès qu’a connu l’ADQ aux élections de 2003 et aux partielles qui ont suivi, a compris l’importance de solidifier – voir de démarrer – les associations locales de son parti un peu partout au Québec.  Et c’est à ce moment que Mme Sylvie Tremblay, inconnue du public québécois jusqu’à la publication de sa lettre de démission la semaine dernière, a décidé de joindre les rangs d’un parti politique qui avait grandement besoin de militants.  Lors de son passage à Tout Le Monde En Parle dimanche dernier, Mme Tremblay mentionnait que, même si elle « n’avait jamais voulu s’en aller en politique auparavant », elle a décidé de joindre l’équipe de l’ADQ car elle était attiré par la « transparence de son chef ».  Maintenant, elle va jusqu’à le traiter de dictateur, rien de moins, et lui rappelle que « quand on crache en l’air ça nous retombe (sic) ».

Toute cette histoire autour de l’ex-candidate de l’ADQ dans la circonscription de Verdun me laisse extrêmement perplexe.  Les raisons qui l’ont amenées à joindre un parti politique ne sont pas claires.  A-t-elle subitement décidé de joindre Mario Dumont afin de « dénoncer les manques de démocratie »?  Quels sont les liens entre son expérience du monde des affaires ou de sa passion pour l’écriture de livres sur la croissance personnelle et son soudain désir de s’impliquer au sein d’un parti politique?  Une question de Guy A. Lepage lui a permis d’expliquer un volet de sa démarche : « … j’ai beaucoup de drive, beaucoup de leadership, j’ai beaucoup de personnalité, j’ai une personnalité assez forte.  Je ne savais pas que le comité exécutif était contrôlé.  Moi je suis une ambitieuse aussi, alors les portes étaient ouvertes pour moi pis je suis rentrée (sic). »

À mon avis, le court passage de Mme Tremblay parmi l’association de circonscription de Verdun et l’exécutif national de l’ADQ dévoile un des problèmes que peuvent vivre les jeunes formations politiques.  Parce que la participation aux différentes instances est faible et que des postes importants sont disponibles, il y a toujours le danger qu’un inconnu s’y présente et démontre une ambition spectaculaire.  Alors que le chef et les piliers de l’organisation investissent temps et énergie pour solidifier les comités et regroupements qui assureront la pérénnité du parti, il peut apparaître une nouveauté qui ne cadre pas tout à fait avec le plan de match.  Il faut alors trouver un compromis entre la démocratie participative, qui relie l’exécutif national à ses associations de comté, et l’ambition essentielle de quelques candidats qui aspirent à grimper les échelons de l’organisation.

La question à se poser est de connaître les vraies raisons qui ont amené Mme Tremblay à joindre l’ADQ et s’y faire une place de premier plan.  Était-ce l’action citoyenne, le combat pour la justice sociale, l’abolition des commissions scolaires?  De son côté, mon père a trouvé cette réponse rapidement  : il adorait prendre une bière avec les autres chevaliers les vendredis soirs et se sentait utile lorsque son conseil participait à des collectes de fonds charitables.  Il n’a jamais eu réellement besoin d’un réseautage d’affaires et d’un tremplin vers des opportunités personnelles. Et vous Mme Tremblay?

L’ambition souvent fait accepter les fonctions les plus basses ; c’est ainsi que l’on grimpe dans la même posture que l’on rampe. – Jonathan Swift

Les citations en italiques proviennent de l’entrevue donnée par Mme Sylvie Tremblay à l’émission Tout Le Monde En Parle diffusée le 27 avril dernier.  Photo: Chris Inside – Flickr

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Laissons les poubelles à Remstar

Posted by lutopium sur 27 avril 2008

Contrairement à la majorité des québécois, je ne regarde pas beaucoup la télévision.  Pour les quelques heures où je m’y attarde, je manque rarement le Téléjournal, j’apprécie quelques reportages et documentaires diffusés à RDI et autres chaînes spécialisées.  Depuis peu, le dimanche soir est réservé à Guy A. Lepage et ses invités de TLMEP auquel je suis devenu accro, à ma grande surprise! 

Les nord-américains passent beaucoup de temps devant leur téléviseur: près de 30 heures par semaine, selon les plus récentes études.  Les dernières sondages confirment que les québécois raffolent de sport, de télé-réalité, de quiz et de téléromans.  Les bulletins d’informations ne sont pas les émissions les plus populaires.  Personnellement, pour bien m’informer, je regarde le Téléjournal à tous les soirs, je consulte les sites du journal Le Devoir et de cyberpresse, quelques magazines, quelques sites internet spécialisés et – bien sûr – quelques blogues!  Je n’ai jamais été attiré par le style journalistique de TQS, son angle sensationnaliste et son approche dramatique.  Malgré tout, en ce qui concerne les bulletins de nouvelles, TQS est aussi populaire que Radio-Canada et c’est le réseau TVA qui en occupe le premier rang. 

Malgré la popularité de certaines émissions, les propriétaires des stations privées sont obligés de réagir aux profits qu’ils peuvent réaliser afin de justifier leurs investissements.  Profitant d’une popularité grandissante, les chaînes spécialisées peuvent maintenant générer des marges bénéficaires d’environ 24% alors que celles des généralistes gravitent autour de 7%.  On peut donc comprendre que la famille Pouliot et les actionnaires de Cogeco aient décidé de se départir de TQS.  Ce qui est déplorable c’est qu’un nombre important d’emplois disparaissent lorsque des entreprises connaissent des difficultés financières.  Cependant, cette réalité n’est pas réservée uniquement au secteur de la télévision : rappelons-nous que le Québec a perdu près de 40,000 emplois dans le secteur de la fabrication en 2007.  À toutes les semaines, nous entendons parler des fermetures d’usines et du ralentissement de la production dans le domaine manufacturier.  On peut se demander pourquoi les politiciens, les gens d’affaires et les journalistes dénoncenent le plan de redressement de Remstar et ce, en justifiant le droit à l’information…   Comme le soulignait un lecteur du quotidien Le Devoir en fin de semaine:

… Cependant, derrière toutes ces belles paroles déterminées, on voit surtout l’occasion pour (les politiciens) de se faire du capital médiatique et politique. Dans cette perspective, je vous demande ceci: où étaient nos chers politiciens lors des fermetures de (GDX, Solectron, C. S, Brooks, Shermag et Quebecor World)? Qu’ont-ils fait pour défendre les 17 000 travailleurs qui ont perdu leur emploi en Estrie depuis 2003? Où étaient Jean Charest, Pauline Marois et Mario Dumont à ce moment-là? J’aimerais qu’on me rafraîchisse la mémoire. Peut-être ai-je raté cette campagne de mobilisation exceptionnelle destinée à sauver nos emplois du secteur manufacturier? Mais pourtant, à moins que ma mémoire ne fasse défaut, je n’ai pas souvenir de résolutions unanimes à l’Assemblée nationale en ce sens. D’ailleurs, la semaine dernière, Régis Labeaume, le flamboyant maire de Québec, tout comme Raymond Bachand, ministre du Développement économique, n’ont pas hésité à se cacher lâchement derrière la sacro-sainte loi du marché pour ne pas intervenir dans le déménagement de l’usine Crocs qui, faut-il encore le rappeler, coûte au-delà de 500 emplois à sa ville. Or, lorsqu’il a appris que Remstar envisageait de supprimer le créneau de l’information, il a affirmé avec force et conviction que la Ville de Québec donnerait son soutien aux journalistes et artisans de TQS…

Il faut également se rappeler que Cogeco a décidé de vendre TQS parce qu’elle était déficitaire et qu’elle cherchait donc à s’en débarasser rapidement.  Suite à un appel de propositions, c’est la compagnie Remstar qui semble avoir déposé la meilleure offre.  A quoi s’attendait-on exactement?  Que les membres de la famille Rémillard se présentent comme les sauveurs de l’information juste et équitable après avoir fait fortune dans l’industrie de gestion des déchets?  Qu’un homme d’affaires intéressé à mettre la main sur les hippodromes et des appareils de loterie vidéo décide subitement d’investir sa richesse afin de sauvegarder la diffusion d’informations régionales?  Ces gens là sont en business :  ils désirent probablement transformer TQS en une télévision qui rejoint les goûts des téléspectateurs québécois et en retirer des revenus publicitaires.  Les bulletins d’information ne connaîtront jamais la popularité d’un banquier, d’une maison Rona, d’une poule aux œufs d’or, d’un docteur House ou de quelques histoires de filles…  et encore moins d’une soirée de hockey!

Tout semble indiquer que le nouveau propriétaire transformera TQS en une station de télévision qui présentera ce que les maniaques de télévision préfèrent : potins sur les vedettes, émissions sportives, quiz-télé et romans-savon.  N’essayons pas de nous faire croire que les nouveaux propriétaires voudront créer une station de télévision intelligente.  Les sondages actuels le confirment déjà : Radio-Canada et Télé-Québec occupent les derniers rangs des sondages de popularité!

La coexistence des marchés privé et public dans le domaine de l’information est essentielle.  Laissons à TVA et à la nouvelle TQS le soin de distraire les téléspectateurs et poursuivre le lavage de cerveau collectif.  Ceux qui tiennent à une information de qualité et à une télévision « intelligente » doivent maintenant se questionner sérieusement sur la pertinence et l’avenir de leur télévision d’état.  Au lieu de crier au scandale et de demander l’intervention du CRTC, nos politiciens devraient maintentant donner les moyens à Télé-Québec afin qu’elle devienne LA source d’information nationale et régionale.  On pourrait y créer un service d’information et y engager les journalistes de TQS qui désirent poursuivre une carrière journalistique sérieuse.  Il ne serait pas difficile d’ouvrir des bureaux dans les principales villes du Québec et assurer ainsi une couverture régionale efficace et équitable.

Il est primordial de solidifier le mandat de Télé-Québec car les nouvelles ententes internationales de l’Organisation Mondiale du Commerce forceront les gouvernements à se départir des stations de télévision d’état afin de permettre à l’entreprise privée d’occuper ce créneau dans son entier et de s’agenouiller devant les forces du marché.  Comme il est prévu par les règlements de l’OMC, le gouvernement du Québec pourrait proclâmer que sa télévision d’état est intouchable par ces nouveaux accords internationaux empêchant ainsi que la diffusion de l’information soit contrôlée par quelques grands joueurs privés.  Voilà un geste de souveraineté qui pourrait être posé par l’Assemblée Nationale du Québec.

Photo : James Good – Flickr

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Le vrai visage de l’ADQ

Posted by lutopium sur 21 avril 2008

Vraiment, rien ne va plus pour le parti de Mario Dumont…  En moins de trois semaines, nous avons été témoins de la fragilité de la machine adéquiste.  Propulsée en cinquième vitesse par les résultats électoraux du printemps 2007, la jeune équipe de l’ADQ se perd dans des souliers qui lui paraissent trop grands, démontrant son inexpérience et l’incohérence entre ses différentes instances nationales et régionales.

Il n’est évidemment pas facile pour un parti politique de mettre en place une structure lui permettant de supporter une quarantaine de députés, former une équipe pouvant solidifier son rôle d’opposition officielle tout en continuant de développer une présence importante dans presque toutes les circonscriptions.  La fragilité des bureaux de comté a été bien ressentie lorsque l’équipe de Gilles Taillon a divulgué des informations aux médias qui ont mis le numéro deux de l’ADQ dans l’embarras…  Tel que rapporté par Radio-Canada le 7 avril dernier, « Armand Maltais, membre fondateur de l’ADQ et candidat du parti en 1994, est déçu du silence de Mario Dumont. Sa frustration est partagée par Gilles Plante, ex-organisateur en chef de Gilles Taillon, et Rémi Lacasse, ancien libéral justement séduit par l’ADQ en raison de l’intimité existant entre sa base et ses dirigeants. »

Mario Dumont a toujours demandé un changement majeur de nos institutions publiques et n’a jamais râté l’occasion de nous rappeler que l’ADQ avait un fonctionnement fort différent des deux autres grands partis politiques québécois.  Son parti se vantait d’être près des gens allant jusqu’à révolutionner l’art de faire de la politique.  Avec la démission de l’exécutif de Hull le 10 avril dernier, le poids démocratique des instances locales nous semble toutefois inexistant.  Le chef du parti populiste ayant refusé de considérer la suggestion de l’exécutif de la circonscription de présenter la candidature de Gilles Taillon (…) lors des élections partielles qui auront lieu le 12 mai prochain.  Moi qui croyait que c’est l’assemblée des membres d’un comté qui choisissait son député…

Et voilà qu’en fin de semaine, nous apprenions que la vice-présidente de l’ADQ, Mme Sylvie Tremblay, a claqué la porte du parti et recommande aux québécois de ne pas voter pour Mario Dumont, qui représente à ses yeux un parti qui « n’est pas du tout ce qu’il prétend être, me fait peur, concernant les droits des femmes et concernant son manque de démocratie ».  Suite aux interventions stratégiques du député Simon-Pierre Diamond lors du congrès de l’ADQ organisé l’automne dernier dernier et qui visaient à faire passer des résolutions approuvées par l’exécutif national, Mme Tremblay avoue qu’elle n’en pouvait plus «de se fermer la gueule, de les laisser aller et d’appuyer tout ce qu’ils présentaient peu importe son avis». 

Dans sa quête du pouvoir, Mario Dumont semble s’être dissocié de son principe le plus cher : celui de changer le fonctionnement des partis politiques et de redonner le pouvoir aux citoyens.  À en croire les derniers évènements, l’ADQ donne plutôt l’impression d’une organisation fragile, laissant toute la place aux aspirations de quelques carriéristes ayant trouvé leur nid dans une organisation qui accueille tout individu qui démontre un peu de potentiel en relations publiques.  La démocratie semble inexistante par moments si on se fie à l’importance des directives en provenance du bureau exécutif et à l’insignifiance de ses relations avec les associations de circonscriptions et finalement, les membres du parti.

Photo : Robert Saucier – Flickr

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La complicité de La Presse et de Rockland MD

Posted by lutopium sur 12 avril 2008

Nous connaissons tous la controverse autour de l’ouverture de la clinique privée Rockland MD.  Cet établissement, partenaire privilégié de l’hôpital du Sacré-Cœur de Montréal et situé dans l’ancien comté du ministre Philippe Couillard, fait preuve d’un dynamisme qui semble être sous les effets de stéréoides fournis par l’establishment économique québécois.

La clinique Rockland MD a confirmé le 1er avril dernier qu’elle offrait maintenant une méthode révolutionnaire pour guérir le cancer léger de la prostate.  Les grands quotidiens montréalais reprennaient la nouvelle aussitôt et on a pu constater rapidement quel type de traitement les journalistes allaient nous offrir.  Pendant que les sbires de l’empire Quebecor lançaient quelques questions pertinentes, La Presse sembla se contenter d’un compte-rendu lancé par l’agence Presse Canadienne.  Du moins jusqu’à l’apparition d’un clip vidéo ressemblant plutôt à une plogue pour la nouvelle vedette de L’Institut Économique de Montréal…

Comme cyberpresse.ca semble vouloir faire dans le multimédia, le site offre dorénavant des petites capsules qui sont, pour la plupart du temps, d’une insignifiance ennuyeuse.  Je comprend que Gesca se fait les dents sur la production  télévisuelle en attendant la privatisation de Radio-Canada, mais présenter des clips mettant en vedette Alain Dubuc relève d’un étonnant courage…  Notre ancien marxiste préféré a donc choisi de nous présenter la nouvelle coqueluche de la communauté d’affaires montréalaise et notre grand sauveteur dans le traitement de la santé : Rockland MD.

Le responsable des communications de cette clinique a certainement de bons rapports avec « la putain de la rue Saint-Jacques ».  Une publicité « gratuite » sur le site internet du quotidien appartenant à la famille la plus puissante au Québec, rien de moins.  Écoutez ce qu’avait à dire Alain Dubuc sur le traitement contre le cancer de la prostate offert par Rockland MD :

« …Mais ça nous rappelle quelque chose.  C’est que dans ce dossier là, on peut voir que le secteur privé en santé a servi à quelque chose de très précis.  Parce que s’il n’y avait pas eu la clinique Rockland MD, cette nouvelle procédure de règlement du cancer de la prostate, on n’en aurait jamais entendu parler.  Ça se fait en Europe, ça se fait en Asie, ça se fait en Ontario mais pas au Québec et nos hôpitaux sont sans doute trop rigides pour être capables de se lancer dans un nouveau système comme celui-là.  Et donc ça veut dire quelque chose, le système privé en santé peut jouer un rôle d’innovateur.  Introduire un élément de concurrence, jouer aussi un rôle de franc-tireur pour arriver avec des idées nouvelles.  Et quand on a un système aussi lourd, aussi rigide, aussi bureaucratique que le nôtre, je pense que l’appoint du système privé comme franc-tireur est quelque chose d’essentiel… »

Quelques jours plus tard, le Collège des médecins questionne la qualité du traitement contre le cancer offert à la clinique privée Rockland MD et le ministère de la Santé demande à la Régie de l’assurance maladie d’enquêter sur sa légalité.  Comment alors expliquer qu’un journal ait pu autoriser la publication d’un publi-reportage avant d’examiner tous les facteurs entourant cette nouvelle technologie?  Est-ce que M. Dubuc et le comité éditorial de La Presse seraient devenus le mégaphone du lobby représentant le privé dans le domaine de la santé?

Mais qui est donc derrière Rockland MD?  Qui représente cette clinique et pourrait justifier un tel intérêt de la part des médias, des chambres de commerce et de certains politiciens?  Je comprend que le docteur Fernand Terras, directeur médical de la clinique, est un fervent défenseur de l’amélioration des soins de santé, mais qui est derrière ce groupe qui désire une population québécoise en meilleure santé?  Voici donc, pour votre gouverne, une brève présentation des actionnaires de Rockland MD : 

  • Marcel Côté, associé-fondateur de la firme conseil Secor qui a obtenu des contrats de 1,1 million de dollars pour des études sur les défusions municipales.  Proche conseiller de Robert Bourassa, de Brian Mulroney et Jean Charest.  Représente un groupe d’investisseurs au conseil d’administration de Rockland MD;
  • Marc De Bellefeuille, membre du comité consultatif de Practice Solutions, ancien président de la Conférence régionale de l’AHQ de Montréal, ancien membre de l’Institut de Cardiologie de Montréal, ancien Vice-Président de la Régie régionale de la santé et des services sociaux de Montréal-Centre ;
  • Alexandre Jarry, associé de la firme d’avocats Jerry Bazinet et président du conseil d’administration de la chambre de commerce et d’industrie de Laval ;
  • Dr. Fernand Terras, ancien président de GlobalMedic – filiale de l’Association Médicale Canadienne qui a changé de nom pour Practice Solutions ;
  • Chantal Benudiz, ex vice-présidente de GlobalMedic ;
  • Dr Myriam Abikhzer et Dr Daniel Gagnon, médecins ;
  • Les fiducies Peter Pan et Richmond: aucune information disponible ;

Ce que M. Dubuc ne dit pas dans son évangile sur les bienfaits des soins de santé privés et sur l’originalité du traitement prescrit par Rockland MD est que la technologie n’est offerte qu’à titre expérimental, ce qui explique que les services de santé publics n’ont pas encore fait l’acquisition des équipements dont il est question.  Quoi de plus normal?  Si un hôpital avait acheté cet appareil – qui n’est pas encore certifié par les autorités américaines et canadiennes – M. Dubuc aurait été le premier à dénoncer l’irresponsabilité de la bureaucratie gouvernementale québécoise…

Pourquoi cherche-t-on à donner autant de crédibilité aux initiatives de la clinique Rockland MD?  Quels sont les vrais enjeux?  C’est le genre de questions auxquelles vous devriez répondre M. Dubuc.  Rien de moins.

Photo : Hautes Études Commerciales – Montréal, Flickr

Alain Dubuc a remporté les honneurs de la 12e édition du Prix du livre d’affaires 2007 de Coop HEC Montréal, pour son ouvrage intitulé L’Éloge de la richesse. M. Dubuc a reçu ce prix, assorti d’un montant de 10 000 $, lors d’une cérémonie tenue le 12 juin 2007.

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Une décroissance conviviale

Posted by lutopium sur 9 avril 2008

La semaine dernière, je me suis rendu à une rencontre du Mouvement Québécois pour une Décroissance Conviviale (MQDC).  Après une brève présentation du groupe et de ses idéologies, on nous a présenté le documentaire « Simplicité volontaire et décroissance » réalisé par le français Jean-Claude Decourt.  Même si le discours de la décroissance nous rappelle qu’il est peu probable que les changements nécessaires arrivent à point, les idées amenées sont très intéressantes et méritent considération.

Si les scientifiques ont raison, la planète, ou du moins l’existence des humains, sera complètement bouleversée par des évènements majeurs : inondations, crise énergétique, famines, catastrophes…  Si nous prônons une croissance économique débridée et souhaitons que tous les humains deviennent des consommateurs sur le modèle américain, il faudrait posséder au moins six planètes comme la Terre.

Voici un extrait du manifeste du MQDC :

Nous vivons dans un monde en crise. « Lucides » ou « Solidaires », tous s’entendent là-dessus. Mais les solutions proposées, qu’elles soient néolibérales ou progressistes, restent dans le paradigme du développement et de la croissance économique, alors même qu’il s’agit là d’une cause majeure de bien des problèmes.

Dans la foulée du mouvement européen de la décroissance économique soutenable, nous invitons les citoyens et citoyennes du Québec à poser un regard d’ensemble sur le système actuel, en particulier sur les problèmes écologiques et sociaux.

La « décroissance » est une interpellation à la « croissance économique », expression qui donne une connotation vivante et positive à des phénomènes destructeurs des écosystèmes et du tissu social. Le développement économique productiviste accroît l’écart entre les riches et les pauvres tandis que l’augmentation de la production de « richesse » ne signifie pas l’amélioration générale de la condition humaine. La croissance des entreprises ne les empêche pas de couper des postes pour augmenter leurs bénéfices, réduisant à néant l’argument pro-croissance de la création d’emplois. Par ailleurs, la production toujours augmentée de biens de consommation gruge les ressources qui constituent notre capital écologique et engendre de la pollution et des déchets à la tonne.

Les guerres, déversements de pétrole ou carambolages automobiles sont des exemples d’événements qui élèvent le produit intérieur brut, indicateur dont on se sert pour évaluer la santé des nations. Cette analyse des activités humaines donne un portrait inexact de la réalité. Comme beaucoup d’autres avant nous, nous affirmons que l’économie doit cesser de dicter les décisions de tout ordre et redevenir un moyen au service des êtres humains.

La décroissance n’est pas une idéologie simpliste et moralisatrice mais un appel à la réflexion fondé sur un fait incontestable : sur une planète limitée, la croissance illimitée, objectif de tous nos gouvernements, est une impossibilité. Elle conduit à des déséquilibres de plus en plus dangereux.

Texte complet : http://www.decroissance.qc.ca/manifeste.html

Documentaire « Simplicité volontaire et décroissance » : http://video.google.com/videoplay?docid=-549582913854387681

Photo : JerryD – Flickr

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Enfants handicapés et accès à l’éducation: conversation entre un libertarien et un gauchiste

Posted by lutopium sur 6 avril 2008

Revu et corrigé le 9 avril 2008 afin d’alléger le site.  Basé sur la version finale parue dans Cent Papiers le 8 avril 2008.

La Presse publiait la semaine dernière une série d’articles sur les écoles et sur l’intégration des élèves handicapés ou en difficulté d’apprentissage ou d’adaptation. Le texte qui suit se veut une réaction suite à une opinion émise sur le blogue libertarien « Un Québécois Libre ».

Certains connaissent mon style simpliste et mon approche quelque peu utopique. Pas de surprises ici, je fais partie des idéalistes… Contrairement à la proposition libertarienne qui prône l’accès de nos « élites » vers des écoles privées à but lucratif, je crois plutôt qu’il serait préférable pour la société de regrouper TOUS les enfants vers le système public afin de le renforcer. Si tous les élèves du primaire et du secondaire se retrouvent ensemble, peu importe le pouvoir d’achat des parents et des capacités intellectuelles des enfants, tout le monde en sortirait gagnant. L’exode des élèves doués et privilégiés vers les écoles privées pénalise le système public à bien des égards. Jetez un coup d’oeil dans La Presse de vendredi dernier et vous comprendrez que les professeurs des écoles publiques n’y arrivent plus. Et c’est dû en grande partie à la popularité grandissante des écoles privées. Les grands perdants dans cette « division des classes » sont les enfants en difficulté, les enfants handicapés et les familles qui n’ont tout simplement pas les moyens de choisir les établissements privés.

Les revenus des écoles privées proviennent indirectement de l’état. Que ce soit au niveau des subventions qui couvrent plus de la moitié des frais annuels ou des crédits d’impôt alloués aux parents, les écoles privées sont presque entièrement financées par les deniers publics. Alors, si tous les élèves convergent vers le système public, son financement sera automatiquement plus adéquat et on pourra offrir des services de qualité. On pourra recruter les spécialistes pour accompagner les élèves qui en ont réellement besoin, on pourra diminuer la charge des professeurs en ramenant le nombre d’élèves par classe à un niveau acceptable et on pourrait offrir des programmes spéciaux visant à entretenir la soif d’apprendre qu’ont certains élèves plus doués.

Mes enfants vont à l’école publique. J’ai les moyens de suivre la « parade » et de leur offrir l’école privée. Mais je m’y refuse. Pour moi, choisir les institutions privées c’est confirmer son refus à la solidarité citoyenne. Je sais que ce n’est pas votre dada et que mon opinion gauchiste ne vous surprendra pas. Je tenais à amener mon grain de sel et voir comment vous pourriez me faire changer d’idée. J’ai lu beaucoup sur le sujet, j’en ai discuté amplement avec des copains qui, comme nous, ont dû choisir entre le public et le privé. Lors de l’entrée de nos enfants au primaire, nous avons choisi une école publique. Lors du passage de notre plus vieille vers le secondaire, nous avons décidé de garder le cap.

L’enseignement qui est donné à son école secondaire est à la hauteur de nos attentes. Notre enfant démontrait des aptitudes supérieures à la moyenne et elle fait partie d’un groupe enrichi en maths et en français. De plus, nous prenons plaisir à investir du temps en famille afin de nourrir cette soif d’apprendre, ce que les parents (du moins, c’est l’impression que j’ai) semblent négliger. Au lieu de laisser les enfants glisser vers l’écran cathodique (télé, ordi, jeux vidéo) à outrance, nous profitons de certains temps libres pour discuter et débattre d’évènements historiques, de géographie, de politique, etc. Évidemment, ma conjointe et moi ne sommes pas des bourreaux de travail. Après la semaine de 40 heures, c’est le retour au foyer et l’expérience d’une vie familiale simple et bien remplie.

En terminant, j’aimerais apporter une opinion sur le palmarès de l’Actualité et de l’Institut Économique de Montréal : le classement des écoles privées ne vaut rien. Primo, les enfants qui fréquentent ces écoles sont plus « doués » que la moyenne, car c’est une condition d’accès et ils devront retourner vers le public s’ils ne sont pas capables de maintenir de bonnes notes ou s’ils font preuve de comportements inadéquats. Secundo, et ce sont des professeurs qui me l’ont confirmé, les résultats sont parfois truqués afin de protéger le classement de l’école dans ce palmarès. Je trouve ça fort malsain.

Photo : Université de Chicago, par Androfire- Flickr

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L’aristocratie libérale

Posted by lutopium sur 4 avril 2008

Comme citoyen de ce monde et particulièrement en tant que québécois, c’est une de ces choses de la vie qui me révoltent. Lorsqu’un haut-fonctionnaire se fait pogner dans ce qui semble être une dérape, c’est difficile de vanter les mérites du système politique. Comment est-il possible de faire la promotion d’un état démocratique et respectueux du pouvoir citoyen, alors que des ambitieux décrochent des postes importants et se prennent carrément pour des privilégiés, des passe-partout, des pachas… Comme disent les belges : ils me les cassent!

Au cours des prochains jours, on apprendra si Mario Dumont a eu du flair cette fois-ci en allant jusqu’à demander la démission de la ministre Monique Gagnon-Tremblay cet après-midi. Les conseillers de l’ADQ ont peut être finalement tissé quelques liens et décroché des informations privilégiées qui pourraient embarrasser le gouvernement Charest. Chose certaine, ce qui a débuté comme un simple congédiement administratif accompagné de quelques rumeurs pourrait devenir un cauchemar pour l’ex délégué-général Bruno Fortier.  Drôle d’accident de parcours à ce sherbrookois et grand copain du premier ministre.

Fini le luxe et les excès aux frais des contribuables… pauvre Bruno, c’est le temps de faire tes adieux à Broadway.

Mise à jour (21h17): pour un survol complet des évènements, voir l’excellent article de Pierre R. sur Cent Papiers

Photo: Benjamin Edwards – Flickr

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