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Julie Couillard et le cynisme politique

Publié par lutopium sur 1 juin 2008

On croyait que le spectacle donné par la commission Gomery donnerait la leçon aux politiciens et aux organisateurs politiques.  Comme beaucoup de québécois et canadiens, j’étais convaincu que la vie politique serait un peu plus calme, voire dénudée de ses scandales après le départ de Jean Chrétien et de Paul Martin.  Pendant un moment j’ai cru au sérieux des nouveaux arrivants qui semblaient déterminés à imposer une bonne gestion des finances, des attributions de contrats en règle, et une tonne de bonnes intentions…  Ai-je également le souvenir de conservateurs arrogants envers les journalistes et les fonctionnaires, exigeant la saine gouvernance des institutions politiques et de l’appareil gouvernemental?  Les nouveaux conservateurs canadiens, rejetons du parti de la réforme, grands défenseurs des droits familiaux et des libertés individuelles sont-ils en train de réaliser que l’ambition personnelle, les fausses raisons et même la corruption sont toujours attirés par le pouvoir, peu importe la couleur du parti?

Je lisais Martin Masse sur son blogue Le Québécois Libre qui décide de prendre la défense de Maxime Bernier - peut-être inspiré d’un sentiment de confrèrerie iedmiste - en nous rappelant que certains considèrent qu’il a été un bon ministre de l’Industrie.  Que grâce à lui, l’industrie de la téléphonie est maintenant plus concurrentielle et profite aux consommateurs.  C’est bien peu devant toutes les gaffes qu’il a accumulé comme ministre des Affaires Extérieures.  Non, on ne peut excuser une série de maladresses comme l’affaire du Jos Louis, se tromper sur le nom d’un président, un manque de vigilence flagrant sur son entourage immédiat ou en s’impliquant dans les affaires internes de l’Afghanistan comme un amateur.  C’est peut-être un gars fort sympathique et compétent dans certains domaines mais il doit maintenant avouer qu’il aurait pu faire mieux.  S’il ne se sentait pas à l’aise avec la diplomatie internationale, il se devait d’en informer Stephen Harper.  Si M. Bernier a pensé à le faire, le blâme revient également au premier ministre, même si l’intention était de séduire les québécois.

Messieurs les politiciens, svp remettez un peu d’ordre dans la cabane.  Les citoyens commencent à en avoir ras le bol de cette politicaillerie.  Vous nous demandez d’être plus productifs, mieux organisés et plus respectueux…  Montrez l’exemple!  Reprenez vos esprits.  Vous avez tout l’été devant vous!

Photo: andertoons - Flickr

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Le diamant du nil

Publié par lutopium sur 25 mars 2008

Je sais, les lieux géographiques doivent normalement respecter les règles de la langue française et la première lettre du nom doit utiliser la majuscule.  Je reconnais également que ce film n’était pas à la hauteur de son prédécesseur « À la poursuite du diamant vert ».  Mais, que voulez-vous, j’ai décidé de me permettre cet écart de language suite à la parution du billet du député de Marguerite-d’Youville sur le site du journal citoyen Cents Papiers.

Le jeune député adéquiste nous a confié qu’il espère que « son élection redonnera confiance aux jeunes dans le politique ».  Certes, il apporte de bons arguments - que nous avons entendu auparavant et ailleurs - qui nous expliquent un peu pourquoi les jeunes ne s’impliquent pas dans les partis politiques.  On ne peut pas contredire le fait que les jeunes se sentent plutôt interpellés par les luttes environnementales, les manifestations contre la guerre, la solidarité internationale, les enjeux humanitaires et autres nobles causes.  Quant à moi, rien de nouveau dans ces constatations.  Je me rappelle des « rallyes pour le tiers-monde » et des manifestations contre le nucléaire dans les années 70 et 80, ces évènements étaient beaucoup plus populaires que les congrès annuels des partis politiques.  Quand on se retrouve à la fin de l’adolescence, on rêve d’un monde meilleur, de changements extraordinaires, d’une grande fête universelle…

Celui qui détient le record du plus jeune membre de l’Assemblée Nationale du Québec aurait pu consulter l’étude publiée par Élections Canada qui tente d’expliquer pourquoi tant de citoyens s’abstiennent de voter.  Voici quelques raisons qui ont été soulevées par les répondants à ce sondage réalisé en 2003:

Les jeunes sont cyniques ou désenchantés de la politique, dégoûtés « des fausses promesses, de la malhonnêteté, de l’hypocrisie, de la corruption et du négativisme » qui caractériseraient la vie politique, et réfractaires à participer à un exercice « inutile ».

Ils manquent de confiance envers les candidats, les partis ou le gouvernement, ou n’aiment simplement pas ce qui se fait (ou ne se fait pas) en politique.

Après avoir vu défiler les accusés de la commission Gomery au petit écran, constaté que certains chefs de partis reçoivent des rénumérations doûteuses et appris que de hauts-fonctionnaires vivent comme des pachas, il n’est pas surprenant que les jeunes sont de plus en plus cyniques face au monde politique. On s’entend pour dire que ça rejoint la majorité de la population, peu importe l’âge!

En ce qui concerne les raisons qu’ils l’ont amené à s’impliquer dans un parti politique, je ne comprend pas pourquoi M. Diamond n’a pas mentionné - comme il l’avait fait lors de son passage à Bons Baiser de France l’an dernier - que son père était activement impliqué en politique, ce qui l’a probablement encouragé à joindre les jeunesses adéquistes alors qu’il n’avait que 16 ans.  Comment peut-il prétendre que « la population de Marguerite-D’Youville a su faire abstraction de son âge et lui faire confiance » alors que son élection est sans aucun doute reliée à l’insatisfaction générale de la population envers les politiciens et à un vote de contestation transmis vers Mario Dumont et sa formation politique?

Malgré son inexpérience et son jeune âge, M. Diamond démontre cependant de réelles capacités à devenir un politicien chevronné (…) et un personnage fort ambitieux.  Avant d’en arriver là, il lui faudra cependant investir des énergies considérables pour conserver son siège aux prochaines élections.  Dans la circonscription qu’il représente, l’ADQ y a récolté l’an dernier deux fois plus de votes qu’à l’élection générale de 2003.  Historiquement, les circonscriptions de cette région de la rive-sud de Montréal sont des endroits où les péquistes et les libéraux se partagent le pouvoir, selon l’humeur de la population.  Suite aux résultats des derniers sondages et des récentes performances de l’ADQ, sans oublier l’arrivée de Mme Monique Richard comme candidate du PQ sans son comté, la lutte pour le maintien au pouvoir s’annonce très difficile pour M. Diamond et l’ADQ.

Maintenant, s’il désire réellement que les jeunes de sa génération reprennent le goût du politique, il devra convaincre son chef de démontrer qu’un politicien peut être honnête et proche des préoccupations des citoyens.  Retrait des troupes canadiennes de l’Afghanistan, gratuité scolaire, réforme du mode de scrutin, démocratie participative et transparence de la rénumération du chef de l’opposition, ça vous dit quelque chose?

En passant, j’ai appris qu’en informatique, « nil » est utilisé pour désigner la liste vide qui joue le même rôle commode pour les listes que le zéro pour les entiers… 

Cet article est paru sur Un Homme En Colère le 21 mars dernier et sur Cent Papiers le 23 mars. Des commentaires additionnels peuvent y être consultés.  Photo: François Lafite, Flickr

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L’OTAN doit se retirer de l’Afghanistan

Publié par lutopium sur 22 février 2008

La semaine dernière, la rumeur d’élections fédérales commençait à être de plus en plus forte et le gouvernement de Stephen Harper démontrait un grand intérêt à perdre un vote de confiance qui permettrait de déclencher le processus. Les libéraux n’ont pas eu le courage d’affronter les conservateurs sur la question de l’Afghanistan, préférant annoncer qu’ils voteront contre le budget, prévu pour le 26 février prochain.

La veille, la Chambre des Communes sera donc appelée à voter sur une motion du Parti Conservateur concernant la poursuite de la présence militaire canadienne en Afghanistan. Cette proposition, qui sera sans doute modifiée pour répondre aux propositions des libéraux, ne change en rien la vraie mission du Canada - allié de l’OTAN – chargé de télégraphier les ordres du Pentagone vers ce pays lointain, endroit stratégique du globe où les américains doivent absolument faire sentir leur présence aux russes, aux iraniens et, bien sûr, aux chinois. C’est un rôle essentiellement militaire et politique que l’état-major canadien, actuellement en parfaite symbiose avec l’exécutif du parlement, est appelé à jouer dans ce pays envahi par les Etats-Unis. Comme le précise l’analyse de Guy Charron :

« D’un côté, les soldats sont utilisés comme chair à canon pour obtenir le respect que l’on donne au « prix du sang » dans les instances dirigeantes mondiales, avec d’immenses coûts pour la population civile afghane, y compris la subjugation économique et politique de leur pays. De l’autre, le Canada déploie une équipe ayant des pouvoirs similaires à ceux de ministres auprès du gouvernement Karzaï pour influencer et modeler la région en accord avec ses intérêts stratégiques fondamentaux. »

En moins de deux ans de pouvoir, il est peu probable que les conservateurs aient eu le temps de mettre au point des politiques extérieures aussi détaillées… Les américains sont sûrement dans le coup. Selon certains journalistes, les États-Unis ne tiennent pas vraiment à demeurer en Afghanistan. Un gouvernement fantoche ferait très bien l’affaire. Les américains veulent cependant paralyser les talibans et l’insurrection avant de plier bagages. L’OTAN fera très bien l’affaire… Les intérêts économiques entrent en jeu, les possibilités d’affaires se précisent. Ça allume les conservateurs et leurs amis des chambres de commarce…

Cette guerre n’est pas légale. Les États-Unis ont envahi l’Afghanistan pour prouver à la planète qu’ils étaient encore la plus grande puissance mondiale. Le Canada a décidé d’y participer et l’opposition n’était pas aussi grande qu’elle l’est aujourd’hui, un peu par solidarité à nos voisins du sud dont on ressentait le chagrin du moment. Aujourd’hui, la très grande majorité des sondages confirment que les citoyens canadiens sont contre la mission de guerre actuellement en cours mais qu’ils endossent la présence militaire, à condition que ce soit pour participer à la reconstruction du pays et assurer une vie paisible pour les afghans.

Les deux aspirants au poste de premier ministre sont incapables de prouver aux canadiens qu’ils respectent l’opinion publique. Comment peut-on parler de démocratie si les politiciens ne sont pas en mesure de modifier la nature de leur présence en Afghanistan afin de rejoindre les vrais traditions canadiennes en matière de politique étrangère? Avec un peu de courage et de créativité, on pourrait exiger le remplacement des troupes de l’OTAN par une délégation de casques bleus de l’ONU, ce qui contribuerait certainement à calmer la violence, causée principalement par la présence américaine en sol afghan. Le Canada pourrait alors être en charge de la mission de l’ONU et ainsi contribuer à la vraie reconstruction de ce pays dévasté par des années de conflits militaires… Encore aujourd’hui, l’armée américaine est celle qui a le plus important effectif avec 15,000 soldats. Le peuple afghan ne fait pas confiance aux américains. Il est impossible d’apporter la stabilité et la paix dans ce pays tant que nous serons perçus comme l’envahisseur.

Le sondage Léger d’aujourd’hui annonce que tout est possible pour les libéraux. Dion semble être prêt pour une campagne électorale. Son avenir politique se jouera donc plus tôt que prévu. S’il n’obtient pas au moins un gouvernement minoritaire libéral, il est foutu et le prochain chef arrivera très vite… Tout semble annoncer qu’il jouera la même carte que le parti conservateur en ce qui concerne l’Afghanistan. Il est essentiel que Jack Layton et Gilles Duceppe soulèvent sérieusement ce débat afin d’éviter que le prochain gouvernement appuie aveuglément les américains dans leurs visions impérialistes. Nous devrons être assurés que le Canada – et le Québec – soient encore perçus comme des peuples pacifiques, qui désirent sincèrement aider les citoyens de ce pays dévasté.

Cet article a été publié sur Un Homme en Colère le 15 février 2008 et sur Cent Papiers le 18 février 2007

Photo : Jayel Aheram – flickr

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Le redresseur de situations

Publié par lutopium sur 30 janvier 2008

Je suis honorable. Je le suis depuis 1992, lorsque Sa Majesté m’a en octroyé les droits et les avantages. Je ne comprend par pourquoi les gens ont été surpris l’automne dernier, lorsque le Premier Ministre m’a invité en m’interpellant comme le Compagnon de l’Ordre…

Pourtant, tous doivent se rappeler que mes Maîtres m’ont octroyé mon honorabilité suite à plusieurs années investies dans leur intérêt, autant comme greffier du Conseil Privé ou grand patron des fonctionnaires de l’État. Ma loyauté et ma détermination ont été récompensées par un autre honorable – très honorable apparemment - qui a su souligner « l’œuvre de toute une vie et le mérite exceptionnel pour avoir apporté une contribution extraordinaire au royaume et au bien de l’humanité. » Il ne faut jamais oublier que sous le règne de mes Maîtres, le royaume a courageusement participé à la guerre du golfe et à l’accord dit de Charlottetown… Avez-vous déjà oublié?

Lorsque Sa Majesté nous a permis de commercer librement avec le royaume du sud, mes Maîtres m’ont demandé de créer de la richesse en vendant un morceau du patrimoine. Tous les nobles du royaume étaient emballés par l’idée et ils m’ont promis leur plus grand support. La privatisation du chemin de fer fut un énorme succès, applaudie sur toutes les tribunes. Certes, il s’y perdit des milliers d’emplois, mais c’est le prix à payer pour permettre la croissance du royaume. Tous étaient d’accord après tout, sauf les gauchistes et les syndicaleux… Même le Prince d’un des territoires de l’empire, vous savez, ce grand espace où l’on parle une autre langue, a vanté le traité que nous voulions signer avec nos voisins du sud afin de faciliter le commerce. Les démocrates de l’époque, y compris ceux de nos voisins, ont tous endossés ce nouveau pacte de liberté économique, porteur de croissance et de richesse…

Suite à ce grandiose spectacle financier, on m’a interpellé afin de contribuer à la croissance d’une industrie qui devait accroître ses revenus et prioriser ses initiatives. Après avoir brisé l’entreprise en deux nouvelles entités, fermé sept usines et effacé plus de six mille emplois, deux grands symboles patriotiques firent leur apparition. J’ai contribué à redorer l’image d’un manufacturier de motoneiges et d’un autre, expert dans la fabrication de trains et d’avions. Une image de marque pour des jouets motorisés et une renommée internationale pour l’industrie du transport. Mes Maîtres et mes nobles amis furent encore une fois étonnés par mes capacités. J’ai du quitter - suite à quelques divergences d’opinion, mais ils ont promis de me donner quand même mille dollars par jour et ce, jusqu’à ma mort, en remerciements et en témoignage de leur générosité…

Mon expertise et mon « savoir faire » m’ont permis de sièger sur d’autres conseils, publics cette fois, mais assez privés pour me permettre de songer secrètement à vendre d’autres trésors patrimoniaux. Nous pouvions maintenant songer sérieusement à permettre aux plus puissants Princes de la planète de prendre possession de la « belle » compagnie de téléphone et du plus grand joyau de notre territoire : les alumineries.

Ai-je besoin de rappeler que j’ai continuellement contribué au progrès de nos terres et au-delà? J’ai fièrement siégé au Conseil de l’unité du royaume et présidé un Comité de coopération avec nos cousins continentaux…

Et comme j’ai prouvé à maintes reprises que je n’avais d’autre ambition que de contribuer à l’enrichissement de mes nobles confrères, qu’ils soient de notre royaume ou d’un autre, on me demanda alors de donner mon opinion sur le rôle que devait jouer l’armée de Sa Majesté dans cette grande guerre, celle contre les terroristes et les damnés. Dois-je répéter que je suis honorable et que je ne recherche que le bonheur de mes Maîtres et de mes nobles amis? Je leur ai donc recommandé de bien terminer le travail qu’ils avaient commencé.

Une guerre et une reconstruction. Des milliards de dollars disponibles aux nobles du royaume et de la planète entière. Noble cause et opportunités, le mariage parfait.

Je suis un expert. N’en doutez point. Je m’appelle Paul Tellier. I am Canadian, et je suis honorable.

La version originale de cet article a été publié sur Un Homme En Colère le 25 janvier 2008

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