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De la parole aux actes

Posté par lutopium le 11 juin 2009

C’est à mon tour de vous dire « à la prochaine ». Comme bien d’autres blogueurs avant moi, j’ai décidé de ranger ma plume et de passer à autre chose. Lorsque j’ai démarré mon modeste blogue en décembre 2007, je m’étais donné comme mission de dénoncer la droite politique, l’influence du monde des affaires dans notre démocratie et les affairistes qui se servent du monde politique pour satisfaire leurs ambitions personnelles. Avec la disparition de l’ADQ et du Parti Conservateur au cours des prochains mois, on peut dire qu’une partie de la bataille est gagnée.

Nous sommes en pleine crise économique, spectateurs d’un système qui ne fonctionne plus et nous sommes témoins – à tous les jours, de la corruption et des conflits d’intérêts qui rongent nos institutions démocratiques. Mensonges permanents à Ottawa, conflits d’intérêts à Québec, tricheries à Montréal et Laval… toutes ces histoires semblent sans fin. Comme je le mentionnais la semaine dernière, il est impératif que les citoyens s’accaparent une partie du pouvoir afin d’équilibrer les forces en présence. Aujourd’hui, comme hier, il est évident que les gens d’affaires et leurs chambres de commerce prennent trop de place au sein de la machine gouvernementale. Le monde ordinaire doit s’impliquer. C’est son devoir.

J’ai donc décidé de donner un coup de pouce à un parti de citoyens qui se présentera aux élections municipales de l’automne prochain. Le pouvoir municipal est accessible dans bien des villes du Québec. Plus difficile pour les magnats de la presse québécoise de contrôler les résultats électoraux dans la plupart de nos villes… J’ai également accepté de m’impliquer un peu plus dans un Conseil d’établissement d’une école secondaire et de participer à un projet de rapprochement entre l’école et les citoyens. Cette école a perdu son âme, victime de la popularité des écoles privées et du désintéressement de la communauté. Les écoles secondaires doivent reprendre leur place dans l’espace citoyen et les élèves ne demandent que de participer à des initiatives communautaires et écologiques… Redonner un peu de fierté aux étudiants pourrait contribuer à réduire le décrochage scolaire, qui sait?

Les citoyens de la Nouvelle-Écosse viennent de se débarraser des conservateurs en élisant un gouvernement néodémocrate majoritaire. Une première à l’est de l’Ontario. Le Québec peut en faire autant. Il faut se relever les manches. Je vous y invite.

Avant de vous quitter, j’aimerais vous remercier chaleureusement pour avoir pris le temps de me lire pendant cette année et demie. Et pour vos merveilleux commentaires. Chaleureux mercis à Pierre et la gang des 7 du Québec. Un remerciement spécial à Jimmy, Renart et Louis pour les encouragements du début et la belle aventure d’Un Homme en Colère. Un dernier merci va à Carl Boileau, j’aurais bien aimé participer plus activement dans son nouveau blogue collectif Voix de Gauche. Plus tard, sait-on jamais.

J’ai souvent plein d’idées en tête sans toujours trouver les bons mots. Je vous suggère ce billet paru dans Le Devoir samedi dernier. Il frappe dans le mille le type.

Illustration: Marcos Papapopolus – Flickr

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L’accès au pouvoir

Posté par lutopium le 4 juin 2009

Ce billet est publié simultanément sur le blogue collectif “Les 7 du Québec”. Vous êtes invités à laisser vos commentaires sur ce site.

« Sous les fleurs, qui représentent l’image fausse derrière laquelle nos dirigeants se cachent, on trouve plein de serpents, qui correspondent à toute cette corruption qui nous entoure, au manque d’éthique et au copinage politique » – Yann Perreau

Je suis toujours persuadé que le scandale des commandites est directement responsable du désintéressement des québécois face à la politique. Cet événement a enfoncé le dernier clou dans le cercueil du cynisme politique. À mon avis, l’écoeurement des citoyens face au pouvoir politique explique en grande partie le pourcentage élevé d’abstention aux dernières élections provinciales. Les gens sont désabusés des politiciens. Après avoir douté de leur honnêteté et leur authenticité, un grand nombre de québécois sont maintenant convaincus que, peu importe ce que le citoyen peut penser, le monde politique fera toujours à sa guise, selon ses propres intérêts et ceux de ses proches amis. On croyait qu’ils auraient compris suite aux conclusions de la commission Gomery mais ils se font encore et toujours prendre la main dans le sac: les compteurs d’eau, l’asphalte de Whisseltown, les règles d’éthique modifiées pour le député Pierre Arcand, etc. Pas surprenant que nous soyons désillusionnés…

« Il ne faut pas faire l’autruche. (L)es dons (politiques) ne sont pas gratuits et lient les conseils de ville aux créanciers des partis au pouvoir. Les administrations municipales se menottent elles-mêmes, puis se font dicter la ligne à suivre. En 2003, un élu me révéla avoir été menacé par un entrepreneur, qui l’intima de cesser ses démarches visant à faire modifier les règles d’attribution de contrats, reliés au recyclage des déchets. Quelle fut sa réaction ? Il prit son trou et se tut. L’avenir et la destinée de nos villes échappent aux citoyens et à leurs élus. On ne peut tolérer que la démocratie et la liberté d’expression se fassent bafouer. » – Michel Bédard, Scandales et éthique

On peut le voir à Montréal, à Québec et dans quelques autres grandes villes québécoises, la machine politique professionnelle est très active et semble plus préoccuppée par la profitabilité des membres de la chambre de commerce que les aspirations de monsieur et madame tout-le-monde. Mais ça ne devrait pas empêcher les citoyens de s’impliquer dans les prochaines élections municipales qui auront lieu l’automne prochain. Voilà un palier de gouvernement qui est beaucoup plus accessible aux citoyens que ces mirages de la démocratie que sont l’Assemblée nationale et la Chambre des communes. Le monde ordinaire peut y influencer les décisions qui ont un impact majeur dans sa qualité de vie et sur le genre de « développement » qu’il veut associer à son quotidien. Une ville de Lévis branchée sur ses citoyens et préoccupée par l’environnement n’aurait probablement pas accepté un projet comme Rabaska…

« Chez nous, ce sont le quartier et la municipalité qui constituent les premiers lieux de la démocratie et de la solidarité, ce que j’appelle les premiers lieux identitaires… Redonner la vie municipale aux citoyens constitue le premier pas vers la démocratisation de la démocratie. » – Gil Courtemanche, La Seconde Révolution tranquille

Certaines administrations municipales adhèrent déjà à des idées de « développement durable ». Les décisions prises par les conseils municipaux au cours des prochaines années auront une influence majeure sur la protection de l’environnement, les investissements en transport collectif, la qualité de l’eau, la gestion des déchets, etc… Et il sera beaucoup plus facile d’établir un dialogue permanent entre le conseil de ville et les citoyens. Voilà un bon endroit où nous pouvons enfin tester l’efficience de la démocratie participative.

Peut-être y’a-t-il une organisation politique dans votre municipalité qui a conçu un programme qui rejoint vos préoccupations et qui propose des solutions auxquelles vous adhérez. Les initiatives citoyennes comptent souvent sur de modestes moyens. Donnez un coup de main, elle en a sûrement besoin! Soyez quand même vigilents envers les candidats de la chambre de commerce ou des partis provinciaux…  Et si vous habitez Montréal, ne vous laissez pas décourager par l’arrivée de Louise Harel!

« À la fin de mes jours, j’aimerais partir en sachant que j’aurais fait partie de ceux qui ont semé un peu de beauté et d’espoir, pas juste avec des mots, mais aussi avec des gestes. » – Yann Perreau

Illustration: Joseph M. Fitzsimmons – Flickr. Les citations de Yann Perreau sont tirées d’une entrevue qu’il a accordé au magazine L’Itinéraire.

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Touches pas à ma retraite!

Posté par lutopium le 21 mai 2009

Ce billet est publié simultanément sur le blogue collectif “Les 7 du Québec”. Vous êtes invités à laisser vos commentaires sur ce site.

Il me semble que la très grande majorité des québécois espèrent prendre leur retraite vers l’âge de 65 ans afin de profiter de quelques années de repos et investir leur temps comme bon leur semble. Je n’ai jamais entendu quiconque proposer que ce concept soit aboli et qu’on soit forcé de travailler jusqu’à la fin de nos jours. Évidemment, les autonomistes et les libertariens nous diront que les gouvernements n’ont rien à voir avec un tel système, que les gens peuvent se débrouiller tout seuls et avoir une confiance inébranlable envers nos financiers modernes pour leur assurer un revenu « décent » à la retraite… On voit ce que ça donne lorsqu’un gouvernement libéral exige que l’instance qui est responsable de protéger les avoirs de sa population se tourne vers un modèle spéculatif où l’erreur est banalisée et les résultats à la merci des lois naturelles du marché.

Administré par la Régie des Rentes, le système québécois est ce qui se rapproche le plus d’un revenu de citoyenneté. Même s’il ne parvient pas à combler les besoins essentiels et enrayer la pauvreté, le régime québécois, par exemple, permet aux citoyens qui ont gagné un salaire moyen (environ $30,000 aujourd’hui) tout au long de leur vie active de toucher une rente annuelle d’environ $18,000. Ce montant inclut le programme canadien de la sécurité de la vieillesse et le supplément de revenu garanti. Idéalement, la rente annuelle devrait être supérieure au seuil de la pauvreté mais le concept demeure une mesure essentielle.

Évidemment, les plus fortunés d’entre nous toucheront des revenus en provenance de placements privés et d’autres auront accès à un fonds de pension relié à leur emploi. Cependant, on le voit depuis quelques mois, la spéculation boursière, le manque de rigueur et la déresponsabilisation des entreprises face aux caisses de retraite n’est pas très rassurant pour les travailleurs qui aspirent à une vie « décente » lorsque le temps aura enfin sonné. Si on se fie au chroniqueur Claude Chiasson du Devoir, cette décence se chiffre à $60,000 par année et l’on doit avoir accumulé une fortune de plus de $300,000 pour y accéder.

Nos aristocrates québécois n’hésitent pas à se voter des fonds de retraite douillets afin d’assurer leur capacité à conserver leur mode de vie luxueux tout en protégeant leur héritage familial. Certains d’entre eux ont accumulé différentes sources de revenus en passant par la vie publique (hauts fonctionnaires, députés, ministres) et par l’entreprise privée. Il est fort probable que le nouveau président de la Caisse de dépôt du Québec ait droit à des chèques du Gouvernement du Canada, du Canadien National et de Bell Canada. Pas surprenant que M. Sabia se soit enduit de noblesse en refusant la pension annuelle de $235,000 de son nouvel employeur…

Le Gouvernement du Québec et la Caisse de dépôt ont la responsabilité de sécuriser la caisse de retraite des québécois et de permettre à tous les citoyens de recevoir une rente qui leur permettra de subvenir à leurs besoins essentiels. La nonchalance de certains pourraient forcer l’état à repousser l’âge de la retraite à 67 ans. Les québécois n’ont pas seulement perdu 40 milliards, ils ont perdu deux ans de repos. Pendant ce temps, nos aristocrates versent une petite larme et jouent au golf. Dans leur club privé

Photo: Linda Z. – Flickr

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Liberté de conscience

Posté par lutopium le 14 mai 2009

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Cette semaine au Québec, deux évènements qui n’ont aucun lien mais qui utilisent le même principe pour défendre leurs positions: la liberté de conscience. Tout d’abord, le début de ce procès qui vise à rendre inconstitutionnel le nouveau cours sur l’éthique et la culture religieuse (ECR) et la résolution des membres de la Fédération des Femmes du Québec (FFQ) en ce qui concerne le port de symboles religieux pour les travailleurs et travailleuses de la fonction publique.

En ce qui concerne l’opposition au cours sur l’ECR, je n’en reviens toujours pas. D’emblée, je dois avouer que je suis agnostique et que les dogmes et l’approche monothéiste me laissent complètement indifférent. Cependant, j’ai toujours cru bon que mes deux enfants soient « exposés » au phénomène des religions et de la spiritualité, qu’elles découvrent par elles-mêmes ces mystères de la vie humaine et qu’elles choisissent leur propre cheminement. Évidemment, avant l’arrivée de l’adolescence, l’intérêt des enfants pour le phénomène religieux est, plus souvent qu’autrement, associé à la fête et aux cadeaux. Et vive le Père Noël et le Lapin de Pâques.

Les parents de la région de Drummondville qui ont porté leur opposition au palais de justice, appuyés par la Coalition pour la liberté en éducation, utilisent la clause de « liberté de conscience » afin de prouver le bien-fondé de leurs revendications. Quelle approche paradoxale! Chers parents évangélistes, ne me parlez pas de liberté de conscience si vous refusez aux enfants l’opportunité d’apprendre sur les autres dogmes de la planète… Soyez conscients que votre approche médiévale ne servira qu’à renforcer ce repli-sur-soi qui alimente la ségrégation et la méfiance des autres. Nos amis de l’ADQ et du Parti Conservateur seront probablement tentés de courtiser ces parents… Car, ce qui semble être un des éléments déclencheurs de cette inititative, c’est la sacro-sainte Autonomie et le rejet d’un ministère de l’Éducation qui conçoit les programmes scolaires. Si la Cour permettait aux parents de retirer leurs enfants du cours ECR, elle leur donnerait du même coup le droit de ne pas assister aux cours d’histoire. Ça leur permettrait d’endoctriner leurs enfants avec la théorie du créationnisme.

La défense des droits religieux est donc à la mode ces temps-ci. Que penser de la position surprenante de la FFQ sur l’idée de permettre le port de signes religieux pour les fonctionnaires de l’État? Encore une fois, l’importance qu’on donne à ces symboles me laisse complètement indifférent. Vous désirez porter un crucifix, un hijab ou un kirpan pour démontrer votre soumission aux Écritures? C’est votre décision. Cependant, si votre emploi exige une certaine « neutralité », je crois que vous devriez faire preuve d’un peu d’humilité.

La FFQ se veut avant tout un organisme qui fait la promotion de l’égalité des femmes et des hommes. Elle doit choisir entre un appui envers la liberté fondamentale des femmes ou leur soumission envers leurs époux. Les femmes musulmanes qui luttent contre l’oppression partout dans le monde veulent se détacher de l’emprise des hommes qui utilisent les Écritures, comme bon leur semble, afin d’assurer leur autorité patriarcale sur la famille et la société. On ne peut pas défendre un morceau de tissu, la polygamie ou la répression pour faciliter l’accès à un emploi. Lorsqu’on choisit de venir s’établir au Québec, ou dans toute autre société « moderne », on doit s’attendre à des compromis afin de faciliter notre intégration. Si les femmes-journalistes des pays occidentaux portent le voile lorsqu’elles nous offrent des reportages en provenance des pays musulmans et ce, en respect des traditions en cours dans ces pays, nous sommes en droit de nous attendre que les néoquébécois fassent preuve d’une ouverture similaire lorsqu’ils décident de venir vivre ici avec nous.

Si on suit le raisonnement de la FFQ jusqu’au bout, on pourrait justifier l’utilisation de la violence afin de permettre à un jeune garçon d’accéder à la ligue nationale de hockey…

Il y a une trentaine d’années, nos voisins du sud ont réussi à associer des revendications religieuses au programme politique du Parti Républicain. Serions-nous en train de vivre la naissance d’une droite religieuse qui vise à influencer le pouvoir politique et les choix de société?

Illustration: Frank Benson – Flickr

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L’indigestion des fécules

Posté par lutopium le 7 mai 2009

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Un des signes évidents du vieillissement, c’est la difficulté à digérer certains aliments. Certains d’entre vous seront d’accord pour dire que les fécules peuvent causer des douleurs intolérables. C’est le malaise que j’ai ressenti cette semaine lorsqu’on m’a informé de la publication d’un billet de Joseph Facal dans le Journal de Montréal.  Je me contenterai de ce petit jeu de mots.  Restons polis…

La réaction farfelue de l’ancien ministre péquiste est reliée au manifeste de Québec solidaire « Pour sortir de la crise: dépasser le capitalisme? » qui a été lancé la semaine dernière. Monsieur Facal n’hésite pas à tomber dans les insultes et les imprécisions afin de discréditer l’initiative de Qs. Même si la plupart des médias québécois n’ont eu aucun problème à informer la population sur la publication du manifeste, Monsieur Facal croit que « l’initiative est passée totalement inaperçue ». Le professeur discrédite le travail de Qs en associant ses idées au fascisme et au communisme tout en nous rappelant que Françoise David a milité dans un groupe marxiste-léniniste dans les années soixante-dix. Évidemment, pour un type qui a fait un bac et une maîtrise en sciences politiques, rien n’est plus mystérieux et dangereux qu’un ancien marxiste… Dommage, ça discrédite un grand nombre de personnalités publiques… comme Gilles Duceppe ou le journaliste Alain Dubuc. À moins que tout ça dépende de quel bord vous vous êtes rangé. Vous êtes un ancien maoiste déterminé à faire l’indépendance du Québec? Ça va. Vous êtes un ancien agitateur trostkyste maintenant au service de Maître Desmarais? Bon travail.

Monsieur Facal le prend très personnel. Parce que le manifeste de Qs utilise le terme « Lucides » pour identifier les responsables de la crise économique actuelle, il se sent directement attaqué car, ne l’oublions pas, Monsieur Facal est un des signataires du Manifeste des Lucides publié il y a quelques années, en collaboration avec Lucien Bouchard, André Pratte, Claude Montmarquette et une brochette de ténors de la droite économique québécoise. Dans cet hymne à la liberté économique, les disciples du monde des affaires proposaient le dégel des frais de scolarité, la hausse des tarifs d’électricité, des baisses d’impôts et une plus grande place au privé dans la livraison des services publics. Lucidité, responsabilité et liberté. Amen. On se rappelle que Françoise David avait répondu à l’invitation des lucides en lançant le Manifeste pour un Québec Solidaire, qui proposait des solutions progressistes qui ont finalement reçu un meilleur accueil de la population, tel que le soulignait un sondage CROP et un article d’Alexandre Shields.

Avec la publication de ce nouveau manifeste, Qs suggère de pousser la réflexion un peu plus loin et de remettre en cause certains fondements de notre système économique. Monsieur Facal semble renversé. Pourtant, des centaines d’experts de tous les horizons politiques et économiques proposent essentiellement cette réflexion fondamentale. Est-ce tout simplement une (autre) crise économique ou un système qui supporte mal le modèle néolibéral? Même Nicolas Sarkozy, qui est loin d’être un militant gauchiste, reconnaissait récemment que « le marché qui a toujours raison, c’est fini ». Monsieur Facal remarquera également que « la Chambre des représentants américaine a approuvé (hier) la création d’une commission d’enquête indépendante pour examiner les causes de la crise économique… ». Le problème est majeur Monsieur Facal. Ceci n’est pas un hoquet.

En fait, Monsieur Facal me rappelle la croisade qu’a menée le sénateur américain Joseph McCarthy dans les années cinquante. Le pauvre, il voyait des communistes partout et toute opposition au système capitaliste devait être sévèrement punie. McCarthy et Facal, inquisiteurs au service des Maîtres de la Cité, ont trouvé le clown maléfique de leur époque. Monsieur Facal compare Françoise David et Amir Khadir à Ding et Dong et souhaite leur disparition du paysage politique québécois. De son côté, le sénateur McCarthy a poussé Charlie Chaplin à s’exiler en Suisse suite à des accusations d’activités anti-américaines portées contre lui. La chasse aux sorcières qu’a menée McCarthy était motivée par ce qu’on appelait la « peur rouge », la peur des méchants communistes. Et celle que mène Monsieur Facal, est-elle associée à sa loyauté envers le Parti Québécois ou envers la chambre de commerce?

J’imagine que Monsieur Facal n’est pas très préoccuppé par la crise économique actuelle. Car, même s’il est l’un des grands défenseurs du libre-marché et de la croissance économique, il n’est pas le symbole de l’entrepreneur visionnaire. Après ses études collégiales et universitaires, M. Facal a travaillé pour le PQ, a siégé comme député et il est maintenant professeur aux HEC tout en vendant ses pamphlets à Maître Péladeau. Une belle carrière « publique » d’après ce que je peux constater. Il n’a probablement pas de soucis à se faire en songeant à sa belle retraite dorée qui sera payée entièrement par les fonds publics.

Je me demande bien qui est le clown.

Photo: bettywisse – Flickr

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Où en sommes-nous?

Posté par lutopium le 5 mai 2009

Ce billet est publié simultanément sur le nouveau blogue collectif “Voix de gauche” qui a été lancé le 1er mai dernier. Je vous invite à visiter ce nouveau site qui présente des billets de Louis Préfontaine, Jimmy St-Gelais, Carl Boileau et Francis Lagacé. Bientôt, d’autres chroniqueurs se joindront à cette initiative où les progressistes du Québec se donnent rendez-vous.

Depuis l’apparition du Rassemblement pour l’Indépendance Nationale (RIN) dans les années 60, le moins qu’on puisse dire c’est que la gauche a fait bien du chemin au Québec. Elle s’est naturellement associée au mouvement indépendantiste, elle a permis la naissance d’un nombre incalculable de groupuscules et a été associée au Parti Québécois pendant plus de 25 ans. Cependant, même si les idées progressistes se font sentir un peu partout dans le quotidien, la gauche n’a jamais été en mesure de se tailler une place importante sur l’échiquier politique québécois.

La fusion d’Option Citoyenne et de l’Union des Forces Progressistes (UFP), permettant la naissance de Québec solidaire, est peut-être le signe que la gauche québécoise est prête à se réconcilier et à mettre un peu d’eau dans son vin. Pour une rare fois, plusieurs tendances ont décidé d’unir leur forces et leurs talents pour jouer le jeu électoral, et cette décision a permis l’élection d’Amir Khadir à l’Assemblée Nationale. Et, le moins qu’on puisse dire, c’est que le représentant de Mercier est un député exemplaire, à la hauteur du rôle qu’on lui a confié. Rôle qu’il méritait fort bien d’ailleurs.

Lors d’une table ronde organisée par l’Institut du Nouveau Monde cette semaine, Claude Béland, ancien président du Mouvement Desjardins, lança l’idée que la crise économique actuelle est une opportunité; que les citoyens ont l’occasion de faire entendre haut et fort leur mécontentement face au système économique, qui connaît sa septième crise en 35 ans. Non seulement pouvons-nous exiger des changements majeurs pour nous protéger des ambitions de quelques-uns, mais nous pouvons, et nous devons proposer de nouvelles façons de faire. Inutile de viser l’utopie, des changements peuvent être introduits très rapidement. Il faut croire en la possibilité de changer le monde, ne serait-ce que par de petits gestes.

La grande majorité des québécois ont désavoué les libéraux fédéraux suite au scandale des commandites. La plupart d’entre nous avons refusé la formation d’un gouvernement conservateur. Nous avons également endossé l’élection de Barack Obama et la fin du règne belliqueux de la droite républicaine. Ces jours-ci, les médias nous font voir un gouvernement Charest embourbé dans les conflits d’intérêts et un entêtement excessif envers les partenariats avec l’entreprise privée. C’est une opportunité pour la gauche de dénoncer un monde politique déconnecté du peuple et pour exiger des comptes aux affairistes et aux spéculateurs qui n’hésitent pas à piger dans les fonds publics et les caisses de retraite.

Le néolibéralisme plie les genoux. La porte est grande ouverte à un réel équilibre des forces entre les citoyens, l’état et le monde des affaires. Lors de cette activité de l’INM, Claire Bolduc, de Solidarité rurale, a invité les citoyens à se prendre en main en s’inspirant des combats que mènent les régions du Québec, elles qui vivent une crise économique depuis 10 ans. Contrairement à certaines idées de droite qui circulent ces temps-ci, tous les citoyens ont droit à une vie décente. Je crois qu’il est de notre devoir de s’assurer que tous les québécois aient accès à une éducation de qualité et à des services de santé gratuits, détachés de toute ambition commerciale. Nous avons le choix entre une solidarité qui permet le partage ou une approche individualiste qui favorise, encore une fois, les mieux nantis de notre société.

Photo: Ascarel – Flickr

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Les amis de Monsieur Caire

Posté par lutopium le 26 avril 2009

Nos amis adéquistes ont bien hâte de voir la campagne à la chefferie prendre son envol et espèrent qu’elle provoquera une couverture médiatique propre à ce genre d’évènement. Après les annonces d’Éric Caire et de Christian Lévesque, voilà que Gilles Taillon devrait annoncer sa candidature dès demain.

J’ai vérifié les blogues adéquistes, conservateurs ou tout simplement de droite afin de voir si un consensus s’y développait, si une candidature recevait plus d’appuis qu’une autre. À l’exception de quelques témoignages de sympathie, les blogueurs sont encore timides et semblent vouloir attendre encore un peu avant d’officialiser leurs positions. Certains souhaiteraient l’arrivée d’un Paul-Daniel Muller, d’un Maxime Bernier ou de toute autre personnalité bien connue du public avant de confirmer leur choix. La plupart semblent déçus du fait que les trois candidats actuels ne penchent pas assez vers la droite, les qualifiant parfois d’interventionnistes ou de sociaux-démocrates révisionnistes.

Si aucune autre candidature ne se concrétise au cours des prochaines semaines, la lutte qui se dessine déjà entre les équipes d’Éric Caire et de Gilles Taillon pourraient donner le ton à la campagne à la chefferie. On semble dire que M. Caire est beaucoup plus proche de l’exécutif national et qu’il a beaucoup de « liens naturels » avec l’équipe qui gravitait autrefois autour de Mario Dumont. Chose certaine, les deux équipes semblent être enracinées dans la région de Québec, château-fort du parti où l’énergie militante semble être la plus solide.

Du côté de M. Caire, Richard Merlini et François Benjamin agiront en tant que co-présidents de la campagne. Tous les deux furent députés de l’ADQ dans la cuvée 2007-2008, représentant les électeurs de Chambly et Berthier. Ils seront assistés par Roger Picard, président de l’association des membres de l’ADQ dans le comté de Chauveau, ancien comté de Gilles Taillon… Finalement, l’équipe pourra compter sur la participation de l’économiste Denis Julien qui agira en tant que responsable du comité de réflexion (sic). Même si le groupe pourra compter sur deux anciens députés de la Montérégie et de Lanaudière, la force militante proviendra enocre une fois de la grande région de Québec.

L’avant-scène de la course laisse croire que le parti ressemble à un chapitre des Chevaliers de Colomb mais dans les coulisses, Joanne Marcotte a probablement son mot à dire sur la stratégie de la campagne. Mme Marcotte est la réalisatrice du documentaire-pamphlétaire « L’Illusion tranquille » et membre du défunt Comité Castonguay sur le financement du système de santé québécois. Soulignons également que Mme Marcotte est l’épouse de Denis Julien, ce qui la place indirectement dans le camp de M. Caire. Cependant, comme tout est permis dans les rangs de l’ADQ, elle pourrait toujours se présenter elle-même dans la course et faire un pied-de-nez à son époux. C’est ce qu’on nous rappelle ces jours-ci: on peut avoir du plaisir sous les draps mais se battre chacun de son côté le lendemain…

Il semble donc évident que M. Caire est présentement en tête de peloton. Certains militants sont un peu inconfortables à l’idée de l’endosser car, à leurs yeux, il ne représente pas l’image du politicien de droite, prêt à démanteler l’état tout en faisant la promotion du libre-marché et de la primauté des choix individuels. Qu’à cela ne tienne, M, Caire a décidé de s’inspirer des messages véhiculés par le film de Mme Marcotte pour convaincre les membres de l’ADQ qu’il est un homme de convictions, un homme de droite, celui qui rejette le contrat social que s’est donné le Québec depuis la révolution tranquille.

On verra maintenant si l’ADQ peut aller plus loin que poser des constats sociaux et politiques, si elle peut maintenant proposer des solutions et des alternatives aux institutions qu’elle rejette. Parce que c’est ici l’essentiel de l’illusion tranquille: elle dénonce en présentant des exemples extrêmes qui invitent à disqualifier tout organisme gouvermental qui s’approprie la livraison d’un service particulier. L’illusion tranquille nous invite à adhérer aux principes fondamentaux du mérite, de la compétence et de l’individualisme qui, selon eux, sont les remèdes aux maux de la vie moderne québécoise.

Certes, quelques éléments présentés dans le documentaire provoquent de bonnes réflexions et méritent un débat public. Qui ne remet pas en question, de temps en temps, la lourdeur bureaucratique, les stratégies des syndicats, les privilèges des uns et les exigences des autres. L’équipe d’Éric Caire devra maintenant formuler ces constats et concrétiser de nouveaux modes de « vivre-ensemble » qui permettront à la classe moyenne (la cible) de s’enrichir et de choisir elle-même les méthodes utilisées pour fournir les services de base, quitte à briser les « monopoles » actuels.

Il est fort à parier que les candidats opteront pour un discours modéré. Je ne crois pas que les militants « purs et durs » seront satisfaits des propositions qui seront mises de l’avant. On peut rallier les partisans en utilisant des constats qui font l’unanimité. Cependant, avec cette nouvelle vie qui s’offre à l’ADQ, les militants ne peuvent pas espérer que les électeurs endossent un parti qui ne s’éloigne pas assez du Parti Libéral. La personnalité du chef ne pourra probablement pas assurer la popularité du parti. Ce sont les idées et propositions concrètes qui prouveront si l’ADQ a visé juste. Et on pourra voir, enfin, les distinctions entre la gauche, le centre, et la droite.

Photo: Adam K. Wilcox (du film Le Faucon Maltais) – Flickr

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L’eau Desmarais

Posté par lutopium le 23 avril 2009

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Un peu avant le déclenchement des dernières élections provinciales, je me demandais si l’entêtement de Jean Charest à former un gouvernement majoritaire était relié directement ou indirectement aux pressions des lobbies économiques qui lui font la cour afin d’influencer les orientations budgétaires de l’état. Pas facile pour un gouvernement minoritaire de faire passer ses idées, rappelons-nous la saga du Mont-Orford ou les nombreuses oppositions au projet Rabaska. Rien de mieux que d’avoir les deux mains sur le volant pour prendre le virage qu’on veut.

Il m’arrive parfois de plonger dans une atmosphère un peu parano et de m’imaginer que les grands de ce monde cherchent à manipuler nos gouvernements afin de leur imposer certains projets. Je ne sais pas. Je n’arrive toujours pas à comprendre pourquoi le Québec a décidé de se doter d’un port méthanier alors que l’utilisation du gaz naturel ne semble pas grimper en popularité. J’ai cru un moment que les promoteurs du projet – Gaz Métropolitain, Enbridge, Suez-GDF et la russe Gazprom, avaient conclu que la construction d’un port méthanier dans la région de Québec en faciliterait le transport vers les États-Unis, grand consommateur du gaz bleu. Je vous l’ai dit, j’ai cette tendance à voir des complots partout…

Les libéraux sont de grands disciples des partenariats public-privé. Ils fondent de grands espoirs dans cette approche pour le respect des budgets et des échéanciers dans les projets du CHUM, du prolongement de l’autoroute 25, de l’échangeur Turcot, et j’en passe… Le maire de Montréal, Gérald Tremblay, lui-même libéral de carrière, semble également fort inspiré par une étroite collaboration avec l’entreprise privée afin de gérer le quotidien de sa ville. Je vous accorde que ça ne va pas très bien de ce côté ces jours-ci, mais l’approche demeure la même. Ne sautons pas trop vite aux conclusions. Peut-être, comme le souligne Pierre Dubuc, que la réouverture de la soumission des compteurs d’eau permettra à Suez-GDF de finalement présenter sa proposition. Si j’étais sceptique, je croirais que certains journalistes sont complices pour redonner une chance à Suez. Non, je fabule. Comment d’honnêtes journalistes pourraient-ils influencer l’octroi d’un contrat afin de favoriser une compagnie-soeur? Non, oubliez ça. En passant, pour ceux qui ne seraient pas encore au courant, la famille Desmarais, propriétaire de La Presse, possède une importante participation dans Suez-GDF.

Si je continue encore sur cette lancée paranoiaque, je serais tenté de croire que les libéraux opteront pour un partenariat public-privé pour gérer le projet hydroélectrique La Romaine. Pourrait-on croire que Thierry Vandal, un autre libéral du temps de Robert Bourassa, appuiera Jean Charest dans une démarche PPP pour la construction et la gestion du sixième plus important barrage au Québec? Et si je vous disais que Suez a récemment remporté le contrat de construction et d’exploitation du barrage de Jirau au Brésil, est-ce que vous traiteriez encore de paraneau?

Photo: Nomad photography – Flickr

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La fièvre en série

Posté par lutopium le 16 avril 2009

Ce billet est publié simultanément sur le blogue collectif “Les 7 du Québec”. Vous êtes invités à laisser vos commentaires sur ce site.

Ces jours-ci, certains suggèrent une importante intervention de l’état alors que d’autres souhaitent son retrait presque complet. Le monde du commerce, quel qu’il soit, ne semble pas avoir de gêne pour demander des injections de fonds publics, de prêts, de subventions, de crédits d’impôt… Certains de nos entrepreneurs se disent conservateurs, voire libertariens. Mais ils n’hésitent pas à endetter les citoyens afin de stimuler leur croissance.

Personne ne semble satisfait des budgets qu’a récemment alloués Monsieur Charest, mais tout le monde s’entend pour dire qu’il n’est pas frileux avec le divertissement des masses. Est-ce pour mieux l’endormir? N’est-il pas amusant, quand même, de voir nos politiciens appuyer le sport et le jeu avec autant de détermination?

Le gouvernement libéral n’hésite pas une seconde avant d’appuyer les courses de chevaux, un club de hockey ou un grand-prix automobile… L’état moderne québécois est très actif dans le monde du jeu, il y joue des centaines de millions pour rénover son temple de la roulette, et son industrie du rêve millionnaire est publicisée comme nul autre produit de consommation. Pour ce qui est du hockey, voilà une valeur sure. À partir de ce soir, le Québec comptera un nombre impressionnant de regards vers l’écran. C’est presqu’un party de famille. Quand on se prend pour Jean le Baptiste, on doit se sentir en paix lorsque le peuple se rassemble et oublie ses tracas du quotidien. Car la victoire possible du gladiateur provoque une certaine somnolence. Y’aurait fort à parier que le nombre de québécois impliqués dans ce spectacle est plus important que ceux qui se sont déplacés pour voter en décembre dernier…

C’est ce soir que commence la grande fête. Si l’équipe a fière allure le premier soir, les fans pourront plonger dans l’euphorie des « séries ». On ira s’enfermer dans des cages aux sports en gang, y’a tellement d’écrans qu’on jurait être sur place. On pourrait manger gras, boire d’la bière. Y’en n’a pus de problèmes! À moins qu’on apprenne que l’équipe déménage. J’ai vu ce que peut provoquer le départ d’un club de hockey. Ça laisse des traces de morosité. Et ça éloigne du camp libéral…

Vous comprendrez que, même si j’aime le sport, je n’apprécie plus la façon dont est présenté le hockey professionnel ces jours-ci. Y’a trop de fric. Et il y a encore beaucoup trop de violence gratuite et inutile. Je ne suis pas contre l’idée de garder les Canadiens à Montréal, mais je ne souhaite pas voir des fonds publics être investis dans un club qui peut facilement se passer de l’état pour exister et demeurer ici.

Là-dessus, bonnes séries!

Photo: Alex Ferguson – Flickr

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Éviter la crucifixion

Posté par lutopium le 11 avril 2009

« … Comprennez-moi bien: les relations entre l’Amérique et la communauté musulmane, le monde musulman, ne peuvent pas et ne seront pas seulement influencées par notre opposition au terrorisme. Nous désirons atteindre une entente en respect de nos intérêts mutuels. Nous écouterons attentivement, nous tenterons d’éclaircir les incompréhensions et nous rechercherons une entente. Nous serons respectueux, même lorsque nous ne serons pas d’accord. Nous confirmerons notre appréciation profonde pour la foi islamiste en reconnaissant sa contribution dans l’évolution de notre monde depuis des siècles et ce, même dans mon propre pays. Les États-Unis ont été enrichis par la contribution des américains musulmans. Plusieurs américains comptent des musulmans dans leurs familles et d’autres ont vécu dans des pays à majorité musulmane. Je le sais parce que je suis l’un d’eux… » – Discours de Barack Obama devant le Parlement Turc, le 6 avril 2009.

Je suis de ceux qui croient que ce pays peut jouer un rôle extrêment important en Afghanistan. Comme le souligne Le Figaro dans son édition du 6 avril dernier, «la Turquie a une valeur ajoutée évidente pour les Américains qui veulent renouer avec le monde islamique. La diplomatie turque, qui repose sur le concept zéro conflit avec nos voisins, a conduit Ankara à se rapprocher de l’Iran et de Damas, à parrainer des négociations de paix indirectes entre Israël et la Syrie, à favoriser la coopération afghano-pakistanaise… Les Turcs sont bien placés pour servir d’intermédiaires dans de nombreux dossiers prioritaires de Barack Obama

Les liens historiques avec l’Afghanistan remontent aux années 1930 quand la jeune République turque avait apporté son soutien à la construction de l’État afghan. L’engagement actuel de l’armée turque en Afghanistan s’inscrit dans le cadre de cette longue tradition. Au mois d’août, la Turquie doit prendre, pour la troisième fois, le commandement de l’Isaf, la force internationale de l’Otan. Neuf cents soldats turcs, qui ne participent pas à des opérations de combat, sont actuellement engagés à Kaboul et dans sa région. »

Lors de sa fondation en tant que république, la Turquie s’est assurée de séparer l’État de l’emprise de la religion. Cette décision historique pourrait inspirer une partie de la société civile afghane de reconstruire leur pays dans le respect de la loi et de l’égalité. Il est primordial pour cette partie du monde de consolider les croyances religieuses et les règles fondamentales du vivre-ensemble afin de mettre fin à ce conflit qui a déjà fait des milliers de victimes. Les disciples de Sayyid Qutb pourront continuer de tourner le dos au mode de vie occidental mais devront accepter que l’application de la sharia ne fait aucun sens. Pour contrer efficacement les délires de certains talibans, les Afghans doivent accepter l’aide internationale. La Turquie pourrait certainement modifier le cours des choses. Si les américains ne parviennent pas à former adéquatement l’armée afghane – celle qu’on appelle parfois « l’armée du hachisch », peut-être les turques auraient-ils plus de succès à rallier les Afghans déterminés à se donner un véritable pays.

Mieux que quiconque, Barack Obama peut contribuer à rallier la communauté internationale. Il a l’opportunité de faire oublier ses prédecesseurs. Il semble être prêt à déployer beaucoup d’efforts pour qu’on oublie celui qui baignait dans le mensonge permanent. Il démontre une approche pragmatique, contrairement à l’ancien président démocrate qui a perdu la confiance de ses concitoyens en pratiquant l’adultère. De plus, il devra être prudent lorsqu’il donnera les directives à son armée qui n’hésite pas à tuer des civils en justifiant la guerre contre les terroristes. Il ne pourra pas protéger les voleurs de Wall Street indéfiniment car les honnêtes gens perdront confiance en son habileté à calmer les ambitions des maîtres de l’économie qui court-circuitent les efforts de paix mondiale.

S’il peut respecter quatre des dix commandements du décalogue, il pourra peut-être contribuer à modifier le cours de l’histoire.

Illustration: omphale – Flickr

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