Deux sondages nous apprennent que Jean Charest et le Parti Libéral du Québec ont réussi à regagner la confiance des québécois et qu’ils auraient de bonnes chances de former un gouvernement majoritaire si des élections étaient lancées dans les conditions actuelles. En effet, si on fait la moyenne des résultats obtenus par le sondage CROP et celui de Léger Marketing, nous réalisons que le PLQ récolterait 37,5% des votes, soit 6,5 points de plus que le Parti Québécois et 20 points au-dessus des résultats de l’ADQ.
Est-il nécessaire de se rappeler que nous vivons actuellement dans un paysage politique unique dans l’histoire du Québec et du Canada? Pour la première fois de son histoire, le Québec est sous la gouverne d’un gouvernement minoritaire à l’assemblée nationale et d’un autre au parlement canadien. De plus, deux nouveaux partis politiques démontrent un intérêt sérieux pour attirer la sympathie de l’électorat. Les gens qui ont été interpellés par ces sondages confirment également que les québécois apprécient la stabilité et le relatif calme politique associés à un partage du pouvoir entre trois partis politiques.
Peu importe si on apprécie sa personnalité, il faut tout de même avouer que M. Charest est un fin politicien. Notre premier ministre est conscient qu’il est primordial pour sa formation politique d’investir tous ses efforts pour calmer les troupes et s’assurer qu’il n’y ait aucun dérapage. La façon dont ils ont géré le renvoi de l’ex-délégué du Québec à New-York confirme que l’entourage immédiat de M. Charest est prêt à tout faire afin de protéger l’image de leur chef et du parti.
De son côté, Pauline Marois ne semble pas en mesure de redonner ce nouveau souffle au Parti Québécois. Même si elle semble plaire aux citoyens alors qu’André Boisclair ne faisait pas l’unanimité, Mme Marois ne parvient pas à replacer le PQ en tête de peloton. Mais je suis persuadé que ses conseillers ont encore de bonnes cartes sous les manches et qu’elle aura d’autres occasions de marquer des points. Évidemment, c’est un parti divisé comme jamais : un peu à droite, un peu à gauche, confortable au centre. Promotion de la souveraineté, mise au rancart de la stratégie référendaire, renouvellement de la loi 101… Cependant, si elle décode les messages qui sont transmis par la population, elle devrait en conclure que les gens préfèrent actuellement un paisible statu quo et qu’ils ne veulent pas replonger dans les querelles entre Québec et Ottawa.
Pauvre Mario Dumont. Même s’il est habitué à une carrière politique qui s’apparente à une randonnée sur des montagnes russes, il doit être découragé. Lui qui rêve de devenir premier ministre, il est pris au piège en devant composer avec le rôle de l’opposition officielle tout en réalisant qu’il est entouré d’une gang d’amateurs. La prochaine campagne électorale sera pénible: comment s’y prendra-t-il pour conserver les acquis et demander à plusieurs députés de laisser leur siège pour faire place à des candidats vedettes? Ça sera la guerre de tranchée. Ma prédiction pour l’ADQ: retour à 2003.
Les québécois ne semblent pas être prêts pour encourager l’arrivée d’un parti de gauche à l’assemblée nationale. La classe moyenne et les gens défavorisés ne s’identifient pas à Québec solidaire. Alors qu’en Europe ces partis ont leur place sur l’échiquier politique, Qs est incapable de grimper dans les sondages. Françoise David et Amir Khadir auront besoin d’appuis extraordinaires lors de la prochaine campagne électorale. Est-ce que les intellectuels et les syndicats sortiront de leur mutisme? Si on en croit la récente annonce de Victor Lévy-Beaulieu, la primauté de la question nationale vient brouiller l’importance pour le Québec de se doter d’un parti qui se veut le représentant des travailleurs. La gauche est prise en otage par le PQ. C’est malsain, très malsain.
Pour ce qui est du Parti Vert, c’est tout un phénomène. Populaire par sa couleur et son identification naturelle à LA préoccupation de l’heure, le PVQ vient brouiller les cartes. Dommage que ses dirigeants refusent une alliance avec Qs. Nous aurons l’occasion de voir si Scott MacKay sera en mesure de confimer la sympathie des électeurs en décrochant la circonscription de Bourget aux partielles du 18 mai prochain. Je suis personnellement déçu que Qs et les Verts n’aient pas trouvé un terrain d’entente pour leurs stratégies associées à ce comté et à celui de Hull. On peut toujours espérer un rapprochement pour les prochaines élections générales.
Si le climat politique continue sur cette voie, il est fort à parier que nous retournerons vers un gouvernement libéral majoritaire. Ça coincidera avec l’arrivée de nouveaux concepts de partenariats avec le privé: Rockland MD aura la voie libre pour prendre de l’expansion et on proposera - avec la complicité de l’Institut Économique de Montréal - la privatisation des infrastructures (routes, aqueduc, électricité, édifices gouvernementaux, etc.). C’est Papa Desmarais qui va être content car ses efforts pour convaincre M. Charest de prendre le leadership du PLQ lui rendront les dividendes espérées. Je serais prêt à gager que la compagnie Suez devienne plus active sur le marché québécois. Les installations de traitement des eaux usées de Halifax Bay ne sont que le début de ses activités canadiennes…
Je ne suis pas un grand fan de l’émission “Il va y avoir du sport”. Je ne passe pas beaucoup de temps devant le téléviseur de toutes façons. Mais je ne voulais pas manquer l’épisode d’hier soir à Télé-Québec car on y présentait un “débat” qui a suscité mon intérêt: “la gauche est-elle démodée?”.
Dans le coin gauche, le professeur en économie à l’UQAM, Gabriel Sainte-Marie, me rappelait ces animateurs d’assemblées de cuisine des années 70. Des phrases chocs, des clichés, et il s’est fait “ramassé” lorsqu’il a parlé du problème des hypothèques aux États-Unis. M. Sainte-Marie est probablement plus doué à l’écriture qu’aux discours… Amir Khadir n’était pas à la hauteur, loin de sa performance à “Tout le monde en parle” l’an dernier. Les deux pugilistes de gauche n’ont pas été en mesure de bien affronter leurs adversaires, incapables d’adapter leurs répliques. Les arguments étaient faibles, manquaient de profondeur et rataient la cible la plupart du temps.
De leur côté, les représentants de la droite démontraient un certain calme. La stratégie de Michel Kelly-Gagnon du Conseil du Patronat a bien fonctionné, signe d’un homme d’affaires qui a l’expérience des débats et des discours. Il s’est montré ouvert au courant de gauche en suggérant que ce mouvement se modernise et s’adapte aux réalités du marché. Signe des temps, il a utilisé les pays scandinaves comme exemple et a essayé de déstabiliser ses adversaires. Je crois que ça a fonctionné. De son côté, Martin Masse était également bien préparé et il n’avait aucun problème à défendre les idéaux de la droite économique et même de la droite politique, ce qui est assez rare ici au Québec.
Michel Kelly-Gagnon a soulevé un point intéressant: la gauche devrait peut-être songer à modifier son approche. Sans être obligés de diluer leur discours, les représentants de la gauche devraient sans doute se questionner sur la portée de leur message et de sa perception. Raffiner les arguments, les ramener un peu plus près des préoccupations des citoyens sans tomber dans le populisme et la démagogie… c’est possible. Certaines personnalités publiques adhérant aux idées progressistes en sont capables. Amir Khadir et Gabriel Sainte-Marie n’y sont pas parvenu hier soir.
Par exemple, la gauche aurait pu leur rappeler que c’est le privé qui est parfois “interventionniste”. Depuis les années trente, des services publics ont été repris par les gouvernements parce qu’ils étaient presqu’inexistants ou défaillants… Entres autres, maintenant que les services de santé sont universels et gratuits, que les hôpitaux et structures sont bien en place, c’est le privé qui veut s’en accaparer. Les tenants de la gauche ne veulent pas nationaliser tout ce qui est lucratif, c’est plutôt le contraire. C’est ce genre d’argument qui aurait pu être lancé hier soir…
Comme Dan Bigras avait le dernier mot, sans droit de réplique de la part des invités, c’est lui qui a sauvé les meubles! Avec son style habituel, il a parlé avec ses trippes. Il a su défendre, en quelques phrases bien ficelées, les préoccupations de la gauche et a présenté quelques solides arguments. Ce que Khadir et Sainte-Marie n’ont pas été capables de faire.
Vive les riches, à bas les pauvres! En fait, c’est comme si tout le mode acceptait l’ordre capitaliste, l’économie de marché et la démocratie représentative comme des données aussi objectives qu’incontestables, à un point tel que certains se demandent même s’il y a encore une place pour la gauche sur notre échiquier politique. Dans ce contexte, la redistribution de la richesse et les politiques sociales apparaissent comme des fictions nostalgiques; plus encore, elles semblent être l’origine de tous les maux, des freins au changement et à la prospérité.
Pourtant, ici comme ailleurs, il y a des ghettos de la misère, des forteresses de chômage, des démunis en nombre croissant… Chez nous, la situation se complique dans la mesure où la gauche a été associée au projet souverainiste. Dans un Québec peureux, frileux, viscéralement centriste qui peine à discerner sa droite de sa gauche, nous nous demandons si la gauche est démodée. Avec comme panélistes : Martin Masse, directeur du Québécois libre, et Michel Kelly-Gagnon, président du Conseil du patronat du Québec; Amir Khadir, porte-parole de Québec Solidaire, et Gabriel Sainte-Marie, économiste à la Chaire d’études socio-économiques de l’UQAM.
Comme plusieurs âmes solitaires qui n’avaient pas trouvé d’occasion pour sauter vers 2008, j’ai décidé hier soir de passer une petite soirée familiale devant le petit écran. Radio-Canada proposait quand même une programmation intéressante mettant en vedette ses meilleurs satiristes : Gérard D. Laflaque, Infoman et RBO.
J’ai également accepté la proposition des enfants de regarder la dernière émission de La Fureur diffusée en direct de Québec à vingt heures. Je ne suis pas un grand fervent de ce genre d’émission mais je me suis dit qu’une heure de karaoke familial contribuerait peut-être à installer une ambiance de fête dans notre modeste demeure.
Lorsque le chanteur Alain François a interprété son succès « C’est pour quand la coupe Stanley? », j’ai d’abord ressenti un petit malaise… Des figurants sont apparus sur la scène vêtus de chandails du Canadien. Je me suis dit que la foule présente au Palais de la Jeunesse ne la trouverait pas très drôle… Des amis de Québec m’ont souvent répété qu’ils en avaient marre de Radio-Canada et de sa polarisation sur le marché de Montréal… J’étais mal à l’aise devant ce qui me semblait être une erreur de scénarisation…
Je me suis trompé… Quelques secondes plus tard la foule est en extase devant l’apparition des danseurs arborant l’uniforme des défunts Nordiques. C’est l’euphorie dans la salle… Et on en remet encore : des participants arborent les couleurs des Remparts de Québec! Je suis heureux de constater que l’équipe de réalisation de l’émission ait porté une attention particulière au public de la capitale nationale. Pour une rare fois, Radio-Canada prenait soin de séduire les téléspectateurs de Québec.
J’ai toutefois compris l’arnaque de ce geste lorsque Véronique Cloutier a pris la parole à la fin du numéro. Elle a remercié de façon presque royale Josée Verner pour son implication dans ce projet qui a permis de monter la dernière émission de La Fureur à Québec. Je n’avais pas remarqué que Le Soleil l’avait déjà annoncé en novembre dernier : c’est madame Verner qui a eu l’idée et elle y contribuait personnellement depuis plusieurs mois. Son ministère du Patrimoine y a même injecté $300,000… Le Parti Conservateur vient de marquer des points dans la région de Québec en se servant de l’argent des contribuables… J’entend déjà les gens de Québec nous dire qu’avec les conservateurs, la vieille capitale occupera un peu plus de place. Quand on est écoeurés d’entendre parler des intellectuels du Plateau…
Une autre chose m’a également surpris pendant la deuxième partie de la soirée : est-ce que Radio-Canada a exigé d’appliquer les règles du débat des chefs aux émissions de Laflaque, Infoman et RBO? On s’est bien payé la tête de Charest, Dumont et Marois… mais aucun clin d’œil à Françoise David, Amir Khadir ou Scott McKay. Pourtant, comme l’ont prouvé les Zappartistes, il n’est pas très difficile de lancer quelques blagues sur ces deux formations politiques!
Comme c’est la tradition, après le Bye Bye, les gens célèbrent l’arrivée du nouvel an et se remémorent déjà les bons moments de la soirée et des discussions intéressantes peuvent en découler. Peu de chance qu’on parle de Québec solidaire et du Parti Vert en sablant le champagne. Ils n’ont pas de sièges à l’Assemblée Nationale, que voulez-vous!
La version originale de cet article a été publié sur Un Homme En Colère le 1er janvier 2008. Photo: ChrisIrmo - Flickr