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La complicité de La Presse et de Rockland MD

Publié par lutopium sur 12 avril 2008

Nous connaissons tous la controverse autour de l’ouverture de la clinique privée Rockland MD.  Cet établissement, partenaire privilégié de l’hôpital du Sacré-Cœur de Montréal et situé dans l’ancien comté du ministre Philippe Couillard, fait preuve d’un dynamisme qui semble être sous les effets de stéréoides fournis par l’establishment économique québécois.

La clinique Rockland MD a confirmé le 1er avril dernier qu’elle offrait maintenant une méthode révolutionnaire pour guérir le cancer léger de la prostate.  Les grands quotidiens montréalais reprennaient la nouvelle aussitôt et on a pu constater rapidement quel type de traitement les journalistes allaient nous offrir.  Pendant que les sbires de l’empire Quebecor lançaient quelques questions pertinentes, La Presse sembla se contenter d’un compte-rendu lancé par l’agence Presse Canadienne.  Du moins jusqu’à l’apparition d’un clip vidéo ressemblant plutôt à une plogue pour la nouvelle vedette de L’Institut Économique de Montréal…

Comme cyberpresse.ca semble vouloir faire dans le multimédia, le site offre dorénavant des petites capsules qui sont, pour la plupart du temps, d’une insignifiance ennuyeuse.  Je comprend que Gesca se fait les dents sur la production  télévisuelle en attendant la privatisation de Radio-Canada, mais présenter des clips mettant en vedette Alain Dubuc relève d’un étonnant courage…  Notre ancien marxiste préféré a donc choisi de nous présenter la nouvelle coqueluche de la communauté d’affaires montréalaise et notre grand sauveteur dans le traitement de la santé : Rockland MD.

Le responsable des communications de cette clinique a certainement de bons rapports avec « la putain de la rue Saint-Jacques ».  Une publicité « gratuite » sur le site internet du quotidien appartenant à la famille la plus puissante au Québec, rien de moins.  Écoutez ce qu’avait à dire Alain Dubuc sur le traitement contre le cancer de la prostate offert par Rockland MD :

« …Mais ça nous rappelle quelque chose.  C’est que dans ce dossier là, on peut voir que le secteur privé en santé a servi à quelque chose de très précis.  Parce que s’il n’y avait pas eu la clinique Rockland MD, cette nouvelle procédure de règlement du cancer de la prostate, on n’en aurait jamais entendu parler.  Ça se fait en Europe, ça se fait en Asie, ça se fait en Ontario mais pas au Québec et nos hôpitaux sont sans doute trop rigides pour être capables de se lancer dans un nouveau système comme celui-là.  Et donc ça veut dire quelque chose, le système privé en santé peut jouer un rôle d’innovateur.  Introduire un élément de concurrence, jouer aussi un rôle de franc-tireur pour arriver avec des idées nouvelles.  Et quand on a un système aussi lourd, aussi rigide, aussi bureaucratique que le nôtre, je pense que l’appoint du système privé comme franc-tireur est quelque chose d’essentiel… »

Quelques jours plus tard, le Collège des médecins questionne la qualité du traitement contre le cancer offert à la clinique privée Rockland MD et le ministère de la Santé demande à la Régie de l’assurance maladie d’enquêter sur sa légalité.  Comment alors expliquer qu’un journal ait pu autoriser la publication d’un publi-reportage avant d’examiner tous les facteurs entourant cette nouvelle technologie?  Est-ce que M. Dubuc et le comité éditorial de La Presse seraient devenus le mégaphone du lobby représentant le privé dans le domaine de la santé?

Mais qui est donc derrière Rockland MD?  Qui représente cette clinique et pourrait justifier un tel intérêt de la part des médias, des chambres de commerce et de certains politiciens?  Je comprend que le docteur Fernand Terras, directeur médical de la clinique, est un fervent défenseur de l’amélioration des soins de santé, mais qui est derrière ce groupe qui désire une population québécoise en meilleure santé?  Voici donc, pour votre gouverne, une brève présentation des actionnaires de Rockland MD : 

  • Marcel Côté, associé-fondateur de la firme conseil Secor qui a obtenu des contrats de 1,1 million de dollars pour des études sur les défusions municipales.  Proche conseiller de Robert Bourassa, de Brian Mulroney et Jean Charest.  Représente un groupe d’investisseurs au conseil d’administration de Rockland MD;
  • Marc De Bellefeuille, membre du comité consultatif de Practice Solutions, ancien président de la Conférence régionale de l’AHQ de Montréal, ancien membre de l’Institut de Cardiologie de Montréal, ancien Vice-Président de la Régie régionale de la santé et des services sociaux de Montréal-Centre ;
  • Alexandre Jarry, associé de la firme d’avocats Jerry Bazinet et président du conseil d’administration de la chambre de commerce et d’industrie de Laval ;
  • Dr. Fernand Terras, ancien président de GlobalMedic - filiale de l’Association Médicale Canadienne qui a changé de nom pour Practice Solutions ;
  • Chantal Benudiz, ex vice-présidente de GlobalMedic ;
  • Dr Myriam Abikhzer et Dr Daniel Gagnon, médecins ;
  • Les fiducies Peter Pan et Richmond: aucune information disponible ;

Ce que M. Dubuc ne dit pas dans son évangile sur les bienfaits des soins de santé privés et sur l’originalité du traitement prescrit par Rockland MD est que la technologie n’est offerte qu’à titre expérimental, ce qui explique que les services de santé publics n’ont pas encore fait l’acquisition des équipements dont il est question.  Quoi de plus normal?  Si un hôpital avait acheté cet appareil - qui n’est pas encore certifié par les autorités américaines et canadiennes - M. Dubuc aurait été le premier à dénoncer l’irresponsabilité de la bureaucratie gouvernementale québécoise…

Pourquoi cherche-t-on à donner autant de crédibilité aux initiatives de la clinique Rockland MD?  Quels sont les vrais enjeux?  C’est le genre de questions auxquelles vous devriez répondre M. Dubuc.  Rien de moins.

Photo : Hautes Études Commerciales - Montréal, Flickr

Alain Dubuc a remporté les honneurs de la 12e édition du Prix du livre d’affaires 2007 de Coop HEC Montréal, pour son ouvrage intitulé L’Éloge de la richesse. M. Dubuc a reçu ce prix, assorti d’un montant de 10 000 $, lors d’une cérémonie tenue le 12 juin 2007.

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Le privé ne sauverait pas le public en santé

Publié par lutopium sur 13 février 2008

« Dès qu’on permet le financement privé d’un système de santé, ça occasionne des problèmes » Jean-François Landry, chercheur de l’IRIS.

Journal Le Métro, le 12 février - L’apport croissant du privé ne résoudrait pas les maux du système de santé.

«Le financement privé des services médicaux et hospitaliers s’avère au mieux inutile, au pire nuisible», a déclaré hier le chercheur de l’Institut de recherche et d’informations socio-économiques (IRIS), Guillaume Hébert.

Le système de santé du Québec est financé actuellement dans une proportion de 70 % par des fonds publics. Pour le reste, les usagers contribuent par l’entremise de programmes d’assurances ou leurs impôts, ce qui constitue des dépenses privées.

Plus coûteux, moins efficaces

Les chercheurs de l’IRIS ont avancé que des soins financés par le privé seraient plus coûteux, moins efficaces et moins accessibles que ceux prodigués dans le système public.
Ils donnent comme exemple l’Australie, où la privation partielle du système de santé a coûté 1,3 G$ à l’État. En Angleterre, avec l’arrivée du privé, la qualité des soins s’est considérablement dégradée.

«Dans une optique de justice sociale, ce n’est pas en se tournant vers le privé que seront régler tous les problèmes», a ajouté le chercheur de l’IRIS, Jean-François Landry.

Du même coup, les chercheurs de l’IRIS réfutent les arguments des tenants du privé qui reposent sur le vieillissement de la population ou les coûts galopants du système de santé. Selon eux, l’augmentation des dépenses en santé est attribuable à la hausse des prix des médicaments et non au nombre grandissant des personnes âgées.

Plutôt que de laisser une plus grande place au privé en santé, Guillaume Hébert et Jean-François Landry suggèrent, entre autres, de miser sur les soins à domicile. Ils encouragent
le gouvernement à négocier les prix des médicaments.

Rapport de l’IRIS : http://www.iris-recherche.qc.ca/docs/Note-sante_2008.pdf

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