lutopium

Jean Charest et le libre-échange des gaz

Publié par lutopium sur 4 juin 2008

Personnellement, je suis loin d’être convaincu de l’efficacité d’un système de plafonnement et d’échange de gaz à effet de serre (GES), comme celui annoncé à grandes pompes par Jean Charest et Dalton McGuinty cette semaine.  À l’exception de la conférence de presse de lundi dernier, de quelques communiqués évasifs et de légères entrevues avec les deux premiers ministres provinciaux, nous n’avons pas encore accès aux détails concernant cette initiative.  J’ai lu quelque part que le système pourrait être instauré quelque part en 2010…

Je ne comprend pas encore tout à fait comment ce système se compare à la Bourse du Carbone de Montréal, son lancement la semaine dernière semblait faire consensus entre Québec et Ottawa …  Évidemment, je juge qu’il est essentiel que les règles gouvernementales reliées aux émissions de GES doivent être plus sévères, mais il faudrait qu’on m’explique la différence entre un système d’échange de crédits et une bourse du carbone…  Ne me dites pas qu’un système permet de percevoir des taxes et que l’autre contribuera à créer de la richesse…  Manx, Jimmy : aidez-moi!

Doit-on comprendre que la réaction du parti conservateur confirme que l’Alberta n’est pas prête à réduire sérieusement les émissions de GES alors que les deux provinces rebelles et pollueuses songent sérieusement à forcer le jeu?  On est en droit de se poser la question si on porte attention à la liste des grands pollueurs canadiens : sur les 500 mauvais garçons, le Québec en compte 80, soit 16%.  L’Ontario quant à elle héberge 90 grands pollueurs, 18% du total canadien.  C’est la riche albertaine, fière de ses sables bitumineux qui remporte la “na-palme”: 32% des plus importants pollueurs se trouvent sur son territoire avec 160 malfaiteurs…  Alors que le Québec et l’Ontario doivent convaincre les alumineries et les papetières à investir pour réduire leurs émissions - en plus d’une usine de charbon ontarienne qui cause de sérieux problèmes à M. McGuinty - l’Alberta devra un jour négocier avec les riches et puissantes pétrolières.  Lors de la prochaine campagne électorale, ce sera un problème politique énorme pour les conservateurs canadiens.

Est-il également permis de croire que les libéraux québécois et ontariens aient décidé d’unir leurs forces afin d’affaiblir les conservateurs?  Suite aux nombreuses erreurs de parcours des troupes de Stephen Harper, cette soudaine amitié entre messieurs Charest et McGuinty donnera des maux de tête aux relationnistes conservateurs et ne nuira certainement pas à Stéphane Dion, qui prend tout ce qui passe…

Comment cette annonce peut-elle me convaincre que les alumineries et papetières québécoises se plieront aux exigences gouvernementales sous le règne d’un premier ministre qui leur est tellement sympathique?  Si l’état québécois n’est même pas capable de s’assurer qu’elles paient leur juste part d’impôt, s’il semble plier à leur moindre caprice - surtout lorsqu’une d’elles menace se s’installer ailleurs - comment pouvez-vous nous assurer qu’elles prendront les mesures nécessaires pour réduire leurs émissions de GES?  Permettez-moi d’en douter. 

Dites-moi M. Charest: le libre-échange avec l’Europe serait-il néfaste pour la réduction des gaz à effet de serre?

Illustration: headhead - Flickr

Publié dans Environnement, Parti Conservateur, Parti Libéral, Économie | Taggé: , , , , , , , , , , | 5 Commentaires »

Julie Couillard et le cynisme politique

Publié par lutopium sur 1 juin 2008

On croyait que le spectacle donné par la commission Gomery donnerait la leçon aux politiciens et aux organisateurs politiques.  Comme beaucoup de québécois et canadiens, j’étais convaincu que la vie politique serait un peu plus calme, voire dénudée de ses scandales après le départ de Jean Chrétien et de Paul Martin.  Pendant un moment j’ai cru au sérieux des nouveaux arrivants qui semblaient déterminés à imposer une bonne gestion des finances, des attributions de contrats en règle, et une tonne de bonnes intentions…  Ai-je également le souvenir de conservateurs arrogants envers les journalistes et les fonctionnaires, exigeant la saine gouvernance des institutions politiques et de l’appareil gouvernemental?  Les nouveaux conservateurs canadiens, rejetons du parti de la réforme, grands défenseurs des droits familiaux et des libertés individuelles sont-ils en train de réaliser que l’ambition personnelle, les fausses raisons et même la corruption sont toujours attirés par le pouvoir, peu importe la couleur du parti?

Je lisais Martin Masse sur son blogue Le Québécois Libre qui décide de prendre la défense de Maxime Bernier - peut-être inspiré d’un sentiment de confrèrerie iedmiste - en nous rappelant que certains considèrent qu’il a été un bon ministre de l’Industrie.  Que grâce à lui, l’industrie de la téléphonie est maintenant plus concurrentielle et profite aux consommateurs.  C’est bien peu devant toutes les gaffes qu’il a accumulé comme ministre des Affaires Extérieures.  Non, on ne peut excuser une série de maladresses comme l’affaire du Jos Louis, se tromper sur le nom d’un président, un manque de vigilence flagrant sur son entourage immédiat ou en s’impliquant dans les affaires internes de l’Afghanistan comme un amateur.  C’est peut-être un gars fort sympathique et compétent dans certains domaines mais il doit maintenant avouer qu’il aurait pu faire mieux.  S’il ne se sentait pas à l’aise avec la diplomatie internationale, il se devait d’en informer Stephen Harper.  Si M. Bernier a pensé à le faire, le blâme revient également au premier ministre, même si l’intention était de séduire les québécois.

Messieurs les politiciens, svp remettez un peu d’ordre dans la cabane.  Les citoyens commencent à en avoir ras le bol de cette politicaillerie.  Vous nous demandez d’être plus productifs, mieux organisés et plus respectueux…  Montrez l’exemple!  Reprenez vos esprits.  Vous avez tout l’été devant vous!

Photo: andertoons - Flickr

Publié dans Parti Conservateur, Politique | Taggé: , , , , , , , , , | 5 Commentaires »

Un projet rassembleur pour Alexis

Publié par lutopium sur 8 mai 2008

Il m’arrive régulièrement de me faire identifier comme un étatiste, un gogauchiste et même un gérant d’estrade.  Récemment, un personnage se présentant sous le pseudonyme de Tenace, me lançait : « …on critique, on attaque, on choisit judicieusement “un” cas que l’on monte en épingle pour mieux le vilipender mais surtout, on se garde bien de proposer une alternative crédible. »

C’est bien mal me connaître.  Je ne sais pas pourquoi le blogueur Davidg, connu maintenant comme l’Anarcho-pragamatiste, ne cesse de me traiter également d’étatiste, comme si j’étais obsédé par l’existence même du gouvernement et que sans ses structures et ses services, je serais complètement perdu.  Je ne sais pas pourquoi, les libertariens et certains anarchistes semblent convaincus que l’entreprise privée traiterait mieux les citoyens dans un monde où le libre-marché et la primauté des libertés individuelles seraient maîtres et roi…

Je commence à en avoir marre de ces étiquettes qui sont utilisées à outrance et qui finalement, n’amènent rien au débat des idées.  Bien oui, je suis de gauche, à défaut d’être de droite ou de choisir le confort du centre.  Je ne suis pas communiste, je crois comme vous que Staline était fou allié et que les cubains ont également droit à plus de liberté. 

Ceci étant dit, j’aimerais répondre aujourd’hui à l’invitation lancée par Alexis St-Gelais où il demande aux blogueurs politiques de lancer « un projet d’envergure que nous aimerions voir se réaliser au Québec ».  J’en ai trois comme ça, les voici :

Projet politique :

Il est grand temps que le Québec modifie le système électoral.  La méthode actuelle, héritée de notre domination britannique, ne permet pas aux nouvelles idées politiques de faire leur place dans les débats.  Les partis alternatifs comme le Parti Vert du Québec et Québec solidaire ne sont plus des phénomènes marginaux.  Aux dernières élections provinciales, c’est près de 300,000 québécois - soit plus de 7% des votes, qui ont appuyé ces deux formations politiques.

Tous les partis politiques ont exigé le passage vers un mode de scrutin de type proportionnel.  Ça fait plus de quarante ans que le Parti Libéral et le Parti Québécois débattent de cette possibilité.  Comme le nous rappelle Paul Cliche dans le livre Libérer les Québecs, « Le premier ministre Lévesque, lui, avec son franc parler, ne s’était pas gêné, en 1972, pour qualifier le mode de scrutin actuel de démocratiquement infect ».  À une époque pas tellement lointaine, Mario Dumont exigeait lui aussi la révision de la méthode actuelle afin de permettre aux nouveaux partis d’accéder à l’Assemblée Nationale.  Le ministre des affaires intergouvernementales, M. Benoit Pelletier, allait encore plus loin, en publiant une lettre dans le quotidien Le Soleil - quelques semaines avant un projet de loi qui devait aller dans ce sens, où il mentionnait : 

 « Ceux qui auront à changer le plus leurs pratiques au cours de cette évolution, ce ne sont pas les citoyens, mais bien les partis politiques. Le citoyen ne pourra que sortir gagnant de ce genre d’exercice, puisqu’il aura la certitude que son vote comptera et que sa volonté sera mieux considérée. Si cette volonté entraîne des gouvernements de coalition dans certains cas, il incombera alors aux partis et non aux citoyens de s’ajuster. Leur survie dépendra de leur capacité de s’adapter et de travailler ensemble. »

Projet pour l’économie et l’environnement

J’aimerais tout simplement reprendre ici une idée que j’ai lancée le 18 janvier dernier où je suggèrais l’implication du Québec dans la construction de petits véhicules électriques :

Lors du salon de l’automobile de Montréal, le groupe français Dassault a présenté la toute nouvelle version de sa voiture électrique Cleanova. Le moteur a été conçu par TM4, une filiale d’Hydro-Québec qui a commandé quelques véhicules l’an dernier.

Ça fait des années qu’on entend parler de ce projet et, finalement que le produit est commercialisé, le Québec n’est pas dans la course. Le lancement d’une usine de fabrication de voitures électriques à 100% serait le type de projet mobilisateur où le talent et la détermination rassembleraient les québécois. Serait-il permis de penser que des entreprises comme Bombardier, Prévost et Hydro-Québec puissent s’associer avec Dassault pour construire une voiture électrique au Québec… abordable, même sans contribution gouvernementale? Ça nous ferait un p’tit retour sur investissement! Ça nous aiderait à atteindre les objectifs de réduction des GES.

Une idée comme celle-là est probablement irréalisable ici au Québec, me direz-vous. Manque de liquidités? Ingérance gouvernementale? Forces naturelles du marché s’opposant au moteur électrique? Main-d’œuvre trop dispendieuse? Climat? Marché?

On dit souvent que les citoyens sont opposés aux grands projets. Personnellement, j’aimerais bien entendre des idées nouvelles de la part de nos entrepreneurs. Ça ferait changement des ventes d’entreprises et des restructurations…

Invitation aux québécois

Finalement, j’aimerais lancer une invitation toute simple à tous les québécois et québécoises…  Vous êtes fiers de votre identité?  Vous voulez crier haut et fort que vous tenez à la survie de la langue française en Amérique du Nord?  Ça vous écoeure d’entendre Michaëlle Jean dire des conneries, rabaisser notre culture et la voir se comporter comme une esclave de service pour Stephen Harper?

Alors rendez-vous en grand nombre aux festivités du 400ème anniversaire de la ville de Québec cet été.  Empêchez Josée Verner et les opportunistes conservateurs voler notre fête pour la tourner en exercice de propagande canadienne.  Démontrez au reste du monde qu’une fête nationale c’est plus que le marketing destiné à remplir les hôtels et engraisser les restaurateurs.

Photo: vanou - Flickr 

Publié dans ADQ, Parti Conservateur, Parti Libéral, Parti Québécois, Parti Vert du Québec, Politique, Québec solidaire, Élections québécoises | Taggé: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | 16 Commentaires »

Pauvre petit pitou

Publié par lutopium sur 12 février 2008

Selon Michel David du Devoir, le député de la circonscription de Chambly, M. Richard Merlini, est une des rares vedettes de l’ADQ. C’est lui qui avait lancé un “pauvre petit pitou” au ministre Béchard lors de l’imbroglio causé par la visite de Stephen Harper à Rivière-du-Loup en décembre dernier. Les partisants de ce parti n’ont pas fait montre de beaucoup de retenue avec cette “maladresse protocolaire”…

Je me demande si Louise Beaudoin et Jean Charest chantonnaient du “pauvre petit pitou” en plaçant les appels téléphoniques qui ont permis la visite - in extremis - de Mario Dumont à Matignon?

Publié dans ADQ | Taggé: , , , , , , , , , | Aucun commentaire »

Le paradoxe de la politique

Publié par lutopium sur 30 janvier 2008

Au Canada, les deux partis politiques qui prônent la réduction de l’état, la transparence des politiciens et qui dénoncent le favoristisme, ne sont pas à l’abri des opportunistes et des carrièristes.

Comme je le soulignais dans mon billet du 10 décembre 2007, un ancien candidat de la défunte Alliance Canadienne et ex-responsable des finances de l’ADQ semble avoir gravit les échelons rapidement. Voilà qu’hier soir, Radio-Canada nous apprenait que M. Léo Housakos se retrouve sous les feux de la rampe dans une possible histoire de lobby et d’influence politique.

Messieurs Harper et Dumont: faites attention, les gens que vous dénoncez depuis des années semblent rôder tout tout près de vous!

Lire également: Harper aide intervened for Montreal developer

Publié dans ADQ, Parti Conservateur | Taggé: , , , | 5 Commentaires »

Gaz naturel : Mario Dumont a trahi ses membres

Publié par lutopium sur 7 janvier 2008

La version originale de cet article a été publié sur Un Homme En Colère le 4 janvier 2008.

Lors du soulèvement contre le projet du Suroît, Mario Dumont et l’ADQ avaient appuyé la population en demandant au premier ministre Jean Charest d’abandonner la construction d’une centrale alimentée au gaz naturel. Le point de presse de Dumont à l’Assemblée Nationale du 19 janvier 2004 était sans équivoque : ce projet était contraire aux objectifs de Kyoto et représentait un mauvais investissement sur les plans énergétique et scientifique (1).

Dans son programme électoral, l’ADQ s’engage à promouvoir le développement des énergies « propres » comme l’hydroélectricité, l’énergie éolienne, la géothermie et l’énergie solaire. La formation politique promet également de s’engager dans la lutte aux changements climatiques et d’atteindre les cibles du protocole de Kyoto (2).

Mais voilà que les ambitions écologiques de Mario Dumont entrent en collision avec la mission fondamentale de son parti : le développement économique. Quelques jours avant Noël, le chef de l’opposition a donc décidé d’appuyer les libéraux en donnant son accord au projet de loi 204 qui donne le feu vert à la construction du port méthanier Rabaska. Trois semaines plus tôt, le chef de l’opposition avait participé à une rencontre entre le premier ministre Stephen Harper, la chambre de commerce de Rivière-du-Loup et les promoteurs du projet de Gros-Cacouna (3).

Non seulement ces appuis aux deux ports méthaniers semblent être en contradiction avec le programme de son parti et ses positions antérieures sur l’environnement, mais Mario Dumont ne semble pas être préoccupé par la sécurité de ses électeurs. En effet, le gouvernement du Canada s’est encore opposé à un projet similaire en refusant un droit de passage maritime essentiel à un futur port méthanier aux Etats-Unis. Le premier ministre Harper refuserait d’obtempérer à une demande officielle qui exige que le Canada permette à des navires de baigner en eaux canadiennes afin d’atteindre un port méthanier qui serait construit dans l’État du Maine. Selon le gouvernement canadien, « il serait beaucoup trop dangereux de permettre aux pétroliers d’emprunter ce passage, l’un des moins sûrs au Canada… ». Le député néo-brunswickois Greg Thompson a par ailleurs mentionné que « les risques qu’un déversement survienne étaient tout simplement trop élevés pour permettre aux pétroliers d’y passer. » (4)

Les bateaux devront donc naviguer dans le détroit de Head Harbour afin d’atteindre le port méthanier de Pleasant Point (5). Ce plan d’eau, considéré par le gouvernement canadien comme étant problèmatique à la navigation, ne semble effectivement pas beaucoup plus large que le fleuve St-Laurent en face de l’Ile d’Orléans… Est-ce que les gouvernements canadiens et québécois ont utilisé les mêmes normes pour calculer le niveau de danger pour la navigation maritime ici même au pays?

La demande en gaz naturel connaît une hausse importante aux Etats-Unis. Les américains se voient donc obligés de se tourner vers l’importation de gaz naturel liquide (LNG) mais l’opposition du public aux ports méthaniers et les nouvelles restrictions associés à la protection du territoire, rendent la vie difficile aux promoteurs. Comme c’est l’usage avec les paquebots, nos voisins du sud obligent les pétroliers à être escortés par des navires militaires afin d’accéder au port méthanier. Ces navires ont l’autorisation d’intercepter une embarcation qui se retrouve trop près du pétrolier et si elle représente une menace à la sécurité territoriale. La construction de ces installations à l’extérieur des zones densément peuplées ou (idéalement) en territoire canadien, représente actuellement la solution privilégiée par les autorités américaines. La construction d’un port méthanier est déjà lancée à St-Jean (N.-B.) et d’autres sites sont considérés en Nouvelle-Écosse et au New-Jersey (6).

Toutefois, le promoteur du port méthanier de Pleasant Point a demandé au gouvernement américain de fermer le gazoduc canado-américain si le Canada refuse l’accès des pétroliers vers leurs installations. En se basant sur les règles de la liberté d’entreprise et de la saine concurrence, la compagnie Quoddy Bay demande donc au président Bush de convaincre son homologue canadien de favoriser l’économie au détriment de la sécurité (7).

Seuls les partis d’opposition auraient pu faire entendre les voix des citoyens qui contestent le projet Rabaska. Si j’avais voté pour l’ADQ et Mario Dumont, je serais fort déçu de la tournure des évènements. Même dans l’optique où l’on est d’accord avec ce mode d’approvisionnement énergétique, on peut au moins questionner le choix du site.

Garde côtière américaine escortant un cargo de gaz naturel (LNG tanker) dans le port de Boston

Publié dans ADQ, Environnement, Parti Conservateur, Politique | Taggé: , , , , , , , , , , , , , , , | Aucun commentaire »

De grosses affaires à Rivière-du-Loup?

Publié par lutopium sur 13 décembre 2007

Comme le soulevait de façon humoristique le chroniqueur Gilbert Lavoie samedi dernier, le passage de Stephen Harper à Rivière-du-Loup soulève non seulement un rapprochement entre le parti conservateur et l’ADQ, mais cette visite révèle peut-être quelques éléments entourant le futur port méthanier québécois.

Dans son communiqué de presse publié le 10 décembre, la “chambre de commarce” de Rivière-du-Loup mentionne que la rencontre privée tenue avec M. Harper visait principalement ce dossier dans lequel elle souhaite une intervention du premier ministre avec la Russie pour l’approvisionnement du projet portuaire d’Énergie Cacouna. Même monsieur le maire a indiqué que M. Harper peut surtout aider la région en intervenant dans les négociations de Pétro-Canada avec le fournisseur russe Gazprom.

Quelques jours auparavant, M. Harper avait invité Jean Charest à rencontrer le premier ministre russe, Viktor Zubkov, dans ses bureaux à Ottawa. Même si cette rencontre n’a pas reçue de couverture médiatique – à l’exception de l’excellent article de Jean-Pascal Lavoie dans un journal régional - on peut deviner que les discussions ont probablement porté sur l’approvisionnement en gaz naturel pour un futur port méthanier québécois. Un représentant du projet Rabaska a même été invité à participer à cette rencontre.

On dirait que quelque chose se tramme dans les couloirs du lobby politique et Mario Dumont est peut-être en train de passer du côté des grands joueurs. Il est reconnu que Jean Charest et le parti libéral du Québec ont toujours eu des affinités avec la famille Desmarais. On peut alors deviner que le premier ministre québécois a un petit faible pour le projet Rabaska, parraîné par une filiale de leur groupe financier. Le projet de Gros-Cacouna est de son côté financé par un consortium albertain formé de TransCanada et Pétro-Canada. Y’aurait-il ici une affinité « naturelle » entre le projet albertain, les conservateurs et, maintenant, l’ADQ?

Le projet d’Énergie Cacouna est très attirant pour les membres de la “chambre de commarce” de Rivière-du-Loup. Selon les informations rendues publiques par le projet, l’activité économique directe et indirecte générée durant la phase de construction est estimée à près de 135 millions $ pour la région. Malgré l’opposition des groupes environnementalistes - que je ne répéterai pas ici par crainte de recevoir le baîllon – les sommes d’argent qui sont en jeu peuvent amener les gens de la région à appuyer un projet qu’ils regretteront peut-être un jour. D’ailleurs, la consultation publique avait généré un appui positif au projet à 57%, ce qui laisse croire qu’il y a encore des avis partagés.

Sommes toutes, je ne serais pas surpris de voir les conservateurs prendre le siège de cette circonscription lors des prochaines élections fédérales. Ce qui nous démontre encore une fois que les gens voteront pour la droite pour les mauvaises raisons. On peut y voir également que Mario Dumont commence à établir des liens avec les grands acteurs économiques du pays. Comme certains experts confirment qu’il n’y aura qu’un seul port méthanier au Québec, ça sera intéressant de voir quel projet verra le jour. Est-ce une bataille entre l’establishment canadien et Québec Inc. qui se déroulera dans le Bas-du-Fleuve?

Voici ce que nous verrons 120 fois par année sur notre beau fleuve

Publié dans ADQ, Environnement, Parti Conservateur, Parti Libéral, Politique | Taggé: , , , , , , , , , , | Aucun commentaire »

Rapprochement de la droite

Publié par lutopium sur 8 décembre 2007

Le rapprochement “naturel” des forces de droite nord-américaines commence à prendre forme. Après la réconciliation des gouvernements américains, mexicains et canadiens; voici que Stephen Harper investit des efforts pour se rapprocher d’un électorat sympatique aux idées de la droite politique et économique.

Réunis devant la chambre de “commarce” de Rivière-du-Loup, Harper et Dumont démontrent clairement qu’il y a maintenant une alliance des deux partis afin de promouvoir les idéaux conservateurs et convaincre les québécois d’appuyer, et probablement de financer, les deux partis qui représentent clairement les ambitions des gens d’affaires et des tenants de la privatisation des services publics.

En plus d’alimenter les machines électorales des deux partis - des élections fédérale et provinciale anticipées pour 2008 - voilà une bonne occasion d’interpeller les entrepreneurs de sortir leur carnet de chèques (ou leurs enveloppes brunes?) afin de mener des campagnes dignes d’affronter le Parti Libéral, le Bloc Québécois et le Parti Québécois. Même si Dumont refuse de l’admettre, il me semble clair que les militants de l’ADQ prêteront main forte aux Conservateurs et vice-versa.

Un tel rapprochement a déjà eu lieu entre le Parti Républicain de Bush et les conservateurs canadiens en 2005. Les idées et stratégies républicaines ont donc déja été reprises par les conservateurs. Que ce soit au niveau de la propagande militaire, du positionnement relié à la lutte aux changements climatiques, à l’unification des forces économiques nord-américaines ou à l’établissement d’un “Partenariat pour la sécurité et la prospérité” , les gouvernements américain et canadien se ressemblent de plus en plus. Quelques mois après la réélection de G.W. Bush et quelques jours après la victoire de Stephen Harper, les forces conservatrices de l’ouest du Canada ont invité David Frum à prononcer un discours devant la National Citizens Coalition. Canadien d’origine, M. Frum fut l’un des conseillers économiques de Bush à la Maison Blanche. Il est maintenant un des conseillers de Rudolph Giuliani, aspirant au leadership du Parti Républicain.

Mario Dumont aspire sans doute de jouer dans la cour des “grands penseurs” néoconservateurs. Comme Bush et Harper, il est un expert de la démagogie et du populisme. Comme son rêve est de devenir Premier Ministre du Québec, on peut prévoir qu’il mettra tout en oeuvre pour se rapprocher de ce rêve aux prochaines élections. Et, comme un nombre grandissant de citoyens tombent sous le charme de ces “pseudo-défenseurs du bonheur individuel”, il est fort à parier qu’il a de bonnes chances d’y accéder.

La stratégie de Stephen Harper vise sans doute à discréditer le Parti Libéral du Québec en facilitant le dialogue avec le chef de l’opposition à l’Assemblée Nationale”. Ça devrait donner des débats forts intéressants au cours des prochaines semaines. Et ça permettra également aux forces progressistes québécoises de dénoncer la vrai mission de l’ADQ.

Publié dans ADQ, Parti Conservateur, Politique | Taggé: , , , , | 3 Commentaires »