Publié par lutopium sur 15 mai 2008
Y’a des jours comme ça où les coincidences sont étonnantes… Ce matin, à la lecture de la première page du journal Métro, j’y apprend que notre premier ministre Jean Charest nous confirme que « le moment est propice pour vendre l’idée d’un accord de libre-échange entre le Canada et l’Union européenne et insiste sur l’importance des mois à venir pour assurer le succès du projet ». Je me demande bien pourquoi et qu’est-ce qui explique cet empressement.
Un peu plus tard dans la journée, lors de la réception du courriel quotidien de La Presse Affaires, je suis surpris de constater que le vice-président de Gazprom, Alexander Medvedev, a profité de sa visite aux championnats mondiaux de hockey à Québec pour faire une annonce importante. M. Medvedev a donc confirmé la signature d’un « accord selon lequel Gazprom sera un des actionnaires du terminal méthanier et contractera la pleine capacité des activités de regazéification ».
Il semble donc que les négociations ont été fructueuses et que le projet Rabaska pourra maintenant compter sur le géant russe afin de s’approvisionner en gaz naturel et répondre ainsi à la demande nord-américaine.
Le site Cyberpresse, afin de paraître un tantinet objectif, prend également le soin de publier un autre article s’intitulant : « Qui a peur de Gazprom? ». Un titre comme celui-là nous laisse croire qu’on y découvrira des faits « occultes » et des mises-en-garde contre cette fierté du gouvernement Poutine (Gazprom est une société d’état). Rien de cela. Au contraire, l’article est particulièrement élogieux envers la plus grande entreprise de Russie et on y découvre même qu’elle possède « les réseaux de télévision NTV et TNT, six stations de radio, huit publications quotidiennes, une maison de production, des cinémas, une compagnie de publicité, une compagnie d’ingénierie et vient de faire l’acquisition de Youtube version russe, soit RuTube ».
Je savais qu’un des partenaires de Rabaska, Gaz de France - dont Power Corporation (le propriétaire de La Presse) est un important actionnaire, avait des atômes crochus avec Gazprom. Mais je réalise tout à coup que le premier exportateur mondial de gaz naturel et la famille Desmarais ont tous deux des intérêts importants dans les médias d’information de leurs pays respectifs…
Ça doit aider à faire la promotion des projets économiques, non?
Photo: EmerEmer- Flickr
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Publié par lutopium sur 7 janvier 2008
La version originale de cet article a été publié sur Un Homme En Colère le 4 janvier 2008.
Lors du soulèvement contre le projet du Suroît, Mario Dumont et l’ADQ avaient appuyé la population en demandant au premier ministre Jean Charest d’abandonner la construction d’une centrale alimentée au gaz naturel. Le point de presse de Dumont à l’Assemblée Nationale du 19 janvier 2004 était sans équivoque : ce projet était contraire aux objectifs de Kyoto et représentait un mauvais investissement sur les plans énergétique et scientifique (1).
Dans son programme électoral, l’ADQ s’engage à promouvoir le développement des énergies « propres » comme l’hydroélectricité, l’énergie éolienne, la géothermie et l’énergie solaire. La formation politique promet également de s’engager dans la lutte aux changements climatiques et d’atteindre les cibles du protocole de Kyoto (2).
Mais voilà que les ambitions écologiques de Mario Dumont entrent en collision avec la mission fondamentale de son parti : le développement économique. Quelques jours avant Noël, le chef de l’opposition a donc décidé d’appuyer les libéraux en donnant son accord au projet de loi 204 qui donne le feu vert à la construction du port méthanier Rabaska. Trois semaines plus tôt, le chef de l’opposition avait participé à une rencontre entre le premier ministre Stephen Harper, la chambre de commerce de Rivière-du-Loup et les promoteurs du projet de Gros-Cacouna (3).
Non seulement ces appuis aux deux ports méthaniers semblent être en contradiction avec le programme de son parti et ses positions antérieures sur l’environnement, mais Mario Dumont ne semble pas être préoccupé par la sécurité de ses électeurs. En effet, le gouvernement du Canada s’est encore opposé à un projet similaire en refusant un droit de passage maritime essentiel à un futur port méthanier aux Etats-Unis. Le premier ministre Harper refuserait d’obtempérer à une demande officielle qui exige que le Canada permette à des navires de baigner en eaux canadiennes afin d’atteindre un port méthanier qui serait construit dans l’État du Maine. Selon le gouvernement canadien, « il serait beaucoup trop dangereux de permettre aux pétroliers d’emprunter ce passage, l’un des moins sûrs au Canada… ». Le député néo-brunswickois Greg Thompson a par ailleurs mentionné que « les risques qu’un déversement survienne étaient tout simplement trop élevés pour permettre aux pétroliers d’y passer. » (4)
Les bateaux devront donc naviguer dans le détroit de Head Harbour afin d’atteindre le port méthanier de Pleasant Point (5). Ce plan d’eau, considéré par le gouvernement canadien comme étant problèmatique à la navigation, ne semble effectivement pas beaucoup plus large que le fleuve St-Laurent en face de l’Ile d’Orléans… Est-ce que les gouvernements canadiens et québécois ont utilisé les mêmes normes pour calculer le niveau de danger pour la navigation maritime ici même au pays?
La demande en gaz naturel connaît une hausse importante aux Etats-Unis. Les américains se voient donc obligés de se tourner vers l’importation de gaz naturel liquide (LNG) mais l’opposition du public aux ports méthaniers et les nouvelles restrictions associés à la protection du territoire, rendent la vie difficile aux promoteurs. Comme c’est l’usage avec les paquebots, nos voisins du sud obligent les pétroliers à être escortés par des navires militaires afin d’accéder au port méthanier. Ces navires ont l’autorisation d’intercepter une embarcation qui se retrouve trop près du pétrolier et si elle représente une menace à la sécurité territoriale. La construction de ces installations à l’extérieur des zones densément peuplées ou (idéalement) en territoire canadien, représente actuellement la solution privilégiée par les autorités américaines. La construction d’un port méthanier est déjà lancée à St-Jean (N.-B.) et d’autres sites sont considérés en Nouvelle-Écosse et au New-Jersey (6).
Toutefois, le promoteur du port méthanier de Pleasant Point a demandé au gouvernement américain de fermer le gazoduc canado-américain si le Canada refuse l’accès des pétroliers vers leurs installations. En se basant sur les règles de la liberté d’entreprise et de la saine concurrence, la compagnie Quoddy Bay demande donc au président Bush de convaincre son homologue canadien de favoriser l’économie au détriment de la sécurité (7).
Seuls les partis d’opposition auraient pu faire entendre les voix des citoyens qui contestent le projet Rabaska. Si j’avais voté pour l’ADQ et Mario Dumont, je serais fort déçu de la tournure des évènements. Même dans l’optique où l’on est d’accord avec ce mode d’approvisionnement énergétique, on peut au moins questionner le choix du site.
Garde côtière américaine escortant un cargo de gaz naturel (LNG tanker) dans le port de Boston
Publié dans ADQ, Environnement, Parti Conservateur, Politique | Taggé: Boston, Canaport, Greg Thompson, Gros-Cacouna, Head Harbour, Ile d'Orléans, Jean Charest, Kyoto, LNG, Mario Dumont, méthanier, Pleasant Point, Quoddy Bay, Rabaska, Stephen Harper, Suroit | Aucun commentaire »
Publié par lutopium sur 13 décembre 2007
Comme le soulevait de façon humoristique le chroniqueur Gilbert Lavoie samedi dernier, le passage de Stephen Harper à Rivière-du-Loup soulève non seulement un rapprochement entre le parti conservateur et l’ADQ, mais cette visite révèle peut-être quelques éléments entourant le futur port méthanier québécois.
Dans son communiqué de presse publié le 10 décembre, la “chambre de commarce” de Rivière-du-Loup mentionne que la rencontre privée tenue avec M. Harper visait principalement ce dossier dans lequel elle souhaite une intervention du premier ministre avec la Russie pour l’approvisionnement du projet portuaire d’Énergie Cacouna. Même monsieur le maire a indiqué que M. Harper peut surtout aider la région en intervenant dans les négociations de Pétro-Canada avec le fournisseur russe Gazprom.
Quelques jours auparavant, M. Harper avait invité Jean Charest à rencontrer le premier ministre russe, Viktor Zubkov, dans ses bureaux à Ottawa. Même si cette rencontre n’a pas reçue de couverture médiatique – à l’exception de l’excellent article de Jean-Pascal Lavoie dans un journal régional - on peut deviner que les discussions ont probablement porté sur l’approvisionnement en gaz naturel pour un futur port méthanier québécois. Un représentant du projet Rabaska a même été invité à participer à cette rencontre.
On dirait que quelque chose se tramme dans les couloirs du lobby politique et Mario Dumont est peut-être en train de passer du côté des grands joueurs. Il est reconnu que Jean Charest et le parti libéral du Québec ont toujours eu des affinités avec la famille Desmarais. On peut alors deviner que le premier ministre québécois a un petit faible pour le projet Rabaska, parraîné par une filiale de leur groupe financier. Le projet de Gros-Cacouna est de son côté financé par un consortium albertain formé de TransCanada et Pétro-Canada. Y’aurait-il ici une affinité « naturelle » entre le projet albertain, les conservateurs et, maintenant, l’ADQ?
Le projet d’Énergie Cacouna est très attirant pour les membres de la “chambre de commarce” de Rivière-du-Loup. Selon les informations rendues publiques par le projet, l’activité économique directe et indirecte générée durant la phase de construction est estimée à près de 135 millions $ pour la région. Malgré l’opposition des groupes environnementalistes - que je ne répéterai pas ici par crainte de recevoir le baîllon – les sommes d’argent qui sont en jeu peuvent amener les gens de la région à appuyer un projet qu’ils regretteront peut-être un jour. D’ailleurs, la consultation publique avait généré un appui positif au projet à 57%, ce qui laisse croire qu’il y a encore des avis partagés.
Sommes toutes, je ne serais pas surpris de voir les conservateurs prendre le siège de cette circonscription lors des prochaines élections fédérales. Ce qui nous démontre encore une fois que les gens voteront pour la droite pour les mauvaises raisons. On peut y voir également que Mario Dumont commence à établir des liens avec les grands acteurs économiques du pays. Comme certains experts confirment qu’il n’y aura qu’un seul port méthanier au Québec, ça sera intéressant de voir quel projet verra le jour. Est-ce une bataille entre l’establishment canadien et Québec Inc. qui se déroulera dans le Bas-du-Fleuve?
…

Voici ce que nous verrons 120 fois par année sur notre beau fleuve
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